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Des monuments historiques s?exposent

2 juin 2007, 20:00

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Depuis plusieurs semaines déjà se déroule autour de l?île une exposition itinérante, composée d?une trentaine de photographies agrandies d?autant de nos bâtiments et monuments historiques. Chaque agrandissement s?accompagne d?une brève notice explicative en français et en anglais.

Une rapide visite effectuée jeudi après-midi n?a pas permis aux visiteurs d?être plus amplement renseignés sur les objectifs de cette exposition itinérante, initiative du National Heritage Trust Fund et du ministère des Arts et de la Culture. Le visiteur reste donc sur sa faim et ne sait pas, par exemple, jusqu?à quand cette exposition itinérante bivouaquera au Foyer du Théâtre municipal de Port-Louis, vers quelle localité se dirigera-t-elle après son escale portlouisienne, les objectifs et les spécificités de cette exposition.

Mais voyons d?abord le contenu de cette exposition et ses aspects positifs. Elle a définitivement le mérite de donner au grand public une nouvelle occasion d?admirer, même photographiquement, quelques-uns de nos bâtiments-monuments historiques et de lui fournir quelques repères quant à leurs origines et histoire.

Il n?y avait pas foule, à l?heure de la fermeture jeudi après-midi à Port-Louis, mais on peut supposer que, dans des localités, moins exposées à diverses expositions que Port-Louis et nos autres villes, un public plus nombreux prendra plaisir à admirer cet échantillon de notre patrimoine architectural et saura apprécier, comme il se doit, cette initiative du National Heritage Trust Fund.

● Cette exposition montre successivement le phare de l?île aux Fouquets (peut-être pas sous son meilleur éclairage)

● Le poste de police de Souillac (sans doute vu de la cour intérieure arrière, guère accessible au tout venant, bâtiment qu?on espère récemment rénové)

● La maison coloniale du Riche-en-Eau Sugar Estate (sans préciser si elle est visitable ou non, ni comment s?y rendre).

● Le cimetière des Hollandais au Vieux-Grand-Port (des documents attesteraient que le gouverneur hollandais Reynier Pior, 1648-53, y serait enterré).

On apprend à tout âge

● La prison d?esclaves du Belle-Mare Sugar Estate ; un four à chaux au Poste-de-Flacq appartenant à la propriété sucrière de Constance-La Gaieté (la notice précise curieusement que notre industrie sucrière est une grande consommatrice de chaux et c?est la raison pour laquelle les fours à chaux sont construits, non pas le long de nos côtes et à proximité du bord de mer, comme nous le croyons trop naïvement, mais au milieu des champs de cannes, comme quoi on apprend à tout âge).

● Les vestiges du moulin à vent de Forbach (initiative de Joseph Staub, précise la notice qui enchaîne avec un exposé sur les trois moulins verticaux, mis au point par le Sicilien Pietro Speciale, introduit aux Barbades au 17e siècle et à Maurice en 1806).

● Le phare de la Pointe-aux-Canonniers (surplombant, depuis le 1er décembre 1855, une défense côtière française du XVIIIe siècle).

● Le monument de la Société de l?Histoire (président Philippe La Hausse de La Louvière) commémorant, à la Poudre d?Or, le naufrage du Saint-Géran, les 17 et 18 août 1744.

● Le presbytère catholique des Pamplemousses (déjà là et tel quel en 1743).

● Le prétendu cimetière des esclaves aux Pamplemousses ; le château anglais de Mon-Plaisir (?uvre du général Darling à la requête de Burke, mais situé à tort sur l?emplacement de la demeure de La Bourdonnais, édifiée plus bas et à proximité de l?entrée principale).

● Les logements de travailleurs agricoles du Trianon S.E. (ils furent plus chanceux que ceux devant loger dans de simples cases en paille, au sol et aux murs revêtus de bouse de vache, comme à Kewal Nagar).

Esclavagiste et criminel contre l?humanité

● La poste de Rose-Hill, (aucun renseignement historique concernant ce bâtiment).

● L?hôtel de ville de Rose-Hill (possiblement construit par de simples employés municipaux sous la direction du secrétaire de la ville, M. Georges Randabel, suivant des plans de M. Coulhac de Mazérieux).

● Le château du Réduit rénové et repeint aux couleurs margarine, lui donnant un air de bungalow forestier.

● La bibliothèque d?Andrew Carnegie à Curepipe (un don capitaliste de £ 1 800).

● L?Aapravasi Ghat (pas un mot sur l?hôpital militaire de Labourdonnais stupidement démoli par le gouvernement travailliste pour cause d?autoroute intra-urbaine).

● L?Hôtel du Gouvernement (enfin rénové après l?incendie du 16 février 2006).

● La poste centrale (pas un mot du projet de Bérenger de le transformer en centre culturel africain Nelson-Mandela, bel exemple de frayeur administrative s?étendant au-delà d?une défaite programmée).

● L?aqueduc du Canal Dayot (et l?historique de la fourniture d?eau à la capitale).

● L?Institut de Maurice (construit sur l?emplacement de l?Hôtel de l?Univers, détruit par l?incendie du 24 octobre 1877, l?héritier des collections Desjardins, Bouton, Naz (livres), Rochecouste (tableaux de maître), Antelme (coquillages), victime de l?inondation du 20 mai 1928).

● Le théâtre de Port-Louis (rénové récemment par la France) ; le donjon Saint-Louis (que d?aucuns veulent transformer en parc d?attractions à grands renforts de béton et de plastique coloré).

● Le pont de GRNO (de l?ingénieur Lloyd et ayant coûté £ 33 000 pour ses 170 pieds de long).

Figure aussi curieusement dans cette exposition itinérante à la gloire de nos bâtiments et monuments historiques, la reproduction photographique de la statue d?Adrien d?Épinay que d?aucuns traitent d?esclavagiste et de criminel contre l?humanité. La photo fait partie de l?exposition. Elle n?est toutefois pas accrochée aux cimaises, mais simplement posée par terre, au-dessous de la notice chantant les mérites et bienfaits du père de notre parlementarisme, de nos institutions bancaires et de notre liberté de la presse.

L?exposition itinérante du National Heritage Trust Fund ne dit mot, en revanche, de ce qu?il adviendra de nos bâtiments et monuments en péril, tel l?ancien bâtiment de la School à la rue Edith-Cavell, les tombes des XVIIIe et XIXe siècles au cimetière de l?Ouest et ailleurs, la gare Victoria, l?hôpital civil, la statue d?Adrien d?Épinay menacée de déplacement à l?encontre de toute la législation concernant la sauvegarde de nos bâtiments et monuments historiques.

Agents protecteurs de notre patrimoine

Le visiteur aurait aimé savoir davantage sur les critères de sélection de la trentaine de reproductions photographiques choisies. Pourquoi, par exemple, la photo de la statue de Rémy Ollier mais pas celle de Brown-Sequard, de Léoville L?Homme (qu?en pense France Roussety ?) ou encore de Manilall Mangalall Doctor ? Pourquoi la maison de Riche-en-Eau mais pas celle de Villebague (mi-XVIIIe siècle) ou encore l?ancien château Gheude à Mahébourg ?

À quand la publication d?un document mettant à jour la liste de tous nos bâtiments et monuments historiques ? Elle permettrait à tout Mauricien d?agir, pour le bien de tous, en agents protecteurs de notre patrimoine architectural.

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