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Des promesses en bandoulière

4 février 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Secteurs émergents. L?expression est devenue magique. Source de tous les espoirs. Mais les espoirs ne suffisent pas. C?est aussi une question de préparation, d?anticipation et d?une capacité à s?inscrire dans de nouvelles logiques. Du secteur financier au sea food hub en passant par la land based oceanic industry, voire la dynamique retrouvée de l?hôtellerie mauricienne, l?horizon de l?emploi repousse ses limites. Cependant, la main-d??uvre fait défaut alors que les efforts d?orientation souffrent de carences profondes.

«C?est une réalité. De plus en plus, Maurice se tourne vers les services. On n?est plus seulement un pays engagé dans le manufacturier. L?hôtellerie, le Business Process Outsourcing, l?Offshore, la Bourse, les banques, l?assurance? La diversification est réelle. Mais il y a des lacunes au niveau de la formation», confirme d?emblée Couldip Basant Lala, directeur d?International Financial Services, entreprise en management qui existe depuis 14 ans. La comptabilité, les finances, l?hôtellerie et l?offshore présentent, confirme Juliette Halbwachs, manager à Service Bureau, agence de recrutement, des perspectives d?emploi.

Son analyse est confirmée par d?autres partenaires et observateurs. Au plan de la formation, l?écueil se présente sous un autre angle. Comment investir dans de nouveaux cours si on n?est pas assuré de trouver un emploi ? «En tant qu?Institut de formation, nous sommes confrontés à une question difficile. Est-ce qu?on prépare les jeunes à un emploi qu?ils ne sont pas sûrs de trouver ou est-ce qu?on attend que les secteurs émergents tiennent leurs promesses avant de lancer les cours ?» demande ainsi Odyle Charoux, Director of Academic Affairs à Charles Telfair Institute.

Il est aussi un fait que la question de l?orientation souffre de nombreux maux. «Les enfants et les jeunes sont-ils guidés? Je crois que tout enfant doit être formé selon ses compétences. D?un autre côté, il est un fait que ce sont les métiers les plus pointus qui sont les plus demandés. Il s?agit donc de savoir comment orienter notre pays et identifier les compétences dont on aura besoin», assure Juliette Halbwachs.

Pour sa part, Odyle Charoux assure que son Institut a déjà préparé des cours consacrés aux secteurs émergents mais qu?il attend toujours de voir ces secteurs sortir du statut d?émergent pour prendre le statut de secteurs confirmés avant d?étendre l?offre aux étudiants potentiels. «Par exemple, on a été déçu par le sea food hub», explique-t-elle.

Aujourd?hui, relève Odyle Charoux, les instituts de formation sont tenus non seulement de prendre en compte des réalités locales mais aussi les besoins du marché mondial de l?emploi. «Le plus important est de savoir que les jeunes ne bougent pas avant d?être sûrs de trouver subséquemment un emploi», souligne-t-elle. Il n?en demeure pas moins que les filières qui intéressent les jeunes restent les finances, la comptabilité, les business studies et les ressources humaines. Par contre, note Odyle Charoux, les jeunes ne vont plus vers les technologies de l?information et de la communication (TIC) contrairement à l?engouement enregistré voici quelques années. «A l?Institut, il ne reste plus qu?une vingtaine d?étudiants alors que cinq ans de cela, on en comptait 600. Même les cours gratuits ne les intéressent pas», confie-t-elle.

Quant aux centres d?appels, il est un fait qu?ils réalisent moins les promesses des TIC que celle d?une exécution basique fondée sur des compétences langagières et téléphoniques. A ce chapitre, Juliette Halbwachs témoigne que l?intérêt des entreprises porte sur des techniciens spécialisés ou des jeunes avec des compétences avérées qu?elles vont par la suite former. «Ebène aujourd?hui pratique une main-d??uvre de masse. Si on veut parler de nouvelles carrières, il faudrait davantage se pencher du côté de la Corporate Social Responsibility, des normes de construction ou encore de la bonne gouvernance? Ce sont ces métiers qui vont encadrer les entreprises en termes de normes sociales voire morales. Ce sont des postes techniques très spécialisés. Mais là aussi, il n?y a pas beaucoup de demandes», fait-elle ressortir. Pour elle, avant de foncer tête baissée dans de nouvelles aventures d?entreprises et d?emplois, il faudrait prioritairement pouvoir sortir de la culture de l?à-peu-près. Un avis qui est partagé par Couldip Basanta Lala. «On court après les diplômes et non après la connaissance. Les formateurs sont souvent des théoriciens qui n?ont pas une grande connaissance du terrain. On a ainsi des enseignants de comptabilité qui n?ont jamais exercé la comptabilité. Il n?y a pas assez de formateurs exposés à la réalité», déclare-t-il à cet effet.

Pour l?instant, les entreprises qui recrutent le plus se tournent vers les comptables, les administrateurs ou encore des «compliance officers», soit ceux qui vérifient que toutes les règles sont respectées en matière de finance internationale. «Ce sont des qualifications connues mais avec des expertises poussées», précise Juliette Halbwachs. De manière générale, poursuit-elle, les recruteurs se satisfont de ce qu?ils ont alors que les employés tentent de faire de leur mieux. «Tout est une question de formation, de motivation et d?ambition», note notre interlocutrice.

A ce titre, on ne fait pas toujours ce qu?on a envie de faire. La famille pousse vers les métiers à prestige. Médecins, avocats, banquiers? «Par rapport aux nouvelles filières, il y a un pari qu?on n?ose pas toujours prendre. Il est, par conséquent, essentiel de bien expliquer l?avenir et le marché du travail tel qu?il se déclinera demain. A ce titre, il est également important d?effectuer des recherches pour mieux saisir ce marché», insiste Juliette Halbwachs.

