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Dichotomie
Avec les derniers amendements au ?Banking Act? portant sur le secret bancaire, c?est un des piliers cardinaux sur lequel repose toute relation banquier-client qui s?écroule. C?est peut-être le prix à payer pour un système financier intègre. Encore faut-il bien en apprécier les implications.
Le banquier se voit donc dans le besoin de gérer une nouvelle ?contrainte? à un moment où l?accent aurait dû être mis sur la convivialité et la proximité avec la clientèle. Les exigences du ?Know Your Customer? (KYC), par exemple, vont certainement froisser les susceptibilités des clients bona fide. Les banquiers auront à faire preuve de beaucoup de dextérité afin de gérer ce type de frustrations.
On ne le dira jamais assez. Il faut à tout prix éviter l?impression selon laquelle les banques ne sont que des machines à broyer de l?argent sale. La régulation (ou toute perception de surrégulation) ne doit en aucune façon asphyxier les initiatives bancaires. La dernière chose dont nous avons besoin en cette période de morosité économique et de réformes est le ?narrow banking?. La reprise ne pourra se faire sans les banques.
La dichotomie régulation-innovation peut nous être fatale. L?économie mauricienne a plus que jamais besoin d?institutions financières innovantes et audacieuses, mais qui, en même temps, se sont donné les moyens de bien gérer les risques encourus. Le plan de financement de la Barclays destiné aux petites et moyennes entreprises, l?Equity Fund de la Mauritius Commercial Bank, le plan logement de la State Bank of Mauritius sont autant de récentes initiatives qui prouvent que nos banques commerciales sont très capables de jouer le jeu. Il importe cependant que le régulateur en tienne compte.
Les institutions bancaires n?ont pas les yeux rivés que sur les possibles transactions louches. Elles doivent aussi avoir un ?il attentif sur la concurrence qui, désormais, peut venir également des prestataires non conventionnels. En Angleterre, des chaînes de supermarchés ont fait des percées remarquables dans le ?retail banking?. Chez nous, des groupes a priori non financiers sont déjà présents à travers des filiales dans certaines prestations financières tels le crédit-bail et les cartes de crédit. C?est dire que les priorités du régulateur et celles de l?opérateur sont loin d?être les mêmes.
La non-divulgation d?une transaction douteuse est un délit imputable au prestataire financier. Nul ne pourra contester ce fait s?il est prouvé que celui-ci a agi délibérément et malicieusement. Mais il peut y avoir une autre manière de voir les choses. Au lieu de mettre toute la pression sur le banquier, il aurait été beaucoup plus logique et efficace de renforcer en même temps les dispositions de renseignement et de l??intelligence gathering?.
A charge des services de renseignements d?attirer l?attention des institutions financières sur les transactions probables des individus et des organisations suspectes. Or, le législateur et les autorités compétentes semblent jeter toute la responsabilité sur les opérateurs financiers, en particulier les banques.
Cette situation peut s?avérer à la fois dangereuse et peu efficace. La Financial Intelligence Unit (FIU) et les autres autorités d?investigation agissent, de manière générale, à partir des informations fournies par les institutions financières. Dans le cours normal des choses, c?est l?inverse qui aurait dû être le cas.
Toute atteinte perceptible à l?intégrité du système financier peut inciter le régulateur à avoir recours à des actions extrêmes. D?où la nécessité de s?attaquer au problème en amont, c?est-à-dire avoir des services de renseignement plus professionnels et plus autonomes, mais aussi des mécanismes de contrôle internes efficaces dans les entreprises.
Il aurait été nettement plus souhaitable que les délits financiers puissent être interceptés avant que les traces ne s?effacent dans le labyrinthe des mouvements bancaires.
par Akilesh ROOPUN
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