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?Des lacunes dues au manque d'expérience?
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?Des lacunes dues au manque d'expérience?
● Vous avez dirigé le Comité d'organisation des jeux des îles en 1990, lorsque Madagascar a organisé ses premiers Jeux. Quel est votre rôle aujourd'hui ?
Aucun. Comme inspecteur général au ministère de la Jeunesse et des sports, je suis conseiller du ministre sur certains dossiers, internationaux en particulier. Il me demande des avis, pas des conseils, et je me permets de lui en donner sur certains aspects, sans entrer dans aucun volet de l'organisation.
● Vous n'avez pas souhaité faire partie de l'organisation ou l?on ne vous a rien proposé ?
J'ai organisé les Jeux des îles en 1990 puis les Jeux de la Francophonie en 1997. A partir de ces expériences, j'ai assumé des rôles de consultant sur le plan international, aux JO d'Athènes en 2004 notamment. J?ai aussi présidé la Commission d'évaluation et de supervision des Jeux de la Francophonie à Ottawa 2001 et au Niger en 2005. Mais il y a un temps où l?on assume des responsabilités et un temps où il faut laisser la place aux jeunes.
● Ce qui ne vous empêche pas d'avoir un avis sur ces Jeux, puisque vous en êtes un observateur plus qu'attentif ?
Pas très attentif dans la mesure où j'ai pris du recul malgré tout. Je regarde comme tout le monde. Les trois derniers ministres qui se sont succédé m'ont sollicité à différents moments sur différents sujets et j'ai poliment mais fermement décliné toutes les propositions jusque-là. A partir de là, je ne me permets pas d'apporter quelque jugement que ce soit sur l'aspect organisationnel.
Bien entendu, en tant qu'observateur, je vois qu'il y a certains détails qui échappent. Il y a des lacunes comme dans toute oeuvre humaine, mais il y a également un certain niveau de qualité dans l'organisation, et quelques initiatives assez intéressantes, comme l'animation, l'aménagement et l'embellissement de la ville. Au plan technique, je relève comme tout le monde beaucoup de récriminations sur certains volets?
● Par exemple ?
Certains détails matériels comme l'absence d'équipements, le retard dans la mise en place, le décalage des compétitions. Cela ne prête pas à une bonne image des Jeux. Mais dans la mesure où cette équipe d'organisation n'est là que depuis peu, c'est quand même éloquent ce qu'elle réalise. Le manque d'expérience évident explique ces lacunes qu'on observe.
● Il y a eu à Mahamasina des problèmes avec le public. Est-ce qu'il n'y a pas une sous-évaluation du problème de l'engouement populaire ?
Sans doute. On sait que dans toutes compétitions internationales, on va jouer à guichets fermés, même quinze jours à l'avance. Il faut informer le public dès que c'est terminé, ça évite le marché noir, et surtout les perturbations et la désorganisation. Il est malheureux qu'un engouement populaire devienne un désavantage pour l'organisation. Ces choses-là étaient prévisibles et il était nécessaire de prendre les dispositions et des initiatives. En 1990, déjà, lors de la finale du volley-ball, les gens étaient à 50 cm du terrain?
● Ca risque de se reproduire !
C'est évident et inévitable si on ne prend pas des dispositions. D'autant plus qu'il y a eu trop d'accréditions accordées avec beaucoup de facilité et de faveur, c?est au détriment de ceux qui ont payé les billets.
● Au plan sportif, est-ce que Madagascar, qui va probablement remporter ses Jeux, a progressé ? C?est à l?ancien président de la Fédération malgache de football que je m?adresse, mais je ne parle pas que de foot...
Je dirais que Madagascar n'a pas progressé. Je regrette, à titre personnel, qu'à partir du niveau atteint en 1990, confirmé aux Jeux de la Francophonie en 1997 où Madagascar a terminé deuxième derrière la France, mais devant le Canada, le Maroc ou la Roumanie, les différents régimes qui se sont succédé n'ont pas su profiter de cet enthousiasme exceptionnel pour définir la priorité dans le sport malgache. Notamment, définir un programme de développement qui tienne compte de ses potentialités énormes, afin de mettre le sport malgache dans le peloton de tête des meilleures nations du continent africain.
Madagascar a vécu sur ses acquis sans avoir eu un programme réel de promotion et développement, tant sur le plan des infrastructures que de la progression technique. Les résultats aujourd'hui sont là malgré ces carences, c'est autant de mérite pour les sportifs et les cadres malgaches qui n'ont pas eu un minimum de formation. Le sport ne tient pas seulement des qualités physiques ou techniques, c'est toute une éducation, le reflet d'un environnement social.
● Est-ce que c'était raisonnable d'organiser ces Jeux à Madagascar ?
Je ne vais pas m'en plaindre. C'est une vitrine. Mais c'est aussi une opportunité que le régime actuel devrait saisir pour pallier ces carences antérieures.
J'ai eu l'occasion d'entendre le président parler de donner la priorité aux jeunes. Je ne sais pas si l'actuelle implication de chaque ministre dans chaque discipline sportive est un avantage ou un inconvénient. J'ai cru comprendre que ça va continuer après les Jeux. C'est tant mieux si on prend des dispositions pour améliorer les routes, la production agricole et le sport.
● Où en sera Madagascar en 2025, période présumée du retour des Jeux dans la Grande île ?
J'espère que Madagascar alignera lors de ces Jeux ses espoirs ou les moins de 20 ans et non pas les équipes nationales. Je viens de prendre la direction générale de la fédération de football et nous allons mener une réorganisation totale avec priorité à la formation. Notre challenge est de nous qualifier pour la Coupe d'Afrique des Nations en 2010.
Pierre-Yves VERSINI Le Quotidien de la Réunion
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