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Diabète : S?alimenter est un luxe
?Un diabétique doit nécessairement éviter de consommer du lait entier. Il ne doit consommer que du lait écrémé. Il doit éviter tout ce qui s?appelle graisse animale. Donc le beurre doit être remplacé par de la margarine végétale mono insaturée ou à la rigueur du poly insaturé. Il doit consommer quatre portions de fruits et de légumes par jour. Cela doit être chez lui une habitude de tous les jours, une nouvelle culture alimentaire.? Conseils d?un vieux routier qui travaille aujourd?hui uniquement dans le privé et qui a vu le diabète se répandre comme du feu sur de l?essence à Maurice, le Dr Pierrot Chitson. Mais voilà, une tournée au marché et dans les supermarchés indique clairement que tous ces produits coûtent souvent 100 % plus cher que les aliments qui sont déconseillés.
?Il y a trois types de traitements pour les diabétiques : l?alimentation, les exercices physiques et les comprimés et autres injections prescrites. Ces trois catégories ont une importance égale. Il faut nécessairement une combinaison de ces trois facteurs pour contrôler le diabète de même que les maladies cardio-vasculaires?, ajoute ce spécialiste en médecine interne. Mais mettre en pratique ce traitement risque de creuser dans la bourse du Mauricien moyen.
Premier exemple : le lait entier en poudre en boîte d?un kilo se vend à environ Rs 120. Et pour du lait écrémé, il faut en compter plus. La boîte de 750 grammes dans un supermarché des Plaines-Wilhems est à Rs 134, pour la marque Anchor Low Fat, Shape Up est Rs 133 et Régilait, Rs 173.
?Dans les années 80, j?avais commencé, avec le ministère de la Santé, une campagne pour promouvoir l?utilisation du lait écrémé pour les diabétiques et les cardiaques, mais aussi pour prévenir ces maladies. Le lait écrémé se vendait beaucoup moins cher que le lait entier. Je crois que c?est une question d?offre et de demande?, explique le Dr Chitson.
Shashee Joganah, nutritionniste en chef au ministère de la Santé, explique pour sa part que le lait écrémé est plus cher parce que le procédé pour écrémer le lait coûte bien plus. ?Oui et non à la fois?, rétorque un importateur. Ce dernier signale que le lait de la marque Twin Cows, un lait écrémé vendu en boîte de 750 grammes, coûte environ Rs 97. ?C?est un lait écrémé très prisé car souvent les supermarchés et hypermarchés sont en rupture de stock. Quand vous en trouvez sur les rayons, constituez-vous un stock?, conseille cet importateur qui précise qu?il n?importe pas de lait en poudre. Le lait écrémé, de même que tout ce qui est faible en cholestérol, est fortement conseillé à tout le monde : diabétiques, hypertendus, cardiaques et toute personne qui n?a pas encore ces maladies, indiquent d?une même voix le Dr Chitson et la diététicienne Joganah. Mais, expliquent-ils, tout est une question de mélange, de proportion et de dosage. ?Par exemple, si je consomme très très peu de graisse lors de mes repas, je peux me permettre de consommer du lait entier dans mon thé. En fait, je consomme du lait entier?, confie Shashee Joganah.
?Manger un morceau de pain blanc, c?est-à-dire le pain qui est normalement fabriqué à Maurice, équivaut à avaler une cuillerée de sucre. Sur la table d?indice glycémique, le pain blanc est classé comme aliment en forte teneur de glycémie. Le diabétique doit comprendre cela. Mais l?indice glycémique de ce même morceau de pain blanc, s?il est mangé avec des légumes ou des fruits (c?est-à-dire des aliments en forte teneur en fibre), diminue considérablement?, ajoute le Dr Chitson.
Mais diététiciens et diabétologues s?accordent sur un point : le pain fabriqué avec de la farine blanche, les ?faratas? fabriqués avec la même farine ou le riz blanc sont dangereux pour les diabétiques. Il est préférable de consommer de la farine de blé complet, du riz brun (en Afrique du Sud le riz Basmati est classé meilleur que le riz blanc, dit ?ration?, pour l?indice de glycémie), de la graisse végétale mono insaturée ou poly insaturée. ?Mais si on n?a pas les moyens de se payer ces produits, il faut être conscients de l?indice de glycémie des produits de remplacement et les accompagner de plusieurs portions de fruits et de légumes tous les jours?, explique le Dr Chitson.
Trois portions quotidiennes de fruits et deux portions de légumes ? environ 400 grammes ? cinq portions de fruits ou encore quatre portions de légumes et un fruit sont parmi les nombreuses combinaisons préconisées par l?Organisation mondiale de la santé. Mais une tournée à la foire de Vacoas hier matin indique clairement que le Mauricien moyen ne pourra pas se payer ces portions (voir hors-texte).
