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Des geôliers soumis à rude épreuve
Les matons de la prison centrale de Beau-Bassin n?ont plus le moral. Se rendre au travail ces jours-ci les décourage encore plus. Accusés de brutalité par les détenus et menacés dans la rue, ils font face à une nouvelle épreuve à laquelle ils semblent ne pas avoir été préparés : la peur bleue des prisonniers séropositifs.
En effet, ils vivent dans la crainte d?être contaminés par le virus du sida depuis que des détenus séropositifs récemment transférés à la New Wing de Beau-Bassin les narguent en laissant des traces de sang sur les portes de leurs cellules.
« On n?a pas reçu la formation pour réagir face à ce genre de situation. Il y a eu une vague causerie sur le sida et les modes de transmission mais on ne sait quoi faire si on chope la maladie. Est-ce qu?on sera dédommagé ? Ce travail mérite-t-il qu?on y laisse sa peau ? » s?interroge un gardien. C?est un véritable psychodrame que vivent donc les gardiens depuis deux semaines.
« Les prisonniers sont en train de se mutiler, de répandre leur sang sur les poignées des portes pour nous faire peur », raconte un de leurs collègues. Il semble donc que ce sont encore les détenus sidéens qui font la pluie et le beau temps à la prison centrale.
Cette semaine, des « ring leaders » parmi les détenus séropositifs ont été transférés de la New Wing. Certains ont été logés dans une autre aile à Beau-Bassin et d?autres à la prison de haute sécurité de Phoenix, La Bastille. « D?autres têtes brûlées sont encore là mais les détenus ne font plus les difficiles quant à la nourriture qui leur est offerte. Ils ne dédaignent plus les aliments comme c?était le cas il y a quinze jours en réclamant les mets de leurs choix », explique un officier engagé dans la réforme du service pénitentiaire.
La situation « difficile » dans laquelle travaillent les gardiens a été évoquée à l?Assemblée nationale il y a une semaine. En réponse à la Private Notice Question du leader de l?opposition, Navin Ramgoolam, le Premier ministre, Paul Bérenger, avait indiqué qu?un gardien a été mordu par un détenu sidéen dimanche dernier. « Nou pou guetté ki sane la éne bon mari aster », aurait lancé le prisonnier à sa victime qui l?escortait, relate-t-on à la prison.
Et voilà que cette semaine encore, deux gardiens de la Prison Security Squad (PSS) ont consigné une déposition contre un détenu séropositif pour agression.
Les gardiens s?expliquent
« En fait, il se démenait tellement qu?il a malencontreusement frappé un des gardiens au front », explique un haut gradé. « C?est le contraire qui s?est passé, il a frappé l?officier Bahadoor au front lorsque ce dernier s?est interposé entre lui et l?assistant commissaire Henry avec qui il avait une discussion animée. Le détenu Pillay a frappé l?officier Mungul au dos. Ce dernier est même en congé de maladie », réplique un geôlier.
La Major Crime Investigation Team poursuit, de son côté, son enquête sur les incidents du 26 septembre à la prison de Beau-Bassin. Le détenu Wendy Lafleur a même sombré dans le coma après cette nuit.
Après de hauts officiers et l?ancien commissaire Ramkrishna Brojmohun, ce sera maintenant au tour des gardiens de s?expliquer. En attendant, l?équipe de l?assistant commissaire de police, Dass Joganah, fait un suivi des réformes qu?elle avait proposées avant de soumettre un nouveau rapport sur les changements notés dans le service pénitentiaire.
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