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Dans le train de l?Histoire

25 juin 2007, 00:00

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L?histoire, c?est celle de deux jeunes nées dans la ?campagne?, Meera, 24 ans, à Chemin-Grenier, Sheetal, 23 ans, à Providence, presque tombées dedans quand elles étaient petites? Dans l?Histoire. À travers ce passé encore palpitant de vérité transmis par une grand-mère (celle de Sheetal), Shanti Daby, ou par la force d?un héritage commun. Meera nous parle du visage humain de la propriété de Bois-Chéri, de ses employés et employeurs, du camp avoisinant, et, déjà, du musée du Thé?

Ce rendez-vous aurait pu finiren occasion ratée ou en voyage inachevé. Avec l?Histoire, avec elles-mêmes aussi. À l?école, au collège, les jalons de l?Histoire ne sont pas nombreux à l?époque.

En Form III, lorsqu?elles se sont engagées sur la voie de la littérature, il n?y avait guère que les Social studies pour faire illusion. Le fil de l?Histoire a-t-il mieux survécu au retour des classes, lorsque les deux collégiennes revenaient dans leur village respectif, retrouvant une dimension du temps, que l?arrogance des ?progressistes? appelait ?arriérée?, ?reculée? ? En fait une qualité de vie que beaucoup appellent ?letan lontan?, irrémédiablement perdue des espaces bruyants des villes.

Sheetal se souvient aussi de cette fascinante série de documentaires à la télévision sur l?Egypte des pharaons, de ces promenades en voiture avec son père, curieux de son pays, de sa découverte du Jardin de Pamplemousses?

Car le contexte de cette histoire d?historiennes, c?est également la famille, très présente. Celle du père de Sheetal, Sunil, celle de Narassen, le mari de Meera, qui, cette année écoulée a presque vécu à l?heure de sa femme, la conseillant, lui faisant la cuisine, l?assistant dans ses recherches. Jusqu?à l?oncle de Sheetal, Kishore Daby, apportant son soutien du Canada. ?Mon père m?a même accompagné pour prendre les mesures des ponts que j?ai étudiés dans mon mémoire sur les trains et le réseau ferroviaire?, ajoute-t-elle. Ennuyeuse, l?Histoire ? Les proches de nos deux étudiantes ont tous été atteints par le virus contagieux de la recherche.

?Lorsqu?on avait commencé dans le batch initial de Vijaya Teelock, il y a trois ans, les autres jeunes nous regardaient l?air de dire ?vous n?avez rien d?autre à faire?. Très vite, ils se sont rendu compte qu?étudier dans ce domaine, c?est très vivant, être sur le terrain en permanence, visiter des sites, faire des fouilles, enquêter auprès des habitants? À vrai dire, il y en a qui ont fini par nous envier un peu.?

?(...) aller aux archives est une expérience inoubliable : ?Le papier jauni, l?écriture passée de ces parchemins procurent un sentiment indicible, un plaisir quiressemble à du bonheur?

C?est ainsi que nos deux cons?urs ont vécu de belles expériences sur l?Ile de la Passe, sur l?Ile aux Phares : ?On allait dans un groupe limité à dix personnes pour un inventaire des objets et restes d?activités humaines. On a appris à apprécier la valeur de restes d?animaux, de simples boîtes, d?armes anciennes?, confie Meera. Un vrai dépaysement chez soi.

Pas surprenant donc que l?an dernier, elles étaient prêtes à attaquer leurs travaux pratiques pour la licence en Histoire et patrimoine. L?étude et la recherche étant devenues une seconde nature, elles ont découvert une Ile Maurice oubliée des vivants à travers des wagons, des anciennes gares pour l?une, des forts, des édifices militaires vieux de deux siècles pour l?autre. En maintenant en elles le même degré d?émerveillement peut-être que Schliemann retrouvant Troie sous des milliers d?années d?ensevelissement.

Un émerveillement accompagné de désolation. ?Il faut dire que le patrimoine local n?est pas encore très bien protégé. Ces structures métalliques que j?ai apprises à mieux connaître, elles prennent de la rouille, elles tombent en ruine. Personne ne semble plus s?en soucier?, regrette Sheetal.

Cette conscience qu?exprime Sheetal n?est pas l?expression d?une nostalgie déplacée. À la suite de l?enseignement reçu dans les différents modules universitaires, de l?anthropologie à l?archéologie, de la muséologie à l?histoire naturelle, elle et Meera ont été confortées dans ce désir de rester ouvert, de partager quelque chose qui est plus qu?un objet inerte, qui en vérité appartient en commun à la formation d?un pays, d?une identité, la nôtre.

?Nous sommes aussi allées découvrir la forêt de Pétrin avec notre chargé de cours, Kevin Ruhoman?, ajoute Meera. ?L?histoire permet aussi de s?évader, parfois?, confirme Sheetal. Et toujours, au bout du compte, une émotion, mêlée parfois de fierté. ?Les ponts en pierre, le travail du métal, les derniers wagons et autres cheminées m?ont permis d?apprécier ces techniques perdues de nos grands anciens?, souligne Sheetal.

Il y a certes des moments où l?étude se fait dans une salle de consultation. Et aller aux archives est une expérience inoubliable : ?Le papier jauni, l?écriture passée de ces parchemins procurent un sentiment indicible, un plaisir qui ressemble à du bonheur.?

Est-ce pour autant du temps et de l?énergie gaspillés ? Vers quoi peuvent bien mener tous ces efforts ? Sheetal rétorque : ?Les débouchés ne se limitent pas qu?à l?enseignement en social studies. On peut viser le métier de conservateur de musée, d?archéologue, d?historien? ou de journaliste?.

L?enquête, la collecte d?informations, elles connaissent. La recherche de Meera sur les vieilles pierres l?a amenée à interroger des pêcheurs, à prendre, comme son amie Sheetal, une multitude de clichés sur tous ces sites incroyables dont regorgent les quatre coins du pays.

Sheetal a aussi fait des rencontres insolites. Celle de Michel Legris, le fameux ségatier, qui à la fin de l?ère des locomotives, fut de l?équipe chargée d?enlever les rails du réseau.

En histoire, on ne doit certes rien oublier. Les trains, rails et rondes de garnison sont peut-être partis. Mais grâce à Sheetal et à Meera, ils continueront à avancer dans la mémoire?

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