?En général, le Mauricien ne sait pas doser et combiner ces aliments. Il ne faut pas penser que tous les diabétiques sont des diététiciens ou des médecins. En fait, la plupart, même les intellectuels, ne savent rien de cette maladie. Dans une telle circonstance, je crois qu?il faut encourager la consommation d?aliments faibles en indice glycémique, en cholestérol etc. Mais ces aliments sont hors de portée. Quand je demande aux patients d?utiliser du sucre artificiel, aspartam ou saccharine, ils le font pendant quelques semaines, puis reviennent au sucre raffiné, qui est bien moins cher. «Misie, comprime disic la tro ser, me mo finn reduir mo disic blan dan mo dite». Quand le malade vous dit cela, vous êtes sûr que les tests vont donner un taux de sucre élevé dans son sang?, lâche un spécialiste en médecine interne travaillant dans un des centres de santé du ministère. ?Le Mauricien moyen n?est pas encore en mesure de se payer les portions de fruits, légumes et autres aliments sains dont il a besoin pour contrôler son diabète ou s?empêcher de devenir diabétique. Ne parlons pas d?exercice. Les gymnases pratiquent des prix qui font qu?ils sont réservés uniquement à l?élite alors qu?aucune infrastructure n?est mise en place pour ces vieux nanas et nanis qui doivent faire au moins 20 minutes de marche par jour?, ajoute ce spécialiste.
?Aukenn bann diabetik ki suiv traitmen dan lopital ici pa consom quantite frui ki bizin. Fruit enn luxe pou zot?, lâchent, très amers, deux spécialistes en médecine interne du ministère.
Côté prix
■ Hier à la foire de Vacoas, réputée pour ses bas prix, aucun fruit local à part des ananas (pas très conseillés aux diabétiques et qui se vendent à Rs 25 l?unité). Le seul autre fruit local disponible en quantité très limitée est le pamplemousse à Rs 25. Le raisin se vend à Rs 80 le kilo, la banane de Re 1,50 à Rs 3. (Les diabétiques doivent éviter les bananes trop mûres), l?orange est de Rs 5 à Rs 7, le kiwi et la poire à Rs 5 alors que le melon se vend à Rs 110 l?unité. Pour changer de culture alimentaire et consommer plusieurs portions de fruits par jour, le Mauricien diabétique doit investir en moyenne Rs 20 par jour, soit environ Rs 600 par mois. Le riz dit ration est lui à Rs 56 le paquet de 5 kg alors que le riz Basmati (recommandé pour son faible indice glycémique) est à Rs 188 le sachet de 5 kg. Et c?est sans compter le budget légumes ! Les compléments dans l?alimentation des diabétiques sont la confiture pour diabétiques qui est à Rs 131 le pot de 430 grammes alors qu?un pot de confiture de la même contenance pour non-diabétiques se vend à Rs 50. Un paquet de beurre de 500 grammes coûte en moyenne Rs 25. Mais le beurre est déconseillé aux diabétiques, cardiaques, hypertendus et personnes à risque. Or, le produit qui peut remplacer ce beurre, la margarine végétale mono insaturée, fabriquée avec de l?huile d?olive, vaut Rs 95 . Les bienfaits de l?huile d?olive sur la santé et les artères ne sont plus à démontrer. Or, un litre d?huile d?olive (première pression à froid) se vend à environ Rs 150 le litre alors que le litre d?autres huiles végétales se vend en moyenne à Rs 30. Le poisson est aussi conseillé aux diabétiques à la place de la viande. Or, il est difficile de trouver du poisson, même surgelé, à moins de Rs 100 le kilo. Le capitaine surgelé se vend à Rs 108 le kg, la vieille rouge à Rs 157, le thon à Rs 105 et l?empereur à Rs 135. Quant au sucre, deux types de sucre artificiel remplacent le sucré raffiné pour les diabétiques. Les prix varient selon les marques. La Sugarella est à Rs 124 la boîte de 500 comprimés alors que l?Equal est à Rs 225 la boîte de 300.
Mais les médecins sont d?avis qu?il est préférable que le diabétique apprenne à se passer de ces sucres artificiels. ?Par exemple, le patient a tendance à exagérer la dose pour boire très sucré. C?est un sucre qui ne provoque pas le diabète, précisent-ils, mais un taux élevé d?aspartam dans le sang est mauvais. ?
L?indice glycémique expliqué
■ Il est important pour les diabétiques, ou ceux qui risquent de le devenir, de s?informer sur l?indice glycémique peu élevé dans les aliments. Cet indice indique la qualité des glucides contenus dans les aliments. Les lentilles, grains secs en général, le pain complet ou le ?farata? fait à partir de blé ( attention à la différence entre farine de blé et blé complet) ont un index glycémique peu élevé alors que dans les nouilles et autres pâtes, le pain maison fait avec de la farine blanche ou le riz blanc, il est très élevé. L?indice glycémique est le moins élevé dans les fruits et légumes. En clair, plus l?indice glycémique est élevé, plus l?aliment est néfaste pour les diabétiques.Voici l?indice glycémique de certains aliments et boissons. Ce tableau indique l?indice glycémique par rapport à la concentration de glucides dans chaque 100 grammes.
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