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Des macadams mauriciens pour la base de D. Garcia

25 janvier 2006, 20:00

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Macadams dans les deux sens du mot. D’une part, la presse de fin janvier 1981 annonce que la United Basalt Products négocie la fourniture de 100 000 tonnes d’agrégats destinés à des travaux de construction à Diego Garcia. Elle précise, d’autre part, que le MMM fronce les sourcils à l’idée que des Mauriciens puissent, même à titre privé, être parties prenantes dans le renforcement d’une base militaire américaine, sinon nucléaire, et d’être complices, par conséquent, de la transformation de la zone de paix de l’océan Indien en une zone de conflits militaires, avec des risques d’escalade nucléaire.

La question se pose, en janvier 1981, de savoir si Maurice participera ou non à la construction d’une base aéronavale américaine au milieu d’un océan que d’aucuns veulent décréter “zone de paix” respectés par tous, en commençant par les pays riverains.

Le contrat de fourniture de 100 000 tonnes d’agrégats est d’une valeur de Rs 5,6 millions, dont Rs 4,4 m. pour les matériaux et Rs 1,2 m. pour le transport jusqu’au Port-Louis. La tonne d’agrégat est donc vendue à Rs 56 aux Américains, transport jusqu’au Port-Louis compris. En 1981, le dollar américain vaut environ Rs 7.27. Ce contrat vaut environ Rs 230 millions en 2006. Cela pourrait vouloir dire que notre roupie de 1981 vaut, 25 ans après, environ 25 sous de 2006.

La United Basalt Products Co Ltd devra livrer une première cargaison de 20 000 tonnes d’ici la fin de mai 1981. Quatre autres cargaisons suivront. Elle continue à négocier avec des Américains la production et la livraison de blocs de ciment toujours aux fins de construction. A ce stade, les Américains réclament seulement des cotations sans fournir de précision quant au nombre de briques en ciment dont ils ont besoin et qu’ils pourraient commander à la firme mauricienne.

Il se peut également que les 100 000 tonnes d’agrégats commandés à l’UBP ne soient que le premier volet de commandes ultérieures plus importantes. L’on croit savoir que le projet de construction d’une nouvelle base aéronavale à Diego Garcia exigerait la fourniture d’un million de tonnes d’agrégats, soit la production annuelle de UBP, en 1981.

Des rencontres ont lieu entre des officiels de l’armée américaine et le gouvernement mauricien, d’une part, et des dirigeants de UBP, d’autre part. Les premières réunions ont lieu en novembre 1980. L’interlocuteur des autorités militaires américaines auprès du gouvernement mauricien est Sir Harold Walter, notre ministre des Affaires étrangères. L’UBP est en concurrence avec ses homologues de plusieurs autres pays étrangers riverains, dont le Sri Lanka. Des raisons politiques, économiques, géographiques jouent en faveur de Maurice.

Cet important projet d’agrandissement de la base aéronavale de Diego Garcia laisse supposer le possible recrutement de main-d’œuvre mauricienne sur cette île chagossienne. Un tel recrutement représenterait une intéressante bouffée d’oxygène en termes d’emplois et de rentrées de devises étrangères. Il s’agit, en fait, de construire une petite ville américaine au milieu de l’océan Indien, à l’intention du personnel militaire et civil qui y est affecté. Le Sydney Morning Herald du 21 juin 1980 fait état de construction de supermarchés, de brasseries climatisées, de courts de tennis, de stade couvert de handball, d’un go-cart track. L’article s’étend sur les facilités militaires qu’offrirait la base aéronavale de Diego Garcia ainsi renforcé. Elle permettra aux armées de terre, de l’air et marine américaines d’intervenir beaucoup plus rapidement sur l’ensemble de l’océan Indien. Les Irakiens en savent quelque chose. Les travaux comprennent, entre autres, le prolongement, l’élargissement et la consolidation des pistes d’atterrissage, l’aménagement de nouvelles aires de stationnement pour les avions. Des avions plus lourds pourraient atterrir à Diego Garcia.

Le seul macadam, pouvant jouer contre ce contrat, apparaissant juteux aux yeux de la presse de janvier 1981, viendrait du côté du MMM. Pour les mauves, il ne saurait être question qu’une partie de territoire national et que des Mauriciens participent d’une quelconque manière au renforcement d’une base militaire, et peut-être même nucléaire, qui constitue en elle-même un arrogant déni de la souveraineté de la population mauricienne, souveraineté acquise par l’accession de notre pays à l’Indépendance, le 12 mars 1968. Ce faisant, le MMM se révèle le vrai défenseur de l’Indépendance de Maurice, tandis que ses adversaires, le PTr de Seewoosagur Ramgoolam et d’Harold Walter et le PMSD de Gaëtan Duval, n’éprouvent aucune honte à pactiser avec les voleurs et les receleurs de notre archipel des Chagos.

N.B. : Nos réminiscences d’hier omettent de préciser que le MMM tient une conférence de presse, à la fin de janvier 1981, pour démentir la nouvelle de l’express selon laquelle le projet d’accord électoral MMM/PSM ne fait pas l’unanimité au sein du comité central mauve.

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