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David Constantin donne à Port-Louis ses couleurs

23 mai 2004, 20:00

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Dans un style qui se veut à la fois figuratif et réaliste, à l?aide d?une technique dite mixte comprenant l?aquarelle, le pastel et le dessin au crayon, entre autres, David Constantin fixe la ville de Port-Louis et son port sur toiles.

Les 27 tableaux de l?artiste, réalisés au cours des trois dernières années, sont exposés à la Galerie Le Coin de Mire, à Grand-Baie, du 26 au 29 mai, de 10 à 18 heures.

Si l?artiste adore la technique mixte, il avoue cependant une préférence particulière pour l?aquarelle. ?Avec cette technique, il faut maîtriser la spontanéité?, reconnaît-il, parce que, lui, il peint sur place et non dans un atelier quelconque. Contrairement aux travaux d?atelier, qui réclament plus de temps et qui offrent une possibilité de revenir sur le tableau, surtout s?il s?agit de la technique d?huile sur toile, les réalisations sur place exigent la capacité de saisir l?image dans son instant magique ? tâche rendue encore plus difficile par la technique d?aquarelle qui n?offre pas la possibilité de revenir en arrière pour apporter des corrections. En somme, c?est la recherche d?un fini qui gomme toute trace d?atelier que vise notre artiste.

C?est aussi la raison pour laquelle il adore peindre en groupe. Cela lui offre la possibilité de se nourrir de ce que font les autres. ?L?art pictural, dit-il, se réalise mieux dans l?accompagnement que dans la solitude, même si les résultats des artistes solitaires sont souvent époustouflants.? L?élément pivot autour duquel se construit cette exposition est, le public l?aura compris, la ville de Port-Louis. Mais ici il n?est pas question de la ville dans son aspect moderne. Ce que cherche l?artiste, c?est l?âme de la vieille ville avec ses maisons en bois et aux toits combles, avec ses ruelles longées par des mains courantes, ses ponts, ses pylônes électriques avec ses fils qui s?entrecroisent à travers les rues désertes, et, bien sûr, avec sa foire à l?ancienne, dont l?entrée même symbolise celle de la ville ? une foire où grouille le monde et où sont entreposés vélos, tricycles et mobylettes et où se confondent exotisme et désordre. Autrement dit, c?est l?âme d?une ville qui se meurt que cherche à saisir le peintre.

Comme l?indique son nom, la ville de Port-Louis ne se définit pas sans son port ? ?un endroit qui attire?, dira l?artiste. Le port avec son quai, son écluse, ses bateaux, ses silos, ses entrepôts et hangars, ses grues à flèche, est un endroit où l?on respire l?âme de la ville. C?est un endroit où à la fois règne le calme et où se manifeste le perpétuel changement dû au mouvement des bateaux. Mais au delà de ces variations quotidiennes qui renouvellent le visage du port, c?est sa métamorphose profonde due à la modernisation qui attire l??il de l?artiste. C?est le port avant et après sa transformation qui est représenté sur toile. C?est le port désolé, triste et froid, où l?eau verdâtre peut vouloir signifier à la fois une mer polluée et la fin d?un temps. Quand le port se métamorphose, c?est une partie de lui-même qui glisse dans le passé en dévoilant ses vestiges qui se laissent voir comme à travers cette arche, reste d?un vieux bâtiment en pleine démolition.

S?il y a un quelconque message que reçoit le public devant les 27 tableaux de l?artiste, telle n?est cependant pas l?intention profonde qui a animé la volonté créatrice de David. ?Je ne cherche pas vraiment à transmettre un message, mais à faire partager mon feeling?, confirme-t-il. Et ce feeling, il le dépose dans un des éléments picturaux les plus importants : la couleur, porte d?accès qui donne sur le sublime. En effet, il s?agit ici d?un formidable jeu de couleurs auquel se livre David. Il suffit de considérer le contraste qui se dégage entre le ciel clair et les ombres portées où varie l?intensité selon les conditions d?éclairage, pour s?en rendre compte.

Ainsi, en ville, la couleur noire, en mettant l?accent sur les murs en pierre et les rues, contraste souvent avec un ciel clair ou avec ces portes, fenêtres et murs aux couleurs vives parmi lesquelles domine le rouge ou qui tendent souvent à tourner vers le fluo qui, lorsqu?il chante à l?avant des tableaux, transforme le réel en irréel. En ville, la polychromie saisissante et dominante traduit quelque part l?expression d?une exaltation de la couleur à l?aide d?une gamme variée. Si elle dénote par là même un envahissement des couleurs sur la ville, comment alors ne pas y voir un renforcement du sentiment de l?artiste ?

Au port, c?est certainement l?absence du bleu dans le ciel, et donc de celui de son reflet dans l?eau, qui indiquent l?âme qui se meurt de la ville portuaire. Grâce aux touches magiques de l?artiste, les couleurs coulent. Ainsi coule le bleu qui couvre les silos sur le port et le reflet des bateaux dans l?eau. Ainsi s?éparpillent les couleurs qui donnent parfois une vague impression de taches, brisant par là même les limites des formes, brouillant leurs pistes, qui donnent à l?aspect pictural une priorité sur la ligne et le contour. Ce qui veut dire que dans l?ensemble, il n?y a pas de structure dans la représentation en couleurs.

Mais, rassurons-nous ! C?est justement parce que cette structure, qui se veut latente, est plutôt d?ordre réel ? d?où l?absence d?uniformité dans les nuances, par respect très certainement pour le réel. Les formes deviennent alors irrégulières. En ce sens, les couleurs de l?artiste tendent vers une définition, voire une redéfinition, des formes. Ce sont des couleurs qui, quelque part, trompent le regard. Ce sont des couleurs dont l?absence d?empâtement suggère aussi une manière schématique de peindre dite alla prima, en italien.

Mais au delà des formes, c?est la vision de l?artiste sur les choses qui importe. Ayant grandi dans un milieu où l?art était son plat quotidien, David Constantin, fin admirateur de Turner, Vlaminck et Van Gogh, se livre ici à un travail à la fois matériel et intellectuel. L?artiste, loin d?être un ?tâcheron?, se veut un créateur qui imprègne ses créations de ses pensées. Sa vision, qui transparaît dans ses tableaux, est donc synthétique.

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