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De cornes, de bois et de sabots...
On raconte qu?un chasseur assis sur une berge regardait un jour son ami se baigner dans une rivière africaine. Survint derrière le nageur un hippopotame. L?ami voulut lancer un avertissement mais l?émotion le fit bégayer : hip? hip? hip? L?autre répliqua par un ?hurrah? retentissant au moment où le poids lourd l?atteignait. Le nom de l?animal veut dire ?cheval de fleuve?. L?on ne peut pas dire que l?auteur du nom ait eu brillante inspiration. Comment un animal si lourdaud a-t-il pu être associé à l?élégant cheval ? L?auriez-vous choisi ?
L?hippopotame est proche du porc par ses dents. Les canines inférieures tournées en demi-cercles sont longues parfois de quelque 50 centimètres et leur ivoire est supérieur à celui de l?éléphant. Ce cheval aquatique vit dans les eaux d?Afrique tropicale et sa peau nue sécrète un liquide rouge quand elle sèche. On ne peut toutefois pas dire qu?il sue sang et eau car cette sueur rouge n?a aucun rapport avec l?hémoglobine.
Pour rester en forme ces créatures broutent les herbes aquatiques pendant le jour, mais la nuit peuvent s?aventurer jusqu?aux plantations. Et pour assurer la génération future de furieux combats opposent les mâles. Peut-être murmurent-ils comme dans cette chanson du passé ?nous nous verrons demain sur le champ de bataille pour cette belle main.? L?adjectif étant bien sûr ici synonyme de grosse.
Beaucoup de bêtes à sabots pairs ruminent. En consommant rapidement herbes ou feuilles, l?animal les stocke dans une partie de l?estomac. Le repas terminé ces débris végétaux sont renvoyés à la bouche pour être remâchées. Les petits morceaux offrent alors une plus large surface à l?action des enzymes et des microbes favorisant la digestion.
Nombre de ces ruminants portent au front bois ou cornes. Une expression populaire attribue des cornes au mari trompé. On ne voit pas très bien pourquoi. Chez les porteurs de cornes comme le cerf, la femelle a bien le pied léger, mais cette agilité ne monte pas plus haut. L?on ne peut donc pas dire de la biche, comme de ces dames au coeur trop généreux, qu?elle a cuisse légère. En attendant de trouver une raison pour ajouter cet ornement au front des maris occupons-nous d?animaux ne portant pas de cornes.
Une bosse ou deux
Les plus en vue sont les chameaux et leurs cousins américains. On les dit vaisseaux du désert. Même si l?expression rappelle un peu ce « char de l?Etat qui navigue sur un volcan » elle est très valable car ces animaux possèdent plusieurs dons. Leurs pieds sont bien adaptés à la marche sur le sable. Une réserve de graisse logée dans la bosse peut, en temps de disette, accompagner une production d?énergie d?un bon poids d?eau.
Le dromadaire ne porte qu?une bosse comme sa plus prestigieuse variété le méhari servant de monture aux militaires. Quand les bosses se montent à deux, l?animal est vraiment chameau. Pourquoi dit-on d?un individu au comportement inélégant que c?est un chameau ? Ou dans d?autres cas que c?est une vache ? L?Anglais dit au contraire d?une femme un peu vache: ?she is a bitch?.
Capitaine Haddock
Revenons aux animaux de la caravane qui passe pendant qu?aboient les chiens. Le lait de chamelle est précieux pour les nomades mais ne caille pas. Un chercheur a mis au point un procédé qui permet cette coagulation et les Touareg (singulier Targui) peuvent ainsi faire du fromage.
En Amérique, l?équivalent du chameau est le lama. Comme le mot désigne aussi un religieux, il aurait été mieux d?avoir conservé, comme l?ont fait les Anglais, les deux l d?origine. L?animal est bien connu des gamins lisant les aventures de Tintin, car il crache à la figure du capitaine Haddock. Un de ses cousins porte une laine fine et soyeuse, l?alpaga. Des vestes de cette laine, teintes en noir, étaient appréciées de la basoche.
Les animaux cornus retiennent plus l?attention du public que lamas, méharis ou vigognes. L?ornement frontal peut être une paire de bois chutant tous les ans ou des cornes permanentes.
Les Cervidés arborent des bois, les autres ruminants des cornes. Dans le lointain passé elles servaient de gobelets. En Europe par exemple les cornes de l?aurochs, ancêtre géant du boeuf disparu au XVIIe, étaient mises à contribution. On trouve encore des recettes pour transformer des cornes moins distinguées en récipients. La corne a bien impressionné dans le passé plus que son image est associée à l?abondance. D?autres usages moins distingués sont des chausse-pieds que l?on appelle parfois simplement cornes. La bouche connaît mieux les cornes sonnant comme des trompettes. Leur message ne trompe pas. Celles de béliers sont encore d?actualité lors de cérémonies religieuses. Même si sa musique n?est pas aussi agréable que le son du cor au fond des bois, l?ornement frontal reste lié à divers sons. Témoin la corne de brume. Et pour les Anglais le klaxon est encore horn.
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