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?Diego Garcia est vital pour la sécurité de la G.-Bretagne?

14 juillet 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?En tant que base militaire, la position de Diego Garcia est extrêmement importante pour notre pays. C?est une pièce essentielle de notre système de sécurité?.

Le Premier ministre britannique, Tony Blair, est enfin sorti de son mutisme pour s?exprimer, pour la première fois, sur la question de Diego Garcia. C?était à l?heure du Question Time à la Chambre des communes hier après-midi. Il répondait ainsi à l?interpellation du député travailliste, Jeremy Corbyn.

L?élu de North Islington voulait savoir du chef du gouvernement britannique si celui-ci était disposé ?à rencontrer les Chagossiens et le gouvernement mauricien pour corriger les grossières injustices commises dans les années ?70 et permettre enfin aux Chagossiens de rentrer chez eux??

Rappelons que le Premier ministre britannique, qui devait rencontrer son homologue mauricien Paul Bérenger à Londres ? pour un entretien de 15 minutes ? s?est désisté au dernier moment n?ayant pu, officiellement, ?se libérer de ses engagements?.

Tony Blair a assuré la Chambre des communes qu?il comprenait les inquiétudes de certains députés. Il ajoute cependant que le secrétaire d?Etat aux Affaires étrangères et du Commonwealth, Jack Straw, avait répondu à toutes ces préoccupations de manière exhaustive (comprehensive)

Jeremy Corbyn devait, entre autres, déclarer qu?il était désormais absolument interdit aux Chagossiens de retourner sur leurs îles natales par des Orders in Council, des décisions adoptées par le pouvoir exécutif mais qui ne sont pas débattues à la Chambre des communes.

?Un traitement honteux?

Déjà, lors des questions parlementaires orales, à la Chambre, mardi après-midi, Bill Ramell, le sous-secrétaire d?Etat aux Affaires étrangères et du Commonwealth, a réitéré le refus absolu du gouvernement britannique d?envisager le repeuplement de l?archipel des Chagos. Il répondait alors à une question du député libéral démocrate, David Heath.

?De nombreuses personnes estiment honteux le traitement infligé aux Chagossiens par le gouvernement britannique. Ne serait-il pas plus honnête de simplement envisager de céder la souveraineté des Chagos aux Etats-Unis, moyennant une indemnité, au lieu de continuer à prétexter que nous avons à c?ur l?intérêt des îlois ??

La réponse de Rammell fut lapidaire. ?L?honorable député devrait penser à ce qu?il aurait fait s?il était au gouvernement et qu?on lui avait présenté une étude, indépendante, qui conclut de manière formelle, que le repeuplement des îles serait précaire. De plus l?entretien de telles habitations, à long terme, serait extrêmement coûteux. Dans pareille circonstance, il serait déraisonnable, pour le gouvernement britannique, de repeupler l?archipel 33 ans après que les Chagossiens l?ont quitté. Je n?absous pas pour autant le gouvernement de toute responsabilité. Des gouvernements successifs ont payé des compensations. Toutefois, permettre le retour serait déraisonnable dans les circonstances actuelles.?

Le député Corbyn est revenu à la charge sur la question du droit de visite des Chagossiens dans l?archipel. Il a demandé à Bill Rammell dans quelles circonstances ces derniers seraient autorisés à y retourner.

?Les lois d?immigration de la British Indian Ocean Territory requièrent de toute personne, autre que les membres des forces armées de Grande-Bretagne et des Etats-Unis, ainsi que les officiers du gouvernement, une autorisation

spéciale pour visiter tout ou partie du territoire. Concernant les Chagossiens, nous avons en deux occasions mis en route les préparatifs pour une visite de ces îles. Hélas, ces projets ont avorté pour des motifs qui échappaient à notre contrôle. Cependant, nous sommes toujours prêts à organiser une telle visite, si pareille requête nous était faite?.

Le député a également interpellé le sous secrétaire d?Etat sur l??absolute disgrace? des récents Orders in Council du 10 juin qui interdisent aux Chagossien d?exercer le droit de retour obtenu devant la Haute cour de Londres en 2000.

