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Dans l?eau, à minuit? brrr !

22 mars 2004, 20:00

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MINUIT pile. Les habitants de Clémencia sont dans les bras de Morphée. Mais Anand Fowdar, 49 ans, lui, enfile ses bottes en caoutchouc et se munit d?un couteau. Il se prépare pour sa journée de travail dans sa cressonnière.

Le cultivateur de cresson vit presque dans un endroit isolé du reste du village. Pour accéder à sa petite maison, il faut emprunter un long sentier boueux. Le bâtiment, en dur, est inachevé. Il se trouve à côté d?une vaste cressonnière s?étendant sur une superficie de deux arpents.

Aux premières heures du matin, l?eau de la cressonnière, alimentée par une source naturelle, est glaciale. Anand y est habitué. ?Mo finn grandi la-dan?, lance-t-il.

Une fois entré dans la cressionnière, il avance à pas lents sur le tapis rocheux. Se mettant à croupetons, il coupe habilement les végétaux.

Travail de forçat

La man?uvre durera jusqu?à 4 h 30 du matin. Anand est alors rejoint par son épouse, Parvatee. Elle l?aide surtout à préparer les bottes qui sont ensuite chargées dans le caisson de sa 4 x 4. Peu après, il met le cap vers Port-Louis et Pamplemousses pour la livraison aux maraîchers.

Le cultivateur montre une certaine lassitude. Cultiver le cresson est un travail de forçat. ?Mais je préfère le planter même si je dois travailler sept jours sur sept?, confie-t-il.

Anand emploie cinq travailleurs, qui s?occupent non seulement de sa cressonnière, mais aussi de ses plantations d?arouilles violettes et de cannes.

En fait, la famille Fowdar exploite cette cressonnière depuis 1945. Avant Anand, son père, Ramein, s?en occupait. ?Je connais cette cressonnière depuis mon enfance. Mais c?est à l?âge de 12 ans que j?ai commencé à y travailler. Nous habitions alors à Camp-de-Masque?.

Anand cultive le cresson de janvier à juillet. Selon lui, la croissance du crucifère prend 20 à 30 jours. ?Mais éna l?epok kot feuille-là sec?.

Autre revers de la médaille : pendant les cyclones, les pertes sont de 100 %. ?Pendant les averses, les feuilles s?abîment?, explique-t-il.

Anand déplore que certains insecticides aient disparu du marché. ?Avant ti éna ti pé servi enn sel insecticide. Mais aster la bizin servi deux trois pou gagne même résultat. Dépenses finne aussi augmenté?.

Anand a, visiblement, des appréhensions pour l?avenir. ?C?est un travail en voie de disparition. La relève n?est pas assurée. Après moi, aucun de mes enfants ne cultivera le cresson?.

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