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De la rue à la reinsertion ils ont franchi le pas

29 novembre 2003, 20:00

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Ils étaient mal partis dans la vie mais ils ont trouvé une deuxième chance avec des éducateurs de rue qui les ont pris sous leurs ailes. Ces jeunes laissés-pour-compte de la société peuvent enfin sourire.

Rejetés ou brutalisés par leurs proches, ils avaient trouvé refuge dans la rue. Mais celle-ci ne leur a pas fait de cadeaux. Dormant dans des bâtisses délabrées, tenaillés par la faim, plusieurs enfants ont été recueillis par des éducateurs de rue. Pour se reprendre en main, une cinquantaine de ces jeunes participe actuellement au National Youth Achievement Award (NYAA), programme comprenant diverses activités. « Mo ti dans ène trou mé là mo fine réussi rélévé », lance, tel un cri du c?ur, Samuel, 17 ans. Il y a trois ans, cet adolescent galérait, errait dans les rues en quête de liberté. Mais ce n?était qu?un leurre : « Mo ti senti moi tout sèle lacaz. Mo ti envie gagne mo liberté. Kan mo ti vive lors la rue, mone gagne ène tas camarades mé mo pas ti pé réalizé ki vrai la vie

ti été là-bas. Mo ti asthmatique mo ti pé tombe malade souvent dans la rue. Parfois, nou ti passe nou lé temps marche marché ou alle dans banne « game ». Kan mone zouène banne éducateurs de rue, ler là ki mone comprend ki séki mo ti pé fer. Azordi, tout fine chanzé, mo langaze ine chanzé, mo trouve l?importance mo famille. Meme kan mo fer ène ti guitte louvraze, mo trouvé comment mone chanzé. Mone récommence intéressé avec la vie. Mo ti envie fer kitchoz pou mo sorti dans la rue ». Déterminé à ne plus replonger dans cet enfer et encouragé par les éducateurs de rue, Samuel s?est inscrit au NYAA.

Antonio, un autre jeune de 18 ans, qui vit dans un abri de nuit, lui a emboîté le pas. Impliqué dans un délit mineur, il a été arrêté lorsqu?il avait 13 ans et a passé cinq ans dans un centre pour délinquants. « Kan mone sorti, mone reste avec mo mama et mo beau-père mais après noune gagne problème. Li ti pé drogué et li ti pé batte moi ek maltraite moi souvent. Mone bizin alle vive dans la rue mé pas ti facile. Zordi mone kitte la rue et mo fine gagne ène simin pou mo capav sorti. Mo fine trouve ène lizour. Mo fine réprend goût à la vie ». Lorsqu?il a eu connaissance du concours, Antonio s?est dit que c?était une main tendue vers la sortie : « Banne travailleurs de rue fine bien encouraze moi. Zot vien tire banne zénès ki lors coaltar couma moi et fer beaucoup démarches pou aide moi sorti dans mo banne problèmes. Au lieu ki mo reste lors la rue, mo capav fer kitchoz ki utile pou concours là ». Comme ces deux jeunes, une cinquantaine d?enfants des rues, identifiées par les éducateurs, participent au NYAA.

Plusieurs types d?activités

Ce concours, placé sous l?égide du Duke of Edinburg Award Scheme, existe depuis plusieurs années. Autrefois appelé le Mauritius Youth Achievement Award, il a démarré dans les années cinquante et se perpétue chaque année. Petite innovation en 2003 : le concours est étendu aux enfants des rues. « La cellule des travailleurs de rue a lancé ce projet vers la mi-octobre pour les enfants dont elle s?occupe. À ce jour, environ 50 d?entre eux ont participé au concours », explique Daniel Anacooa, coordinateur de trois équipes d?éducateurs de rues. Le NYAA, organisé par les ministères de la Jeunesse et des sports et de la Sécurité sociale et destiné aux filles et garçons de 14 à 25 ans, a pour but d?encourager les jeunes à participer à plusieurs types d?activités répartis en catégories : service communautaire, aventure/expéditions, talents et sports. Ainsi, les jeunes peuvent nettoyer les rues, les sites touristiques et autres espaces verts ou encore rendre visite aux orphelins ou aux personnes âgées. Dans la troisième catégorie, ils doivent pratiquer une activité telle que la danse, la chant, l?agriculture, la cuisine etc. Sur le plan sportif, ils peuvent pratiquer un sport comme le badminton ou encore le volley-ball.

« Ler noune participe dans NYAA, nou fine fer beaucoup zafer. Noune fer banne randonné dans ravin et noune alle aussi camper Flic-en-Flac. Ça banne activités fer nou gagne ène distraction mé li aussi permette nous fer banne zafer avec nous banne camarades. Mone aussi participe dans ène journée réflexion et conscientisation lors sida. Là nou pé prépare banne sketchs ek banne chants pour la fin l?année », souligne Samuel, qui depuis quelques jours, a trouvé du travail dans une quincaillerie. « Nou fine participe à banne nettoyages à Maccabé ek fer beaucoup zafer en groupe », explique pour sa part Antonio.

Médailles et attestations

« C?est une compétition où les jeunes font beaucoup d?efforts. Dans certains cas, quelqu?un peut superviser les travaux. Par exemple, si dans la catégorie « Talents », certains veulent faire de la menuiserie, nous pouvons déléguer un menuisier de la région pour les aider. Le NYAA est en fait un support pédagogique qui permet le développement psychique. C?est aussi un mode de réinsertion pour aider ces jeunes à s?intéresser à des activités qu?ils ne connaissent pas toujours. Quand on commence à travailler avec eux, on cible non seulement l?enfant mais aussi la famille, la communauté et la société », explique Daniel Anacooa.

Toutes les activités entourant le NYAA, se déroulent en trois étapes sanctionnées par des médailles et des attestations : bronze, argent et or. Pour décrocher l?Award de bronze, les jeunes doivent avoir terminé toutes les activités au bout de six mois. Ils entament ensuite le deuxième niveau (Silver Award) qui dure un an avant de concourir pour l?Award d?or qui dure un an et demi.

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