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Deerpalsingh raconte le coup d’Etat de Rawlings

17 janvier 2007, 20:00

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Le suspense s’achève à la mi-janvier 1982 pour les parents mais aussi pour la nouvelle famille politique de Kishore Deerpalsingh, un proche de l’homme fort politique qu’est Harish Boodhoo au début des années 1980, l’homme qui fait vaciller Seewoosagur Ramgoolam et la vieille garde travailliste, dont il est la bête noire, l’homme à abattre.

C’est pourtant la presse boolelliste qui annonce la bonne nouvelle du retour sain et sauf de Kishore Deerpalsingh au pays natal. On apprend alors que le bouillant futur ministre de l’Agriculture d’Anerood Jugnauth et de la Santé de Navin Ramgoolam se trouve coincé au Ghana, surpris qu’il est par le coup d’Etat du 31 décembre 1981 de Jerry Rawlings.

Le Ghana est un pays africain beaucoup plus important que ne le laissent supposer ses 239 460 kilomètres carrés (moins de la moitié de la superficie de Madagascar). Il est coincé entre la Côte d’Ivoire, le Togo, le Burkina Faso et l’océan Atlantique ou plus exactement le Golfe de Guinée. Il compte, en 2001, environ 20 millions d’habitants dont deux millions pour sa capitale, Accra. Ce pays possède des réserves de 24 milliards de mètres cubes de gaz et du pétrole. Son secteur industriel comprend la production d’aluminium, des produits alimentaires, des raffineries de pétrole, des chantiers navals. Ses ressources minières englobent le manganèse, la bauxite, l’or, le diamant, pour ne rien dire de ses ressources agricoles dont le cacao. Le revenu annuel par tête d’habitant est de seulement 410 dollars, en 2000, contre $3 660 par Mauricien. Il est, en 2006, de $380 contre $ 4 460 par Mauricien.

Les premiers Portugais y débarquent en 1471. Au XVIIIe siècle d’autres pays colonisateurs européens convoitent également ce territoire. Au milieu du XIXe siècle, plusieurs pays européens délaissent le Ghana, alors connu comme la Côte d’Or, laissant la place aux seuls Anglais, dont un certain Robert Baden-Powell. Ces derniers détruisent à l’explosif un des monuments emblématiques des peuples ghanéens, le mausolée de Bantama, pour ne rien dire de la mystérieuse disparition d’un trône en or massif, également totémique.

En 1937, Joseph Boakye Danquah fonde le Gold Coast Youth Council, puis, en 1947, la United Gold Coast Convention, laissant une place prépondérante aux chefs traditionnels. Plusieurs des dirigeants de la UGCC sont arrêtés dont Danquah et NKrumah. Celui-ci fonde la Convention People’s Party en s’appuyant sur les plus démunis, les verandah boys, car dormant sous les varangues des riches. NKrumah devient Premier ministre en 1952 mais doit affronter l’opposition que dirige Danquah. En 1957, la Côte d’Or redevient le Ghana et république en 1960, avec parti unique dirigé par Kwame Nkrumah. Des militaires le renversent en 1966. C’est le premier d’une série de coups d’Etat jusqu’à celui du 31 décembre 1981 qui ramène au pouvoir le capitaine Jerry Rawlings. Il sera élu, en 1992, et réélu, en 1996, président de la République et fait adopter une nouvelle constitution, en janvier 1993. John Kufuor est élu, en 2000, et réélu, en 2004, président de la République. Depuis 2006, le Ghana a le vent en poupe. Ce pays nous a donné un Kofi Annan.

Pour retourner à Kishore Deerpalsingh, il participe, en décembre 1981, au Ghana, à une conférence du PNUD, organisée par l’International Studies Centre for Theoretical Physicians. Depuis le coup d’Etat du 31 décembre 1981, il ne parvient pas à rassurer les siens quant à son sort, Rawlings contrôlant les communications téléphoniques de son pays avec le reste du monde. C’est donc avec un soupir de soulagement que ceux qui lui sont chers apprennent son retour.

Il confie à la presse avoir passé des moments bien difficiles. Pendant trois jours et trois nuits, il n’entend que coups de feu, violentes explosions, combats de rue, mettant aux prises différentes factions de l’armée ghanéenne. Il estime que le coup d’Etat a dû être très sanglant. La répression s’abat sur le peuple ghanéen, estime-t-il. Il parle plus particulièrement de l’anéantissement total d’une colonne de 200 soldats. Il n’hésite pas à impliquer la Libye dans ce coup d’Etat. Ce pays appuyait les rebelles de Rawlings, affirme-t-il. Il condamne l’auteur du coup d’Etat bien qu’il ait déclaré la guerre à la corruption. Elle est certes rampante dans le Ghana de 1981, admet Deerpalsingh, mais Rawlings pouvait attendre les élections législatives multipartites de la mi-1983. Il perd sa popularité dans son coup d’Etat. Les Africains se méfient de la Libye. Le Ghana recule de plusieurs années, conclut-il.

Le but du voyage de Deerpalsingh est de participer à des travaux en vue de créer un centre de recherches en physique et en électronique pour l’Afrique. Il y participe en tant que Senior Lecturer de l’Université de Maurice. Les travaux devaient durer du 1er décembre 1981 au 22 janvier 1982. La conférence avait l’aval des gouvernements africains.

Le MMM ne tarde pas à faire savoir qu’il n’épouse guère les conclusions de Deerpalsingh selon lesquelles la Libye bien-aimée serait directement impliquée dans le coup d’Etat de Jerry Rawlings. Il ne voit aucune preuve d’implication directe en la venue, au Ghana, d’une délégation libyenne, alors que les aéroports sont fermés à tout trafic aérien et que les communications avec le reste du monde sont bloquées et censurées. A la même époque, le MMM fait savoir qu’il s’inspirera du modèle politique... algérien. Précédemment, le récent refoulement d’une délégation libyenne, à Plaisance, par les autorités mauriciennes, a étalé sur la place publique les divergences entre MMM et PSM au sujet de l’influence libyenne à Maurice. La cohabitation à l’Hôtel du Gouvernement ne sera pas aisée.

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