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De l?air pur à petits prix
A 29 ans, Smeeta, la fille aînée du politicien Dharam Fokeer, semble à peine sortie de l?adolescence. Et le fait de déambuler en short et en petit top à rayures en ces jours de canicule, renforce cette impression. Elle parle, cherche ses mots. Son français est truffé d?expressions anglaises, signe d?un long séjour en Grande-Bretagne.
Smeeta a toujours voulu exercer un métier lié à l?environnement. Après sa Form VI ? filière scientifique ? au Queen Elisabeth College, elle entreprend des études supérieures à l?université de Nottingham pour être consultante en la matière.
Là-bas, elle entame une licence en ingénierie de l?environnement qui comprend plusieurs domaines. Les plus connus étant l?Environment Impact Assessment, le tout-à-l?égout, la pollution atmosphérique, la gestion des déchets.
Dix ans de cela, le domaine de l?ingénierie de l?environnement était relativement nouveau, même en Grande-Bretagne. «A l?époque, beaucoup d?entreprises et d?usines ne savaient pas ce qu?était l?environment engineering.»
A l?obtention de son Bachelor in Engineering ? et malgré le fait qu?au début de ses études, elle ne pensait faire que quatre ans en Grande-Bretagne ? Smeeta poursuit avec une maîtrise en gestion de l?environnement. Durant ses 12 mois de cours, elle se familiarise notamment à la gestion des déchets et aux normes environnementales. Mais elle trouve tout de même cette spécialité un peu trop vague à son goût.
Sa dissertation pour l?obtention de la maîtrise porte sur la responsabilité sociale des entreprises. Avant d?en avoir terminé, le professeur Brian Atkin et le Dr Ian Lowndes du département d?ingénierie environnementale de l?université de Nottingham lui proposent une bourse pour son doctorat. La jeune femme accepte. Elle désire se retrouver au c?ur de la technicité du sujet, et axe son doctorat sur l?analyse de la dynamique des fluides. Il s?agit de l?étude des écoulements de liquides tels que le flux sanguin, le gaz, le mouvement du contenu d?un atomiseur sur le système respiratoire.
Cela comprend également l?étude aérodynamique des voitures pour les courses de fond ou encore les mélanges de gaz, liquides et solides comme la propulsion des poudres, par exemple le sucre ou le ciment, dans des conduits.
Avec l?aide d?un logiciel, elle analyse le flux du convoyage pneumatique de matières solides pour les industries. «L?objectif de ma recherche était de réduire les coûts, tout en faisant en sorte que les matières solides restent en suspension dans la totalité du circuit. J?ai fait des essais sur un logiciel et j?ai placé un bout de tuyau en forme d?Acide désoxyribonucléique (ADN) juste après la courbe. Ce qui a permis aux matières solides de continuer à circuler dans le conduit.» C?est ainsi qu?elle a réussi à prouver qu?avec une force de propulsion moindre, «les particules ne stagnaient pas dans le conduit et les coûts d?opération s?en trouvaient réduits».
Ce système, poursuit-elle, peut être utilisé dans toutes les industries à poudre, que ce soit une minoterie, une cimenterie ou un laboratoire pharmaceutique.
Smeeta étend son séjour en Grande-Bretagne. Durant la semaine où elle doit soutenir sa thèse et obtenir son doctorat, elle est convoquée pour un entretien au centre de Rolls-Royce ? à l?université de Loughborough ? où elle avait postulé pour un emploi en tant que Research Associate. Rolls-Royce est, certes, le constructeur de la célèbre voiture éponyme mais également le deuxième fournisseur de moteurs à l?aviation civile et militaire.
<B>Domaine de la recherche</B>
Elle est recrutée et son doctorat en poche, elle prend son poste de Research Associate en mars dernier. «Nos recherches sont exclusives à Rolls-Royce. Nous avons pris l?engagement de réduire, d?ici à 2010, le bruit de ses nouveaux moteurs par 50 %. L?entreprise s?est également engagée à réduire de moitié ses émissions d?oxyde de nitrogène par rapport à la législation actuelle. Elle doit aussi réduire sa consommation d?essence par 10 %».
«Les jeunes doivent avoir un sursaut et se mobiliser en faveur de la préservation de l?environ-nement.»
Pour atteindre cet ambitieux objectif, Smeeta et ses homologues font des essais à chaud et à froid sur l?Affordable Near Term Low Emission Injector mais également sur d?autres composantes de la turbine à combustion. Expériences nécessitant la rédaction de rapports.
Trois fois l?an, tous les chercheurs basés dans d?autres centres de Rolls-Royce en Grande-Bretagne, se rencontrent pour une mise en commun et des échanges. Smeeta n?a pas le sentiment qu?ils piétinent. «Je crois que nous allons dans la bonne direction et que l?objectif est réalisable. Peut-être pas une réduction des émissions d?oxyde de nitrogène par 60 % mais nous devrions aller un peu plus loin que ce qui est prescrit par la loi.»
Cela fait un peu plus de neuf mois qu?elle travaille dans ce centre. Smeeta se plaît en Grande-Bretagne et s?estime chanceuse de pouvoir effectuer des recherches sur une technologie des plus sophistiquées. Pour l?instant, la jeune professionnelle veut rester dans le domaine de la recherche. Pour s?y faire un nom, elle doit publier des articles basés sur ses recherches. C?est déjà le cas pour deux d?entre eux qui ont paru dans les magazines Business Ethics et Journal of Chemical Engineering and Processing. La jeune femme prépare deux autres articles en vue de les publier.
<B>Situation irreversible</B>
Smeeta rentre régulièrement au pays se ressourcer auprès de ses parents, Dharam et Sheila. Elle leur est très reconnaissante de son succès..
C?est un regard d?experte en environnement, et donc critique, qu?elle pose sur le monde qui l?entoure. Son constat est implacable. «Autant c?est très bien d?avoir stoppé l?érosion par la pose de gabions, autant c?est irresponsable de couper les fils de fer qui les composent et enlever les rochers s?y trouvant. C?est faire un pas en avant et deux en arrière !»
Par rapport au monoxyde de carbone émis par les voitures que l?on voit au quotidien à Maurice, elle explique qu?en Grande-Bretagne, la Road Tax ne frappe plus à la dimension du moteur mais le taux de monoxyde de carbone émis. De sorte que la plupart des Anglais ont réglé leur moteur afin de payer moins de Road Tax qu?avant.
La jeune femme estime qu?il est l?heure pour les jeunes mauriciens de se départir de leur torpeur et défendre l?environnement qui leur sera légué. «Nous allons célébrer notre 40e anniversaire d?indépendance et les jeunes doivent avoir un sursaut et se mobiliser en faveur de la préservation de l?environnement. Ne rien faire, c?est laisser une situation pourrir et dans le cas de l?environnement, ce sera irréversible?»
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