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Des boulangers toujours dans le pétrin
Quand le pain quotidien n?est plus pain bénit. Ce sont les boulangers qui sont dans le pétrin. Tous ceux sollicités le disent. Oui. Ils ont toujours un problème. Oui, leur situation ne s?est pas améliorée depuis fin mars.
«Dipain la vinn leponz, li mou. Enn ti moman kouma linn fre, li vinn dir.» Que ce soit du côté de Sadally à Vacoas ou dans le Sud, ces boulangers épinglent la farine turque, comme la source de la qualité non conforme du pain.
Paradoxalement, pour les boulangers à qui nous avons parlé, discuter de leur problème, à visage découvert, n?est pas une solution. Même si cette situation perdure. Même si elle durera aussi longtemps qu?ils seront approvisionnés en « enn kalité la farinn rouz enn kalite ki zonn». Deux étiquetages courant pour la farine turque.
<B>De cause à effet</B>
Tant qu?il s?agit de décrire le phénomène : «dipin la ena fwa pa bon pou gete, pa bon pou manze», les boulangers ne sont jamais à court de mots. Tant qu?il s?agit de raconter comment des clients en colère ne se privent pas pour leur dire le fond de leur pensée : «Nou pe pay ar nou kas, nou le kalite.» les boulangers racontent abondamment leurs difficultés.
Des clients qui corroborent. Qui disent que «cela dépend des jours. Ena zour li ok. Ena zour, ou la min pli gro ki dipin la. Li kouma dir enn ti ros».
Mais c?est une tout autre histoire quand on demande aux boulangers de témoigner à visage découvert. Aucun de ceux sollicités n?accepte. Il y a ceux qui «pa le gagn problem». Ceux qui racontent qu?après avoir raconté leur situation de vive voix, des collègues leur ont conseillé de «fer atansyon». En citant des cas de boulangers qui après s?être exprimés, ont reçu de fréquentes visites d?inspections, pour mesurer si le poids du pain ou si les conditions d?hygiène sont conformes. Des inspections suffisamment fréquentes pour que ces boulangers y voient un lien de cause à effet.
Et ont-ils fait part de leur mécontentement à l?importateur ? Tous affirment que oui. Tous affirment que les autorités connaissent la situation. Que des officiers ont été dépêchés pour faire des tests. Pour essayer des formules. Et que même, «dir ou si ou pa le aste, be pa bizin kui dipin».
<B>Vivement les prochaines cargaisons</B>
Qu?à cela ne tienne. Si fin mars, un boulanger du Sud avait raconté comment il avait dû jeter plus de 3 000 pains maison, comment des clients lui avaient même rendu des baguettes, aujourd?hui, ces boulangers ont trouvé une astuce pour s?en sortir.
«Se enn dimounn Moulin la Concorde ki finn explik mwa sa», prend-il la précaution de nous dire. Il fera quelques mystères avant de nous livrer son secret, «pou kapav debriye». Il affirme avoir «développé une formule», celle d?ajouter 0,2 % de matière grasse au pain. Plus simplement, cela veut dire que ce boulanger «met enn tigit diber dan la pat». «Cela me permet de me soulager un peu, sinon, gagn move dipin mem.»
Lui qui produit dans les 25 000 pains par jour voit son coût de production augmenter de Rs 700 à Rs 800.
Vivement les prochaines cargaisons. Du côté de Sadally, où l?on est approvisionné d?«environ 350 pockets», chaque mardi, on vient de recevoir une nouvelle livraison des Moulins de la Concorde, sachet bleu pour la farine de France et sachet vert pour celle d?Australie. Les arômes de ces pains sauront-ils nous faire voyager ?
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