Ce marché du travail est foncièrement évolutif. Parfois, il faut importer de la main-d??uvre et de l?expertise étrangère pour être efficace. D?autres fois, il faut investir dans la formation des compétences locales. Mais l?équilibre n?est pas toujours facile à trouver. Ainsi dans le secteur de l?offshore, du fait que Maurice est vendue comme une juridiction à bas coût, il est contre-productif de faire venir des étrangers. «Donc pour ce secteur, il faut continuer à former les gens», rappelle Couldip Basanta Lala. L?université de Maurice est le principal pourvoyeur de compétences dans le secteur financier. Cependant, constate notre interlocuteur, il n?y a pas un cadre formel pour booster le secteur. «Il y a définitivement un manque de professionnels», confie-t-il.

Or, dans le monde des entreprises, on a de plus en plus besoin de spécialistes. Cependant, un institut comme Charles Telfair doit travailler avec des jeunes qui viennent de quitter l?école. Le travail se fait donc à la base avant de pouvoir les amener plus loin. «D?autre part, il n?y a pas assez de communication avec les jeunes. Ils se font, au mieux, des idées en lisant ce qui est écrit dans la presse et, au pire, en écoutant le discours propagandiste des gouvernements», estime Odyle Charoux.

C?est ainsi que des promesses étouffent des compétences, que la médiocrité triomphe, que les jeunes voient leur avenir hypothéqué? Nouvelles filières ? Elles sont réelles. Mais il faut aussi une autre ambition : celle de tenir un discours de vérité et d?orienter les jeunes de manière adéquate.

Centres d?appels : une solution à problèmes</B>

■ Les avis de recrutement inondent les colonnes de la presse écrite. Les «billboards» vantent leurs mérites. Les stratégies de séduction ne cessent d?évoluer. Les centres d?appels ont fini par représenter l?Eldorado dans le monde du travail pour les jeunes. Et pour cause? Avec un diplôme de «School Certificate» et de «Higher School Certificate», on peut aspirer à venir rejoindre le contingent de quelque 10 000 employés qui travaillent dans les entreprises de «Business Process Outsourcing» (BPO). Vu les contraintes que représentent, entre autres, la rotation et celle d?une main-d??uvre toujours disponible, les centres d?appels et le secteur de l?externalisation embauchent à toute berzingue. Mais les conditions ne sont pas toujours respectées et la désillusion est souvent grande pour de nombreux jeunes. Certains n?hésitent même pas à soutenir que ces centres d?appels ont remplacé aujourd?hui les usines qui produisaient à la chaîne dans les années 1970 et 1980. Le parallèle est poussé mais il ne demeure pas moins que le glissement d?une main-d??uvre manufacturière de masse à une main-d??uvre de téléopérateurs de masse est bien réel. Si ce n?est qu?un passage, les jeunes pourront toujours tenter d?autres aventures. Mais il ne faudrait surtout pas que le monde du travail s?arrête à un récepteur?

QUESTIONS À

<B>Arjoon Sudhoo Directeur du «Mauritius Research Council»</B>

● <B>On parle beaucoup de nouveaux secteurs. Comment les définir en tant que concept économique?</B>

Qu?est-ce que les technologies de l?information et de la communication, la land-based oceanic industry ou encore le sea food hub ont en commun ? C?est qu?ils reposent sur la connaissance de la science et des technologies nouvelles. On ne pourra les exploiter si on fait abstraction de ce fait. Aujourd?hui, pour pouvoir s?engager dans les nouveaux secteurs, il faut s?intéresser à un certain nombre de concepts auxquels on n?est pas familier. Il s?agit, par exemple, du recyclage des déchets, des énergies renouvelables, de l?enseignement des sciences? Au Mauritius Research Council (MRC), ce sont nos priorités. Nous conseillons les ministères en ce sens. L?enseignement des sciences, à cet effet, ne pourra se faire dans l?abstrait. Il faudra qu?il soit inscrit dans le contexte mauricien, qu?il participe de notre vécu quotidien.

● <B>Entre les discours et la réalité, il y a un hiatus qu?on ne surmonte pas toujours?</B>

Il y a effectivement deux façons de voir les choses. On a les gens qui pensent aux grandes stratégies, qui définissent les orientations générales. Mais on a aussi besoin des gens qui font que les choses se mettent en place et qui s?assurent de leur bon fonctionnement. On doit avoir des gens capables de transformer les grandes idées en action.

● <B>Lorsqu?on parle de nouveaux secteurs, pensez-vous que la population soit suffisamment éveillée à leurs possibilités ? </B>

Il faut éveiller les gens sur ce que sont le sea food hub ou la land-based oceanic industry. Toutefois, on constate que les jeunes vont à l?école juste pour avoir un diplôme qui leur garantirait un travail au sein de la fonction publique. Il faut encourager les gens à penser comme d?éventuels entrepreneurs.

● <B>Ne pensez-vous pas que Maurice souffre aussi d?un déficit de culture de la recherche ?</B>

Il est vrai qu?on n?a pas assez investi dans la recherche. Mais il est aussi vrai qu?on n?a qu?une petite poignée de chercheurs. Il y a deux éléments importants pour les chercheurs. Il faut d?abord qu?ils puissent travailler en équipe. Ensuite, il faut qu?ils soient capables d?une approche pluridisciplinaire. Il faut mettre l?accent sur ces deux éléments même si on a peu de chercheurs. Il faut une bonne idée et la volonté de travailler ensemble. Les Mauriciens sont très créatifs pour des raisons socio-historiques. Reste à les amener à travailler ensemble. On sera alors surpris par les résultats.

<I>Propos recueillis par </I> <B>N.E.</B>

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