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Des humanitaires au secours des enfants du Niger
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Des humanitaires au secours des enfants du Niger
Devant le petit Centre de santé intégré (CSI) de Djan Toudou, à une heure de piste de Maradi, ville située à 500 km à l?est de Niamey, près de 200 femmes en boubous multicolores sont paisiblement assises sous des acacias. Depuis quelques heures, une équipe d?Action contre la faim (ACF) procède à une visite médicale, qui sera suivie d?une première distribution d?aliments, acheminés au Niger par l?association Réunir.
Chacune des mères, venues des villages environnants, porte dans ses bras ou sur son dos un jeune enfant, le plus souvent rachitique, voire squelettique, et attend avec appréhension. Lorsque son tour arrive, le bambin est soumis à un examen qui, selon son état de développement, le fera déclarer « admissible » ou non à une prise en charge. Tri imposé par l?urgence.
Allongée sur une toise horizontale puis installée dans un harnais de nylon pour être suspendue à une balance, Salamé, 67,3 cm pour 4,8 kg, fillette d?un an dont les cheveux sont décolorés par les carences, est enregistrée comme étant en état de « malnutrition sévère » : elle sera orientée vers le Centre de récupération nutritionnelle intensive (Creni) d?Aguié, ouvert par Médecins sans frontières (MSF) fin juin et qui abrite plus de 200 mères et enfants.
La lutte pour la survie
Après avoir examiné 79 enfants, l?équipe humanitaire a dénombré sept cas sévères et une vingtaine de cas modérés. Les opérations de dépistage déjà réalisées dans les villages de Mayahi, Dah Baou, Guidan-Gagere, Dan Mairo ou Dan Mallam ont donné des pourcentages comparables.
Le chef de village, Rabiou Chekarao, belle prestance de sage dans sa djellaba noire, n?en finit plus de remercier les humanitaires pour le secours qu?ils portent à ses ouailles. Les rations hypercaloriques distribuées pour les enfants « admis » s?accompagneront de sacs d?aliments pour leurs familles.
Du coup, les mères des bébés dont l?état a été considéré « satisfaisant » sont à la fois soulagées et déçues. Car, si aucun adulte n?est en péril, tous les estomacs crient famine. Bernard Kouchner, président de Réunir et ancien ministre de la Santé, observe discrètement ce combat pour la survie auquel il a souvent pris part et se contente de quelques commentaires sur les symptômes.
« Même si la situation est ici moins tragique, c?est en voyant des gosses comme ceux-là au Biafra que nous est venue l?idée de créer Médecins sans frontières », glisse-t-il, avant de suggérer au chef du village la création d?une caisse d?assurance-maladie communautaire et de s?engager à revenir dans quelques mois la monter avec lui.
Au nom du « recouvrement des coûts », l?accès aux soins dans les CSI est en effet subordonné au versement de 500 francs CFA (moins d?un euro) pour un enfant de moins de 5 ans et du double pour les autres.
Beaucoup de femmes n?ont pas cette somme et plusieurs enfants souffrant de la gale, dont un petit garçon au visage couvert de croûtes surinfectées, seraient peut-être condamnés si le dérisoire pécule n?était aujourd?hui versé ? exceptionnellement ? à l?infirmier du CSI, qui dispose d?antibiotiques mais est impuissant à déroger au règlement.
Sous les tentes de soins intensifs des centres de renutrition de Maradi ou d?Aguié, l?urgence est plus extrême. Plusieurs minuscules nourrissons atteints de paludisme grelottent de fièvre ou sont pris de convulsions. Leurs mains battent l?air à la recherche du sein maternel.
Les mères savent maîtriser leur angoisse et vont, tour à tour, mouiller des linges dont on enveloppe les petits corps. Malgré les perfusions piquées dans leurs chevilles, une infirmière les trempe périodiquement dans des bassines pour faire tomber la température qui dépasse 39,5°. « On devrait pouvoir les tirer de là », assure calmement le docteur Innocent Ntunzimbona, un jeune médecin béninois de l?équipe de MSF.
Pourtant, à l?autre extrémité de la tente, un garçonnet dont le corps était couvert d??dèmes noirâtres vient de mourir.
Sans dire un mot, sa mère s?isole pour cacher ses larmes.
■ @ 2 005 Le Monde ? Robert BELLERET ? Distribué par The New York Times Syndicate
La crise alimentaire touche aussi le Mali
Au Sahel, la crise alimentaire ne s?arrête pas aux frontières du Niger. L?organisation non gouvernementale britannique Oxfam a ainsi sonné l?alarme pour le Mali, mercredi 3 août.
« Maintenant que l?attention des mé-dias se porte sur le Niger, la communauté internationale a commencé à réagir (...). Mais le problème ne concer-ne pas seulement le Niger », souligne-t-elle. Selon Oxfam, seuls 14 % des 7,4 millions de dollars sollicités pour le Mali par le Programme alimentaire mondial (Pam) ont été versés, depuis un appel lancé en décembre, alors que 1,1 million de personnes sont menacées. De son côté, le Fonds des Nations unies pour l?enfance (Unicef) a estimé, lundi, que, « en l?absence d?une intervention immédiate et massive » , la crise risque de se propager au Nigeria, au Mali, au Burkina Faso et à la Mauritanie.
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