?Ne pensez-vous pas, a-t-il demandé, que ce sujet aurait dû être débattu lors d?une motion présentée devant la Chambre et non pas escamoté derrière de tels Orders in Council. La réalité est que les Etats-Unis ont fait pression sur le gouvernement britannique pour contourner la décision légitime de la cour sur le droit au retour légitime du peuple chagossien. Le temps n?est-il donc pas arrivé pour le secrétaire d?Etat aux Affaires étrangères, Jack Straw, de rencontrer les représentants de la communauté chagossienne pour démêler cet écheveau ??

La réponse de Bill Rammell fut empreint de pragmatisme. ?Nous ne pouvons modifier les événements du passé. Nous légiférons sur la situation actuelle, 33 ans après le dépeuplement des îles. La décision a été prise en fonction de nos intérêts propres et certainement pas en raison de représentations faites par le gouvernement des Etats-Unis.?

FILM-DOCUMENTAIRE

?Diego l?interdite?, reflet poignant d?actualité

Diego l?interdite : des regards nus où la souffrance crève les yeux. Une série de témoignages rythmés par des mots lancinants tels que ?déportation? et ?exploitation?. La dernière manifestation des Chagossiens devant le haut-commissariat britannique, expression de leur désarroi, le soutien de députés britanniques face à ce drame humain, leur donneront une résonance nouvelle ce soir entre les murs du théâtre Serge Constantin.

Réalisé en 2002, le film-documentaire de David Constantin est à l?affiche de la dernière séance de Fenêtre sur courts, rétrospective de la production audiovisuelle mauricienne proposée par la Mauritius Film Development Corporation. Conçues comme une ?prise de position pour dénoncer une injustice, motivée par un besoin profond de montrer ce qui choque,? les 37 minutes d?images donnent la parole aux victimes de l?histoire. ?Dès le départ, il était évident qu?il fallait laisser les Chagossiens eux-mêmes raconter leur vécu, sans prendre parti pour la cause de tel ou tel regroupement d?Ilois.?

Devant l??il avide de la caméra, trois générations s?épanchent sur un ailleurs qui prend vite les proportions de paradis perdu. ?Le film, qui a l?origine fait 52 minutes, donne la parole à ceux qui ont vécu la déportation en tant qu?adultes, ceux qui ont le plus souffert, les enfants expulsés, tels Olivier Bancoult et les jeunes, qui n?ont des Chagos que les souvenirs émus de leurs parents. Le film a été écourté pour être présenté au cours de divers festivals.?

Dans la galerie de portraits : Charlesia Alexis, la voix éraillée de l?exil, qui à travers ses chansons, conserve la mémoire orale de ses ?gran fami.? Juxtaposés à son récit, des jeunes nés à Maurice de parents chagossiens, qui s?interrogent sur la viabilité d?un retour éventuel dans ces îles. Elles ont été excisées du territoire mauricien en 1966 par la Grande-Bretagne, puis louées à bail aux Etats-Unis, qui ont installé une base militaire à Diego Garcia.

Le film, ?qui a pour cible des publics hors Maurice qui ne connaissent pas le sort des exilés?, s?est promené avec succès dans plus d?une vingtaine de festivals. Signé Caméléon Productions et Digital Studio, ?Diego l?interdite? a reçu le Grand Prix des premiers films de la ville de Vevey en Suisse en 2002. En mai 2003, l??uvre a obtenu une mention spéciale au Prix des droits humains au Festival Vues d?Afrique, un prix décerné par le Centre Canadien d?études et de coopération internationale.

Six autres films sont programmés à Vacoas ce soir. Il s?agit de ?Zero Positif? de Prem Sewpaul, ?From Camps to Village? de Prem Koonjal, ?Worse Case Scenario? de Stéphane Bellerose, ?Nu Ravanne? de Khrisna Luchoomun, ?Un amour insolite? de Patrice Canabady et ?Couleurs à travers les barreaux? d?Utam Ramchurn. La projection débute à 18 h 30. L?entrée est libre.

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