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Dans l?engrenage de la classification ethnique

1 juin 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?Ce système est isolé et est devenu une relique d?une ère révolue. Le réconfort qu?il peut procurer est bien plus symbolique et émotionnel que pratique.? Telle était l?évaluation de la commission sur la réforme électorale présidée par Albie Sachs sur le système de best loser. Un système destiné à compenser les partis sur une base ethnique. Et le sujet revient sur le tapis. Notamment après le dépôt de candidatures .

Les candidats du groupe Rezistans ek Alternativ ont refusé de remplir la case où figure l?appartenance ethnique sur le formulaire d?inscription. La commission électorale a donc rejeté leurs candidatures. Et ils s?en insurgent notamment en entamant cette semaine une action en Cour suprême.

?Notre action est réfléchie et délibérée. Nous la situons dans un mouvement de résistance?, insiste Ashok Subron, membre du groupe. Né en mars, ce groupe voulait aligner onze candidats aux élections.

Lors des élections de septembre 2000 déjà, Ashok Subron et ses camarades avait objecté à la classification ethnique des candidats. Il était alors membre du parti Lalit. Ces candidats avaient choisi leur communauté par tirage au sort. Leur action avait provoqué des réactions de citoyens troublés par une telle prise de position et une plainte en Cour suprême avait été déposée devant le juge Dhiraj Seetulsingh.

Leur position vient donc une fois de plus remettre en cause la validité du système de best loser. ?Tout le système électoral est déterminé par ce critère dont le poids est clair. On est contre mais on ne peut passer outre. C?est un cercle vicieux?, résume lucidement l?universitaire, Vinesh Hookoomsing.

Pour l?ancien président de la République, Cassam Uteem, Maurice se trouve aujourd?hui pris dans un ?engrenage?. Si le système était justifié au moment de l?Indépendance, surtout dans le souci de ?rassurer? les différentes communautés, aujourd?hui on aurait pu s?en passer, ajoute-t-il.

Dans son jugement de septembre 2000, le juge Seetulsingh a décidé de reclasser les candidats de Lalit et leurs camarades dans la catégorie population générale. ?La solution idéale pour tous les Mauriciens serait de sentir une appartenance à la population générale s?ils ne veulent pas être catégorisés en communautés?, insistait le juge. Il reconnaissait, dans la foulée, les lacunes de la Constitution mauricienne pour répondre à de telles attentes.

?Aujourd?hui nous avons décidé d?aller plus loin?, insiste Ashok Subron. Avec ses amis, il s?insurge contre le système. ?Durant les élections, c?est le seul moment dans la vie de notre pays où l?on classifie un citoyen sur la base de son appartenance ethnique, sa communauté?, fait-il ressortir. Rezistans ek Alternativ a donc décidé de réagir. Le groupe est d?autant plus motivé qu?il est rejoint dans sa démarche par un autre jeune groupe, Rev Lib.

?Susciter l?intérêt du public?

Avec les étudiants de l?université de Maurice, il a lancé un défi aux politiciens, dans le contexte des élections, pour dire ?non au communalisme? et à la classification ethnique. Roody Muneean, un des membres de ce groupe de jeunes lui aussi candidat contestataire, indique qu?il y a eu 1 000 signatures recueillies en quatre semaines pour soutenir le défi lancé par Rev Lib. ?Ce que nous disons, c?est que nous sommes des citoyens mauriciens avec un style de vie comparable à celui de tous les autres citoyens. La seule différence intervient au niveau de la classe sociale?, explique Ashok Subron.

?Cette action en cour a surtout le mérite de susciter l?intérêt du public et de le sensibiliser à une exigence qui est obsolète?, estime Robin Mardemootoo, l?homme de loi de Rezistans ek Alternativ. Il insiste sur le fait que la Constitution ne fait pas mention d?exigences ethniques pour la désignation d?un parlementaire. ?Le seul recensement officiel a été effectué en1972 et depuis cette date il n?y a rien eu.?

?Aborder le débat en toute sérénité?

Pour Vinesh Hookoomsing, il faut surtout lancer un débat de fond, en dehors de la période passionnée de campagne électorale. ?Il faut l?aborder en toute sérénité afin de déclencher un mécanisme. Le rapport Sachs était la bonne occasion?, regrette-t-il.

Cassam Uteem exprime lui aussi des regrets. ?C?est dommage. Après 35 ans d?indépendance, on aurait dû pouvoir changer le système électoral.? Cela aurait notamment permis aux partis politiques de se débarrasser de l?influence de lobbies.

Y aura-t-il d?autres occasions, des moments de sérénité ? En attendant l?issue de la bataille, les listes continuent de se subdiviser en groupes et sous-groupes. ?Où allons-nous finir avec ça ?? s?interroge Ashok Subron. Vinesh Hookoomsing estime que le système est voué à la disparition. Mais il faudrait une ?volonté politique et surtout une pression sociale?.

Pour l?instant, la contestation est plutôt symbolique. Les gens ne sont pas forcément favorables au changement. Ils sont bien installés dans les tractations politiques et le choix des candidats. Mais déjà d?autres lobbies prennent place. Celui de jeunes outrés d?avoir à répondre au nom d?une communauté plus qu?en leurs noms propres. Et ils revendiquent déjà leur droit à l?existence?

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