Publicité
Dangereuse aura
?Victoire !?, ?Vengeance !? Mettons ces mots qui ont dépassé la pensée sur le compte de l?euphorie partisane autour d?une figure charismatique. Reconnaissons au prisonnier Dev Hurnam le droit de se laisser aller à l?air libre. Parce qu?on ne saurait deviner l?envergure de sa souffrance, on ne saura pas juger celle du soulagement. Alors laissons-lui la liberté de l?exprimer. Mais cela ne peut pas durer. L?émotion passée, les mots doivent redevenir rationnels, la réalité refaire surface.
La réalité est que rien n?a changé. La police soupçonne toujours cet homme d?avoir, par un acte réfléchi, cherché à faire du tort à un autre. Elle lui reproche, lui qui incarne le droit, d?avoir pu haïr un confrère au point d?avoir prémédité son anéantissement en lui enlevant ce qui fait son prestige. Il n?est pas soupçonné d?avoir agi sur un coup de colère ou un coup de folie, mais d?avoir minutieusement suivi l?agenda de sa victime, sa marche quotidienne, ses voyages, afin de le traquer, de le réduire à rien, d?avoir attenté même aux intérêts de l?Etat, puisque c?est un représentant de sa Justice qui aurait été ainsi handicapé.
C?est une victoire, certes. Mais pas celle que beaucoup croient. A entendre les partisans réclamer avec orgueil sa démission, à voir les poings levés comme pour demander réparation, à voir même le pas résolu avec lequel le député reprend son siège parlementaire, on l?aurait cru blanchi. Ce n?est pas le cas. Le Privy Council a aidé à mieux interpréter les textes, il a joué à l?arbitre entre deux tribunaux, il a reconnu que la liberté doit être accordée si l?accusation est ce qu?elle est, s?il n?y a pas eu crime. Il n?a pas effacé l?accusation, qui reste grave. Si Hurnam est libre, ce n?est pas parce qu?il est innocenté. Celui qui est victorieux, un système bien rodé sans doute, n?est pas celui que l?on acclame.
Il faut d?autant plus se méfier de cette surexcitation trompeuse qu?elle peut donner lieu à une situation dangereuse. En arbitrant, le Privy Council a infligé une gifle au DPP qui avait contesté une décision que le Conseil privé a trouvée juste. Il est facile de se dire que, si une autorité telle que le DPP a pu se tromper, alors la justice et la police elles-mêmes peuvent être dans l?erreur, elles qui ont choisi d?accorder du crédit aux confessions d?un criminel qui se veut repenti. La ranc?ur, l?irrespect dont Dev Hurnam a pu faire preuve dans le passé à l?égard de ces deux institutions doivent faire craindre qu?il tente d?établir cette équation dans les esprits. Et qu?il ébranle la confiance du public envers elles.
Il faut aussi éviter la dangereuse tangente qui est de personnaliser le débat. Ce n?est pas la démission d?Abdurrafeek Hamuth qu?il faut réclamer. Ce n?est pas l?homme mais la définition des prérogatives de la fonction du DPP, qui lui autorise une liberté qu?il prend ? dans son âme et conscience on veut le croire -? qu?il faut revoir. Il faut se retenir d?adopter l?attitude que l?on a toujours reprochée à Dev Hurnam, lui qui s?était permis des attaques personnelles contre la hiérarchie du judiciaire, qui voyait en tout jugement rendu dans un tribunal par ses pairs à son égard, des règlements de compte. Ivan Collendaveloo, qui menace de faire tomber des têtes ou qui parle de ?dominer?, nourrit le postulat maintes fois entendu de Hurnam selon lequel toute la hiérarchie du judiciaire est de mèche pour le coincer. C?est irresponsable.
Ce nouvel incident attire encore l?attention des autorités sur la nécessité de repenser les prérogatives obscures du DPP. Cela fait maintenant plus de huit mois qu?elles ont annoncé la décision de revoir ces pouvoirs. Laisser traîner est dangereux. Il risque de donner de la Justice une image d?incohérence. Il nous vaut l?aura dans laquelle le suspect Hurnam baigne aujourd?hui.
Publicité
Publicité
Les plus récents