Publicité

De Cancun à Port-Louis

13 septembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pour certains, c?est la personnification de satan. Comment expliquer autrement le hara-kiri désespéré d?un agriculteur à Cancun ? La mondialisation fait peur. Entre ceux qui la défendent, estimant qu?elle peut avoir un visage humain, et ceux qui la craignent, les positions sont résolument tranchées.

Le progrès passe par le commerce, diront certains. Les lois implacables du commerce international font de l?économie l?alpha et l?oméga de la vie humaine, rétorquent d?autres. Les enjeux, pour eux, transcendent le simple cadre des statistiques économiques mettant en péril le bonheur des gens. Ils annoncent l?apocalypse et leurs adversaires mondialistes pensent que c?est le seul moyen de rationaliser le monde. Ils n?auraient pas tort si on prend en ligne de compte les progrès accomplis par des pays d?Asie, d?Amérique latine ou l?Inde qui tirent profit de ce nouvel ordre économique mondial.

Mais il faut aussi retenir le fait que ces pays présentaient déjà un potentiel énorme et qu?ils n?attendaient que le moment opportun pour émerger. Reste le sort de petites économies comme Maurice et pire encore, celui de certains pays d?Afrique.

Les leaders des pays industrialisés font des gestes de temps à autre. Mais personne n?est dupe. Comme pour le règne militaire, le règne économique a aussi sa capitale à Washington. Sans aucun anti-américanisme primaire, il importe de savoir que, dans tout ce qu?ils entreprennent, les États-Unis ne tiennent compte que de leurs intérêts. D?où également la réticence de nombreux altermondialistes de la région vis-à-vis de l?Agoa.

Entre-temps, le train de la mondialisation poursuit sa route inlassablement. La nouvelle économie-monde installe irrésistiblement une uniformité culturelle qui prend appui sur les économies fortes du monde occidental. C?est un peu dans la même logique que le monde globalisé produit des règles qui ne s?appliquent pas à tous, comme c?est le cas pour cette justice internationale qui semble ne pas pouvoir atteindre certains individus. C?est la raison pour laquelle il faut essayer de tirer profit de la mondialisation, sans pour autant faire preuve d?angélisme et de naïveté.

Certes, toute transition vers le nouveau suscite des peurs, s?accompagne de fantasmes. Avec la mondialisation, nous nous retrouvons dans cette phase faite d?angoisses et d?attentes. Les deux postures peuvent être exagérées. La question centrale est celle de la redistribution des richesses. Cela n?est possible qu?à travers un processus économique qui fait sien le principe de rééquilibrage et de partage. Mais ce principe-là participe d?un autre monde.

Ce sont aux négociations de l?OMC à Cancun de prouver que ce nouvel ordre économique mondial est capable de transcender le rigorisme et le fatalisme. Cela passe par la capacité de l?OMC à résoudre le problème des subventions. Pour Maurice et d?autres petites économies, l?enjeu est vital. Ces dernières plaident pour que la question agricole soit prise au même titre que le droit à l?éducation ou celui à la santé. Il est peu probable que les économies les plus industrialisées saisissent les choses de la même manière. Sans un accès aux grands marchés, ceux des États-Unis et de l?Europe, il est évident qu?à ce stade l?agriculture des pays en développement ne sera pas capable de survivre. Mais il importe aussi de savoir que la question agricole revêt un cachet particulier dans ces pays riches. Ses implications politiques, sociales et culturelles dépassent parfois les considérations économiques.

La mondialisation, c?est cela aussi. Des peuples et des manières de vivre qui se retrouvent en conflit. C?est cet aspect des choses que les altermondialistes négligent dans leur argumentaire. Il n?y a pas un monde manichéen. À Port-Louis, par effet de mode ou par réel engagement, des manifestants ont dit leur refus de la mondialisation. Il importe de savoir que dans ce genre de débat, les positions sont opposées avec, d?un côté des néo-capitalistes de tous crins et, de l?autre, le romantisme des altermondialistes. Entre les deux, il y a une béance que la guerre économique mondiale ne cesse d?approfondir.

par Nazim ESOOF

Publicité