Publicité

Deux policiers trouvés coupables de corruption

9 juillet 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il croyait payer une amende après qu?un policier l?eut verbalisé mais la somme que venaient de lui réclamer les deux officiers du poste de Rose-Hill leur était en fait destinée. Savy Supaya Poinen, 71 ans, ne s?est pas laissé faire. Il a alerté l?Independent Commission against Corruption (ICAC) et les caporaux Rambans Salick et Sobid Bissessur ont été poursuivis pour corruption. La magistrate Renuka Devi Dabee, siégeant en cour intermédiaire, les a déclarés coupables hier. La sentence sera prononcée aujourd?hui.

«Six ans que j?attends ce verdict et six fois qu?il a été reporté», souligne Savy Supaya Poinen, président de la Physically handicapped Persons Association. Pour lui, le montant réclamé par les deux policiers importait peu. «Ils auraient pu me demander Rs 50 ou Rs 2 000. Le plus grave c?est que j?ai été humilié.» Le septuagénaire n?arrive toujours pas à digérer sa mésaventure, survenue le 16 octobre 2002.

Il explique qu?il circulait en plein centre à Rose-Hill ce jour-là et se rendait chez son opticien. Mais en route, il a été interpellé par un policier et a été soumis à un contrôle de routine par le caporal Rambans Salick. Il a été mis à l?amende car il ne portait pas de ceinture de sécurité. «J?ai dit au policier de m?excuser car j?allais m?arrêter quelques mètres plus loin. Mais il a dit que c?était trop tard», explique-t-il, «De plus je n?avais pas mon permis de conduire sur moi.»

Savy Supaya Poinen annule son rendez-vous chez l?opticien et rentre chez lui. Il revient au poste de police de Rose-Hill quelques minutes plus tard pour montrer au policier son permis de conduire. «Je rencontre le caporal Salick et lui montre mon permis de conduire. Mais à ma grande surprise, il s?acharne sur moi. Il se met à m?insulter. Il me traite de vieil homme impotent et me lance des injures. J?ai été humilié.»

Savy Supaya Poinen lui demande malgré tout les procédures à suivre. «Li dir mwa to pa kone toi. Donn Rs 200», ajoute le septuagénaire. Ce dernier obtempère en croyant payer son amende. Le caporal Sobid Bissessur, qui les a rejoints entre-temps, s?empare du billet de banque d?un geste brusque. «Ils ont ensuite déchiré les documents relatifs à ma contravention. J?ai été d?autant plus humilié car, sans le savoir, je venais de les corrompre.»

En rentrant chez lui, Savy Supaya Poinen raconte sa mésaventure à sa femme. Celle-ci lui conseille de tout oublier. «Zot dir moi ki to al fatig to lavi akoz Rs 200 ?» Mais il s?obstine à chercher justice. Quelques jours plus tard, il consigne une déposition à l?ICAC. «Aucun membre de ma famille ne m?a soutenu à l?exception de mon frère cadet.» Pour les deux frères, ce procès symbolise une lutte contre «un système et pas uniquement contre deux fonctionnaires». Le 29 juillet 2006, Savy Supaya Poinen écourte même ses vacances en Angleterre pour assister au procès. Mais en se présentant en cour, il apprend que le procès a été renvoyé. Mais les deux frères ne sont nullement découragés.

Savy Supaya Poinen est d?avis que même si ce procès a duré presque six ans et a été renvoyé à plusieurs reprises, il peut servir d?exemple à d?autres Mauriciens. «Je suis sûr que plusieurs de mes concitoyens ont vécu le même calvaire que moi. Ils seront ravis d?apprendre que justice m?a été rendue», conclut Savy Supaya Poinen.

«Si je gagne j?irai manger au resto et si je perds, je prendrai le sandwich fait maison», s?était dit Savy Supaya Poinen à l?époque. C?est l?occasion de se payer un bon repas?

Publicité