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Diego Garcia : le «Guantanamo» de l?océan Indien ?
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Diego Garcia : le «Guantanamo» de l?océan Indien ?
Les regards inquiets et inquisiteurs de l?Organisation des Nations unies (ONU) se tournent, une fois encore, vers Diego Garcia, l?île principale des Chagos, territoire que Maurice revendique auprès de la Grande-Bretagne (qui a loué Diego Garcia aux Américains jusqu?en 2016).
Ainsi au coeur de l?océan Indien, il y aurait des bateaux-prisons secrets, des séances de torture, accuse l?Autrichien Manfred Nowak, rapporteur spécial des Nations unies sur la torture. Il dit détenir des preuves qu?il ne faut plus prendre à la légère, comme cela a été souvent le cas ces dernières années.
C?est après une enquête, à la suite de «très, très sérieuses accusations selon lesquelles les Etats-Unis entretiennent des camps secrets notamment sur des bateaux qui évolueraient dans l?océan Indien», que Manfred Nowak, qui a également enquêté sur la base de Guantanamo Bay , est revenu à la charge cette semaine, en pointant du doigt la base de Diego Garcia.
Selon l?expert onusien, des séances de torture de détenus y ont eu lieu en 2002-2003. Ces accusations prennent à contre-pied la déclaration du Foreign Secretary britannique, David Miliband, selon laquelle la base de Diego Garcia n?avait été utilisée, durant cette période, que pour les besoins en ravitaillement de deux avions militaires américains, qui transportaient aussi par ailleurs des officiels de la Central Intelligence Agency américaine.
«I cannot disclose any of the sources. I have received these allegations on absolute condition of anonymity», explique, pour sa part, Manfred Novak, qui a interrogé personnellement ceux à la base de ces informations troublantes. S?il n?est pas disposé a dévoiler ses sources à ce stade, en précisant qu?il a parlé à au moins une personne détenue à Diego Garcia de même qu?a plusieurs ex-détenus de Guantanamo Bay, l?expert onusien consent «to share some information» avec le gouvernement britannique, singulièrement embarrassé par les informations manifestement erronées que Washington lui fait parvenir sur le dossier Diego Garcia.
Dès 2005, Manfred Nowak qui réclame la fermeture de la fameuse base militaire des Américains à Guantanamo Bay, dans le sud-est de Cuba, déclarait que «si Guantanamo Bay nous met sur la piste d?autres camps, nous la suivrons.» En eaux internationales, selon lui, vous n?êtes sur le territoire de personne et vous pouvez affirmer que vous n?avez à obéir à aucune autre loi que celle qui règne à bord du bateau. Cela permet de mener des «interrogatoires très durs sur un prisonnier très important» avant même que l?on sache que vous l?avez attrapé.
«Visits not allowed»</B>
Selon Associated Press, «Human rights attorneys and former terror suspects have long alleged that the tropical island is a «black site» prison for terror suspects. Few journalists have visited the US base there. Requests to visit the territory are handled by the US government». Apres leur retour-éclair au Chagos, Bancoult et ses amis du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), malgré leur accord avec les Britanniques, savent à quel point la sécurité autour de Diego Garcia est une redoutable forteresse.
Si le GRC n?a pu visiter Diego Garcia, Manfred Nowak et son équipe se sont, eux, vu refuser l?accès au Guantanamo. «Le fait que l?accès aux prisonniers ait été refusé pendant si longtemps aux enquêteurs de l?ONU est un signe qu?ils souhaitent dissimuler certaines choses à la vue du public», devait alors déclarer Manfred Nowak, relevant que «Washington a jusqu?à présent joué d?une ambiguïté sur l?acception du mot «torture», ne récusant que ses formes les plus invalidantes, tolérant des méthodes plus subtiles mais tout aussi violentes» (Voir hors-texte).
De son côté, Amnesty International continue à faire pression sur les autorités britanniques et américaines pour permettre des enquêtes à Diego Garcia et à Guantanamo Bay. Ces accusations de torture sont tres graves et il importe qu?on aille jusqu?au bout de la vérité, insiste l?ONG internationale qui écrit sur son site : «Amnesty International repeated its call for such an investigation into the UK?s alleged involvement in the US-led programme of renditions and secret detention, following official confirmation, after years of denial, that rendition flights did indeed touch down in the UK territory of Diego Garcia.»
Par ailleurs, Olivier Bancoult, qui déposait en janvier devant le Foreign Affairs Committee sur les territoires outre-mer de la Grande-Bretagne, a déclaré que la majorité des Chagossiens, qui vivent à Maurice, souhaitent demeurer des ressortissants britanniques. «As far as sovereignty is concerned, this is an issue between two governments. We do not want to just be concerned by sovereignty. It is a political motor, but most important thing is our fundamental rights, to be able to return to our homeland and to have everything done so as to let the island develop.» Comme quoi avec cette position de rattachement affichée, il est évident que le GRC de Bancoult n?en a que faire des revendications mauriciennes pour récupérer l?archipel démembré à l?aube de notre indépendance?
PROFIL
<B>Nowak, l?enquêteur</B>
■ Manfred Nowak fait souvent parler de lui. Avant d?être nommé rapporteur spécial de l?Onu sur la torture en 2004, il a été membre de la délégation autrichienne à la Commission des droits de l?homme des Nations unies, avant d?être nommé membre expert du Groupe de travail de l?Onu toujours sur les disparitions forcées ou involontaires en 1993. Il est également conseiller aux droits de l?homme pour l?élaboration de stratégies de réduction de la pauvreté. Manfred Nowak a depuis visité beaucoup de centres d?emprisonnement en Afrique, en Asie et même dans l?océan Indien. C?est sur les recommandations de son groupe de travail, entre autres, que la prison de La Bastille a été récemment fermée à Maurice, (provoquant par ailleurs une surpopulation à la prison centrale de Beau-Bassin). Manfred Nowak a également fait partie de la cellule d?experts onusiens chargés d?enquêter sur les conditions d?emprisonnement à Guantanamo Bay. Il y dénonce régulièrement les actes de torture et les violations des droits à la dignité humaine. Dans un communiqué datant de deux ans déjà, la commission des droits de l?homme de l?ONU réclame la fermeture immédiate du centre américain de détention de Guantanamo Bay et le transfert de tous les détenus devant un tribunal compétent indépendant ou leur libération.
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