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Deux prix pour un produit... dans une même vitrine !

9 juillet 2003, 20:00

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Armand, résident d?un bloc d?appartements à Curepipe a payé Rs 84,75 le tube de crème Econazol (une pommade contre les champignons). Le même jour, Rashid, son voisin de palier débourse Rs 90,70 pour le même médicament dans la même pharmacie. Une différence de Rs 5,95 que Rashid considère comme du vol et qu?il est venu rapporter à l?ICP. Il ne s?agit pas là d?un cas isolé. Cela donne même parfois lieu à des confrontations verbales assez animées, quand l?acheteur s?adresse directement au vendeur pour réclamer explications et réparations.

Toutefois, il ne s?agit pas de vol ou de pratique illégale. Du moins pas comme on l?entend habituellement.

L?explication sur la différence de prix pour un même médicament, parfois dans une même pharmacie, est la suivante : cela dépend de la date de l?achat du médicament et du taux de change des devises étrangères en vigueur au moment de la transaction.

Elaborons un peu : un importateur place, en ce jeudi 10 juillet, une commande d?un médicament auprès d?un laboratoire français. Il devra donc convertir en roupies le prix demandé en Euro, selon le taux de change du jour, taux qui, on le sait, varie selon la valeur des monnaies sur le marché boursier mondial.

<B>?Pharmaciens, pas éducateurs? </B>

Ainsi, à sa prochaine commande, l?importateur mauricien ne paiera pas nécessairement le même prix pour ce même médicament. Le prix en roupies dépendra du taux de change au moment de l?achat, et se répercutera sur le prix affiché en pharmacie. Il n?est donc pas exclu qu?une pharmacie ait sur ses étagères, un médicament provenant de deux, voire de trois livraisons, avec, de fait, des prix différents.

Les responsables de pharmacies sont les premiers à s?en plaindre. ?On nous prend pour des voleurs!, s?exclame Nawaz Dauhoo, directeur de la pharmacie Anichem. Comment voulez-vous que j?explique la détermination du prix par le taux de change à un consommateur en colère et qui a déjà fait son jugement ? Je ne peux, à tous les coups, faire de l?information ou de l?éducation commerciale?, ajoute notre interlocuteur.

Ravin Gaya, président de la Pharmaceutical Association of Mauritius (PAM), juge ce système ?pour le moins irrationnel? et ?en défaveur des petits importateurs et des consommateurs. Les premiers, dont le volume de transactions n?est en rien comparable à celui des gros importateurs, voient leurs activités largement affectées par les fluctuations de prix. Quant aux consommateurs, surtout ceux qui doivent prendre le même médicament sur une longue période, ils ne peuvent jamais savoir ce qu?ils auront à débourser à chaque achat.?

Pourtant, ce système n?a pas toujours eu cours. Le ministère du Commerce avait instauré un système de Price Stabilization. Selon ce système, les techniciens calculaient les prix pour les six mois à venir, basés sur une moyenne des taux de change des six derniers mois. C?est en 2000 que le ministère avait décidé de revoir le système de Price Stabilization pour le remplacer par le Consignment System (fixation des prix calculée par le taux de change au moment de la commande). Le président de la Pharmaceutical Association of Mauritius précise que cette décision a été prise de façon unilatérale, sans consultation avec les opérateurs. ?Un beau jour on nous a convoqués pour nous informer du changement, c?est tout.?

L?ancien système de Price Stabilization était à l?avantage des consommateurs, moins exposés aux mauvaises surprises. Les pharmacies fonctionnaient également ?plus tranquillement?, aux dires de Nawaz Dauwoo, de la pharmacie Anichem. ?C?était moins compliqué pour les comptes et nous étions moins exposés aux colères des consommateurs?. Colères justifiées, tient-il à préciser.

Faut-il revenir à l?ancien système de Price Stabilization ? L?ICP estime qu?il est dans l?intérêt des consommateurs que le ministère du Commerce réinstaure le Price Stabilization System en ce qui concerne le marché pharmaceutique. Les techniciens du Commerce ne peuvent rester insensibles face à cette situation, ?irrationnelle?, pour reprendre les mots du président de la PAM.

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