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De Komiko à Triton

11 septembre 2004, 20:00

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Le continuum artistique est si étendu qu'il intègre une pluralité de modes d'expression. Tous ne sont pas valorisés à Maurice. Du moins la reconnaissance de l'État obéit à des canons qui ne sont pas toujours rationnels. Obstinément versé dans la promotion de ses festivals d'art dramatique et de sa culture couleur locale très carte postale, le ministère des Arts et de la Culture mauricien est un contre-sens absolu, indépendamment du détenteur du portefeuille. Quant aux autres agents et hérauts de la culture mauricienne, ils ont des impératifs qui leur sont propres. Dont idéologiques et rentabilité.

C'est ainsi que l'une des principales plateformes de l'art mauricien, le Plaza, peut être le théâtre de tant de désespoirs ou d'illusions perdues. Cette dernière semaine, en deux occasions pourtant, au-delà des discours théorisants, on a eu droit à des salles combles pour des représentations différentes. D'une part, la pièce « Ti m'aime » de Komiko et, de l'autre, la représentation d'Eric Triton ont ébranlé le mythe de la dichotomie entre art populaire et art élitiste. Comme quoi, lorsqu'on sait s'adresser à lui, le public, lui, sait répondre présent.

Mais de Komiko à Eric Triton en passant par les OSB ou les enfants de l'atelier Mo'Zar, ce sont là autant d'artistes et de créateurs qui n'ont eu de support que la foi placée en eux par ceux qui partagent leur quotidien dans des banlieues ou des cités. Ils sont rarement jugés assez bons pour recueillir des miettes que l'État investit dans la culture. Non pas qu'ils doivent être des assistés. Mais qu'on cesse de claquer les sous des contribuables dans de pompeux et inutiles projets culturels. On aura même inventé une nouvelle classe de fonctionnaires culturels pour mieux justifier ces dépenses faramineuses.

Il y a quelque chose de résolument archaïque dans la philosophie culturelle de l'État mauricien. C'est une représentation de la culture en rupture avec la réalité. Un hiatus entre le vécu et le conçu. L'important étant de rester dans le politiquement et le culturellement corrects pour les idéologues de la culture mauricienne. Dans tous les cas de figure, si l'expression ne rime pas avec « unité dans la diversité », il n'y a plus de culture pour eux.

Entre-temps, la divine comédie de la culture d'État s'empêtre dans sa bêtise première. Elle nous propose une déclinaison artistique où la notion de contact, de mélange et de métissage est quasiment absente.

Esseulés, les véritables passionnés de l'art se doivent de rivaliser d'ingéniosité pour spectaculariser leurs créations. Drapé de références valorisées à l'étranger, pour ne pas dire par l'étranger, Eric Triton arrive ainsi à faire salle comble. Le public s'est jeté sur les billets disponibles comme on le voit rarement. Et Komiko enthousiasme la salle, à chaque représentation, grâce à un humour bien ancré dans le vécu mauricien. L'aventure Komiko est particulièrement riche en enseignements. On a ainsi pu voir les responsables de la troupe monter la pièce avec, entre autres, l'apport de divers sponsors. À cet effet, tout le décor de « Ti m'aime » s'appuie sur les contributions de différents sponsors. Les auteurs de la pièce n'ont pas hésité non plus à faire la promotion de quelques produits afin de s'assurer une rente. Ce n'est peut-être pas de l'art pur et dur. Mais c'est de l'art pour gagner sa vie. En fin de compte, ce n'est pas la moindre des considérations. De Komiko à Triton, c'est en fait la préoccupation première : vivre de son art. Quant à la culture d'État, au mieux, elle continuera à être un énorme cliché.

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