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Denise et Gérard Ip Chan In : Soleils de Roche-Bois
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Denise et Gérard Ip Chan In : Soleils de Roche-Bois
Ils se sont, ce matin-là comme chaque matin, levés à quatre heures. Ils ont préparé, à quatre mains, ?grams?, maïs soufflé, ?chipeks?, chips, crabes et tamarin en compote, qu?ils ont soigneusement mis sous plastique. Gérard a assuré la cuisson et Denise l?emballage. Auparavant, Gérard s?embarquait dans un tour de l?île pour écouler ses marchandises. Aujourd?hui, ils ne travaillent plus que sur commande.
Mais ce matin-là, il y a autre chose au programme. Après la cuisson, Denise et Gérard s?en sont allés inviter les Rocheboisiens d?origine chinoise à faire partie d?une chorale pour la messe du 18 février, jour du Nouvel An chinois. ?Ils sont dispersés, beaucoup ont émigré. Et la tradition d?une messe le jour de la Fête du Printemps a disparu. Nous voulons la relancer. En espérant bien sûr que les Rocheboisiens de toutes origines se joindront à nous?, explique Denise Ip Chan In.
Cet engagement religieux nourrit leur sens du service à la communauté. Denise, qui a toujours été une catholique fervente, ne rate pas une seule messe. Gérard, lui, était protestant ; il avait l?habitude de l?accompagner, tout en l?attendant au fond de l?église mais a fini par s?intéresser à la signification des célébrations. Et pour que rien ne les sépare, il a décidé de suivre la religion catholique et de faire sa confirmation en 1993 pour être en mesure de communier. C?est quand ils intégreront le mouvement Renouveau charismatique qu?ils seront invités à s?engager socialement. Lors d?une réunion à la paroisse de Roche-Bois, le père Robert Fleurot leur explique le sens réel de l?engagement : ?Aller sur le terrain à l?écoute des jeunes et des moins jeunes dans le besoin..? Interpellés et désireux de se mettre vraiment au service des autres, Denise et Gérard s?engagent auprès de Caritas et encadrent deux fois la semaine des enfants de six à dix ans à leur sortie de l?école. Gérard lui prête main-forte.
Le couple va plus loin et ouvre sa maison à une dizaine de Rocheboisiennes analphabètes, âgées de 35 à 70 ans, à qui il apprend des rudiments d?écriture et de lecture. ?C?était merveilleux la joie de la personne qui avait appris à signer son nom. Avant, elle ne faisait qu?apposer son pouce sur les documents officiels. Je me souviens aussi de cette grand-mère qui soignait tellement son écriture que c?était la plus belle que nous n?ayons jamais vue. Ces moments-là sont indescriptibles !?
Le couple, qui fait aussi partie du Mouvement Pour le Progrès de Roche-Bois, a encore accompagné pendant quatre ans des enfants de Standard IV à VI, scolarisés aux Emmanuel Anquetil Government School et Nicolay Government School. Ils agissent comme intermédiaires entre les parents et les enfants, veillant à ce que ces derniers ne s?absentent pas de l?école, les emmenant en excursion et orientant les recalés vers des collèges dispensant une formation technique. ?Cela n?a pas toujours été facile et de tout repos car ces enfants n?avaient pas de repères. Mais notre plus grande satisfaction a été de voir, qu?aujourd?hui, beaucoup de ces enfants sont encore scolarisés. Ils ont développé un goût pour l?apprentissage. Mais le plus beau est de les croiser et de réaliser qu?ils sont devenus responsables et courtois.?
«Une connaissance avait soumis notre nom comme nominés. S?il n?en tenait qu?à nous, nous aurions refusé car nous ne recherchons pas la gloire. Nous sommes des gens simples.»
Leur sens du service est communicatif. Auparavant, le fils de Denise et Gérard avait du mal à s?y faire. C?est qu?ils n?avaient pas d?heure fixe pour rentrer à la maison ! ?Nous leur avons expliqué que notre mission était d?aider les gens et d?assainir le quartier. Ils nous aident parfois. Le plus drôle est que ce sont souvent eux qui nous signalent de ne pas oublier nos réunions.?
« Il est faux de penser que tous les Rocheboisiens sont des bons à rien. La réalité est autre. La majorité d?entre eux tente de sortir de sa condition de miséreux et lutte pour cela. »
Au niveau de l?église aujourd?hui, Gérard est non seulement membre de la fabrique, mais il remplace aussi le sacristain dans ses fonctions lorsque ce dernier est malade. Denise fait de l?accompagnement des parents ayant un enfant à baptiser.
Le couple pratique une politique de portes ouvertes avec les gens du voisinage. De ce fait, on vient régulièrement frapper chez eux à toute heure. ?Il arrive qu?au 15 du mois, des parents qui ont une famille nombreuse n?aient plus un sou vaillant en poche. Gérard et moi faisons un effort ou nous les orientons vers la Credit Union de Caritas. D?autres cherchent un emploi et dès que nous entendons dire qu?il y a un poste disponible quelque part, nous y référons ces personnes.? Il arrive aussi que des usagers de drogue viennent les trouver. Ils leur donnent de quoi s?alimenter. ?Ils n?ont jamais fait preuve d?irrespect à notre égard. Ils connaissent notre action et se montrent toujours corrects envers nous.?
Ils seront extrêmement surpris lorsque le jury du Roche-Bois Award Nite (ROBAN) les contactera pour leur annoncer qu?ils sont nominés dans la catégorie sociale. ?C?est là que nous avons appris qu?une connaissance avait soumis notre nom comme nominés. S?il n?en tenait qu?à nous, nous aurions refusé car nous ne recherchons pas la gloire. Nous aimons le travail social et sommes des gens simples. Mais refuser aurait constitué un affront pour cette connaissance. Nous nous sommes prêtés au jeu.?
Ce trophée, ils le dédient aux Rocheboisiens. Rocheboisiens, Denise et Gérard le sont depuis leur enfance. A six ans, Denise quitte Moka lorsque sa maison est réduite en poussière dans un violent cyclone. Et alors qu?il n?a que sept ans, Gérard perd son père. Comme les gens du quartier, ils ont vécu modestement. Tous deux n?ont pas poursuivi leurs études secondaires au-delà de la Form III. Gérard a exercé pendant plus de dix ans comme commis chez un boutiquier de St-Julien avant de se mettre à son compte. Et Denise a travaillé pendant cinq ans comme vendeuse dans un magasin, avant de prêter main-forte à ses parents qui sont colporteurs.
Proches des gens de l?endroit, ils savent ce qu?ils valent et qu?ils peuvent s?en sortir. ?Nous sommes fiers de la région. A Roche-Bois, il n?y a pas que la mort de Kaya et du négatif. Il est faux de penser que tous les Rocheboisiens sont des bons à rien. La réalité est autre. La majorité d?entre eux tente de sortir de sa condition de miséreux et lutte pour cela. Il y a d?ailleurs plusieurs petits entrepreneurs qui ont réussi à faire une percée et qui se débrouillent bien. Zot pe saye trace pou viv. Le seul problème est que beaucoup ne savent pas où se tourner pour obtenir de l?aide ou des conseils. Nous essayons dans la mesure du possible d?y pallier. Nous croyons que le ROBAN permettra justement de faire découvrir le vrai visage de Roche-Bois et faire apprécier les Rocheboisiens à leur juste valeur.? Ils demandent aux entreprises privées de continuer à soutenir la région. ?Ce n?est qu?ainsi que Roche-Bois pourra un jour se mettre debout sur ses jambes??
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