Publicité
Dans la mélasse
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Les intentions du gouvernement sont bonnes. Pour protéger l?environnement et développer de nouvelles ressources énergétiques, il a élaboré un projet ambitieux baptisé «Maurice, île durable». Le défi consiste maintenant à aller au-delà des bonnes intentions. Non pas en évoquant des idées futuristes comme la voiture hybride, mais en accélérant les projets qui sont immédiatement réalisables. Par exemple, cela ne demande qu?un petit effort du gouvernement pour que nos voitures se mettent à l?éthanol.
Les tergiversations de l?Etat sur le dossier de l?éthanol font planer un doute sur sa volonté de réduire notre dépendance au pétrole. S?il veut jouer la carte du développement durable, le gouvernement devrait classer l?utilisation d?un biocarburant au rang de ses priorités. Tel n?est pas le cas. Tandis que les cours du pétrole flambent, le gouvernement a encore du mal à se décider sur la question de l?éthanol, pourtant un substitut à la fois économique et écologique à l?essence.
On en parle depuis longtemps mais rien de concret ne se passe. Dès juillet 2006, des tests ont été effectués sur des voitures qui ont roulé pendant trois mois au carburant E10, un mélange d?essence et d?éthanol dans une proportion de 90 -10. Ces véhicules, représentatifs du parc automobile mauricien, ont passé le test avec succès. Depuis, c?est la panne.
En mai 2007, Maurizio Libutti, directeur général de «Total Mauritius», confirmait que les tests étaient concluants et laissait comprendre que les choses allaient bouger très vite : «Un rapport détaillé a été soumis au ministère du Commerce et de l?Industrie. Nous avons ensuite proposé une deuxième phase de tests qui serait ouverte à l?ensemble du parc automobile. Cela validerait définitivement la commercialisation de ce nouveau carburant sur le marché domestique. Nous attendons maintenant l?avis du ministère à ce sujet» Il attend toujours...
Pour beaucoup de spécialistes, Maurice peut théoriquement passer rapidement à un mélange E20 contenant 20 % d?éthanol. La totalité de ce biocarburant peut être produit localement. Les économies réalisées seront alors significatives, car le volume d?importation de l?essence baissera de 20 000 tonnes. Or, l?Etat traîne des pieds avant de donner son feu vert à ce mélange. Pourquoi ?
Pour l?heure, Alcodis est la seule entreprise qui produit de l?éthanol. Mais son coût de production est élevé et elle produit une variété d?éthanol qui n?est pas directement utilisable par les stations-service car elle est mélangée à de l?eau. Seules les sucreries peuvent produire en quantité suffisante un éthanol qui est économiquement viable. Celles-ci disposent d?un excèdent de vapeur qui peut être récupéré par une distillerie voisine et, en outre, elles n?ont pas besoin de s?approvisionner en mélasse auprès de coûteux intermédiaires.
Cependant, cela gênerait politiquement le parti de Navin Ramgoolam de donner satisfaction aux sucriers en les aidant à mieux rentabiliser leurs opérations à travers la production d?éthanol. On sent le gouvernement s?enliser dans la mélasse.
Publicité
Publicité
Les plus récents