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Des femmes licenciées donnent l?exemple
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Des femmes licenciées donnent l?exemple
?Nous allons toujours marcher la tête haute. Malgré le long chemin, malgré notre souffrance qui a commencé quand l?usine a fermé ses portes. Malgré le fait que nos c?urs se sont brisés quand personne n?a voulu nous écouter.? Ces mots sont de Rosilda Rima, une des 63 femmes licenciées d?une usine de textile mais qui ont décidé de relever la tête et de se retrousser les manches.
Prenant leur courage à deux mains, ces femmes ont créé la Chemin-Sud Multi-Purpose Cooperative Society Ltd. Cette coopérative regroupe des unités de pâtisserie, de potager, de catering et de couture, entre autres. Grâce à cette activité, elles ont une rentrée d?argent et un regain de dignité. Et veulent partager leur expérience.
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a inauguré leur société hier, à Chemin-Grenier, en présence notamment des ministres Indira Seebun et Rajesh Jeetah, d?Aline Wong de l?Association mauricienne des femmes chefs d?entreprise (AMFCE), du président du comité directeur de l?Empowerment Programme, Jean Claude de l?Estrac, du représentant du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Claudio Caldarone, et de la chef de la délégation de l?Union européenne, Claudia Wiedey. Le représentant du National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) a fait, pour sa part, une excellente présentation du projet.
Le Premier ministre a salué l?effort de ces femmes et a critiqué la mentalité d?assistés qui conduit bien d?autres à demander de ?get enn kou ki kapav fer?. Il explique qu?à son niveau, il fait aussi des efforts. Sa visite récente en Chine a été l?occasion de faire un lobby pour convaincre le gouvernement chinois de passer par Maurice pour ses investissements en Afrique. ?Nous avons comme seule ressource notre population.? Cette population doit comprendre que la vie est un combat. ?Ce n?est pas la prière qui va vous aider, ce sont vos actions. Le bon Dieu nous a donné une cervelle, nos mains et nos pieds, il ne nous a pas demandé de dormir sous un pont si l?on est pauvre. Personn na pa dwa nou nanie, nou bizin dibout lor nou prop lipie.?
Volonté de réussir
La volonté de ces 63 femmes à prendre en main leur vie est, pour Jean Claude de l?Estrac, ?une grande leçon pour la nation toute entière?. Il a expliqué que L?Empowerment Programme s?est intéressé au projet de Chemin-Sud parce que c?est un modèle qui peut être reproduit ailleurs dans le pays. Il y avait ici les ingrédients qui font la qualité d?un projet, a-t-il déclaré. D?abord, il y a la volonté personnelle de ces 63 femmes. ?Il ne peut y avoir d?empowerment s?il n?y a pas d?abbord des gens qui veulent se prendre en charge.? Ensuite, il faut des institutions et des moyens pour soutenir ceux qui veulent aller plus loin. L?Empowerment Programme et d?autres institutions publiques et privées ont la capacité d?apporter leur soutien. Finalement, il faut un leadership et un catalyseur. ?Pour ce projet Aline Wong a été un leader qui montre le chemin.?
Car on ne peut parler d?empowerment si les gens n?ont pas la volonté de réussir, dit Jean Claude de l?Estrac. ?L?Empowerment Programme n?est pas un deuxième ministère de la Sécurité sociale, ce n?est pas un guichet, ce n?est pas l?Etat providence, car l?Etat providence nous coûte désormais trop cher et nous n?en avons pas les moyens.? Pour lui, il faut inculquer aux Mauriciens la nécessité de modifier leurs attitudes et de raisonner leurs attentes.
Révolution dans la mentalité
Ces femmes ont compris la leçon. Joyce Dauphin, présidente de la société coopérative, en est fière. ?Nous ne sommes pas dotées d?une grande intelligence mais nous savons coudre, nous savons planter, nous savons vendre nos produits.?
Cette petite révolution dans la mentalité de ces habitants de Chemin-Grenier, il faut désormais la transporter dans tout le pays. Le président de l?Empowerment Programme a explicité le message qu?il faut passer à ceux qui sont sans emploi : ?L?Etat providence, c?est quand vous avez faim et que vous frappez à une porte et l?on vous donne du poisson. Avec l?Empowerment Programme, quand vous avez faim et vous frappez à notre porte, nous vous apprenons comment pêcher et cela vous garantira une survie dans la durée.?
La vie est une épreuve. Et la politique du gouvernement est de récompenser l?effort de tout un chacun. ?Vous en avez la capacité, vous avez le potentiel?, exhorte Navin Ramgoolam.
Cet espoir dans la population est illustré par une belle histoire. Brigitte Charoy, une Allemande installée à Maurice depuis neuf ans, fabrique des pulls, des vêtements en laine et des accessoires pour des couturiers parisiens. Il y a quelque temps, elle a reçu une commande de 2 000 pièces et elle s?est trouvée dans l?impossibilité de tout faire toute seule.
Elle a évoqué son problème avec Aline Wong, celle que les nouvelles femmes entrepreneurs appellent leur ?mentor?. Cette dernière lui a parlé de Chemin-Sud. Et s?est créée une relation d?affaires entre la société et Brigitte Charoy. ?Je peux vous dire que les 2 000 pièces ont été fabriquées et terminées à temps et la couturière parisienne n?a rien trouvé à en redire ! ? a-t-elle raconté, hier. En ajoutant qu?elle aurait aimé qu?une telle société existe aussi dans le Nord. Le président de l?Empowerment Programme en a pris bonne note?
ZONE FRANCHE
Conséquences tragiques du licenciement
■ Une étude entreprise il y a quelques mois par l?Association mauricienne des femmes chefs d?entreprise (AMFCE) et le PNUD sur les licenciements de la zone franche démontre à quel point le brusque manque de revenus dans les ménages touchés est souvent tragique. La population des licenciés est composée de 84 % de femmes et de 16 % d?hommes. Le salaire, même s?il était bas, était constant, ce qui a permis une constante amélioration du niveau de vie de ces personnes. Beaucoup d?entre elles n?ont pas reçu d?indemnisations à la suite de leur licenciement et seules 60 % s?inscrivent au bureau du travail. Sept sur dix ont affirmé être à la recherche d?un emploi à la suite de leur licenciement. L?arrêt de travail dans ce milieu a un impact sur les revenus de la famille, sur les priorités des dépenses, sur la famille, l?image de soi, la santé. 25 % des licenciés pensent qu?il n?y a pas de perspectives d?avenir alors que 60 % ?ne savent pas?.
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