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Difficile adhésion
<B>Par Akilesh ROOPUN</B>
Lorsqu’on prend le pari de la rupture, les risques d’instabilités ne sont point négligeables. Toute perturbation à l’ordre établie provoque des remous. Le dernier budget qui se veut précurseur d’un nouveau paradigme économique n’échappe pas à cette règle.
Les émois sont d’abord d’ordre politique. Les échanges amers entre la majorité et l’opposition à l’Assemblée nationale en sont la preuve. Les syndicats ne sont pas en reste. Les réformes annoncées dans le marché du travail, par exemple, continuent à envenimer les relations industrielles.
Deux semaines après avoir présenté le premier budget de l’Alliance sociale, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, se rend certainement compte qu’il ne peut compter sur un climat serein pour mettre en pratique ses réformes.
Les opposants au régime et les représentants syndicaux répercutent (et exacerbent parfois) les griefs et les interrogations de la population au sujet des mesures budgétaires. En tout cas, les craintes et les appréhensions ne manquent pas dans la mesure où le contenu de ce budget bouscule certains “acquis”.
Mais la restructuration ne peut pas attendre le consensus populaire. Le grand argentier doit certainement porter une oreille attentive aux doléances du petit peuple pour des éventuelles retouches à son programme. Les changements à l’“income tax”, la “réorientation” des subsides sur le riz et la farine et sur les frais d’examens représentent, à divers degrés, des difficultés financières additionnelles pour des foyers au bas de l’échelle et appartenant à certaines classes moyennes.
Le gouvernement doit surtout veiller à ce que les réformes ne se font pas sur fond de tension sociale. Néanmoins, la priorité reste la relance de la croissance et de l’emploi sur des bases solides. La prospérité économique et sociale d’un pays qui perd graduellement toutes ses protections commerciales sur les marchés d’exportation doit se bâtir sur des fondations nouvelles.
Le budget de Rama Sithanen dessine les contours du nouveau modèle de croissance. D’abord, le gouvernement préconise des améliorations en profondeur à la facilitation de l’investissement. Moins de barrières administratives, légaux et autres à l’entrepreneuriat veut dire plus de richesses générées et plus de jobs créés, moyennant des opportunités d’affaires profitables.
Dans le dernier baromètre de Pluriconseil-“l’express”, les analystes économiques disent leur appréciation des mesures prises pour rendre le business plus facile et pour favoriser l’ouverture de l’économie à divers niveaux. Certains suggèrent que le gouvernement doit poursuivre dans la même direction lors de ses prochains budgets.
Mais rendre l’investissement plus aisé ne suffit pas. Les opérateurs locaux et étrangers ne viendront pas à Maurice seulement parce qu’il y est plus facile de faire des affaires. Il faut leur présenter des opportunités qu’ils pourront explorer de manière plus profitable qu’ils n’auraient réalisé ailleurs. Il faudrait pour cela, réunir les conditions compétitives favorables au sein de l’économie.
La dérégulation de l’emploi encouragera l’émergence d’une main-d’œuvre agile, polyvalente et plus productive. Il faut d’autres mesures pour aiguiser le “edge” de Maurice par rapport à la concurrence étrangère tant au niveau des investissements qu’au niveau des marchés.
Pour l’immédiat, le grand défi de Rama Sithanen demeure la mise en pratique de sa feuille de route. Le “delivery” des programmes exigera des ressources institutionnelles importantes. Le Board of Investment, Enterprise Mauritius et les autres agences de support et de promotion sont mis à rude épreuve. La réussite du plan de restructuration et de diversification économique sera largement compromise si ces organismes échouent dans leurs tâches de traduire les intentions du gouvernement dans les faits.
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