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Daisy David et Jahnabi Goswami séropositives

5 décembre 2004, 00:00

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Injectés de sang, accablés par la fatigue de la longue traversée de la Grande Péninsule pour participer au forum de la Journée mondiale de la Lutte contre le sida à Maurice, ces yeux, couleur charbon, essaient de masquer la souffrance d?un rein qui s?enflamme, d?une vie qui s?effrite. La douleur est tenace, elle ne lâche pas prise, torture davantage. Chaque jour est un combat perpétuel pour ne pas être fauché par la camarde ; et la nuit, un véritable martyr commence.

Daisy David, 38 ans, fait des cauchemars que nul ne peut apaiser. Face aux complications qui l?assaillent, aux années sombres, à ce maudit virus qui lui colle à la peau, elle demeure impuissante. Les joues creuses, une longue chevelure nouée par une barrette, le cou orné d?une chaînette, drapée d?un fin sari bleu-vert bordée de minuscules fleurs blanches, elle égrène ces mots d?une voix saccadée : « Je suis séropositive » ! Il y a huit ans, Daisy David a été frappée par le virus de l?immunodéficience humaine (VIH). Ces mots terribles, inimaginables, presque indicibles, la bouleversent encore.

Sa séropositivité lui ferme des portes

Triant ses souvenirs, elle revoit les images d?une enfance passée aux côtés de sa mère Kiruba, enseignante, et de son père, Easter, un militaire de carrière. Puis, ce sont les éclats de rire de Baby et d?Imba, ses deux s?urs, et de son unique frère Mathi qui résonnent à ses oreilles. Hyperactive, grande sportive, elle passe son temps à jouer dans la ville d?Arni, située dans le sud de l?Inde.

Nostalgique, elle songe à son jeu favori : Coco. « Nous devions constituer une équipe et certains étaient désignés pour s?asseoir alors que les autres devaient courir. C?était tellement amusant », se souvient-elle. Adolescente, elle écrit. Etudiante au Couvent de St Joseph à Chennai, elle rédige des poèmes et participe à diverses compétitions qu?elle remporte souvent.

Enfant, elle rêvait de devenir policière. Adulte, elle décroche un diplôme en zoologie à Madras. En 1985, Daisy David devient Medical Laboratory Technician au Christian Medical College of Association à Chennai. Parallèlement elle effectue des formations complémentaires dans la recherche, fait la navette entre l?Inde et les pays du Golfe, et effectue des recherches sur le sang. Assoiffée de connaissances, elle se perfectionne dans ce domaine.

Le 3 février 1995, ses parents la marient à Thamba, un proche. Heu-reuse en ménage, elle donne naissance à une petite fille, Chinnu, le 4 décembre. Faisant le va-et-vient pour les besoins de sa profession, Daisy David rentre au pays en 1997.

Comme elle donne souvent son sang, elle effectue un jour une prise et fait un test de routine? Et c?est l?horreur, elle est porteuse du VIH ! « Je ne savais plus quoi faire, vers qui me tourner pour être conseillée. C?est toute ma vie qui s?effondrait. Dans ma tête, une question trottait sans cesse : Qu?est-ce que tu vas faire maintenant ? », confie-t-elle. Elle se rue alors auprès de son époux pour l?informer de sa maladie. Et voilà que Thamba lui confie qu?il est aussi séropositif ! À partir de ce moment, rien ne va plus. Daisy David supporte mal cette trahison. Les conflits surgissent.

Elle demande le divorce, mais ne l?obtient pas. Thamba s?y oppose formellement. Une nouvelle crainte la hante : et si Chinnu était séropositive ? Un test est effectué, mais fort heureusement, il est négatif. Daisy tente alors de se réfugier dans le travail, mais sa séropositivité lui ferme des portes.

« J?ai essuyé tant de discriminations. à chaque fois que je voulais trouver un emploi, on me le refusait à cause de ma maladie », déclare-t-elle.

Rejetée, humiliée, seule contre tous, Daisy David mène désormais une croisade contre la discrimination. Entre-temps, Thamba meurt dans un accident de la route. Elle doit confier Chinnu à sa belle-mère pour continuer à mener le combat. Comme elle ne suit aucun traitement, elle s?efforce de réglementer son alimentation et fait du yoga pour ne pas craquer.

Sa vie ne tient plus qu?à un taux de 450 CD4 (voir encadré). « Je ne veux pas suivre de traitement. C?est difficile, mais je tiens le coup. Le plus important, c?est que l?on nous respecte et que l?on puisse faire entendre notre voix. On ne peut plus se murer dans le silence », explique-t-elle.

La mort aux trousses

Elle rejoint par la suite l?Indian Network of People living with Aids (INP +), et y rencontre Jahnabi Goswami, une jeune femme de 28 ans qui lutte contre le VIH depuis neuf ans. Vêtue d?un choli orange et d?un sari jaune orné de motifs colorés, les paupières ombrées de rose relevant des yeux noisette, Jahnabi, 28 ans, est originaire d?Assam, dans le Nord de l?Inde.

Jahnabi connaît aussi une enfance heureuse avec sa s?ur et des deux frères. Hiranay, son père qui est homme d?affaires, subvient aux besoins de la famille alors que sa mère Lily s?occupe des enfants. Coquette, espiègle, elle adore jouer des tours. Inscrite dans une école de son village, elle se trompe volontairement de département et atterrit chez les garçons. Heureu-sement, cette petite erreur ne lui vaut pas de punition !

Elle termine ses études à l?âge de 17 ans à la Kampum Girls High School où elle épouse Sankaj, un jeune homme un peu plus âgé qu?elle. Mais un an plus tard, sa vie de couple vire au drame. Son mari tombe gravement malade. « Sankaj avait plusieurs infections. Il était souvent malade. Lorsqu?il a été examiné à l?Assam Medical College, j?ai appris qu?il était séropositif », raconte-t-elle.

Jahnabi fait aussi un test de dépistage et le couperet tombe : il est positif. Son monde s?effondre alors. Prise de douleurs indicibles, elle se résigne déjà à mourir. Mais il n?y a pas que le VIH qui vient ébranler sa vie. Il y a également le bébé qui va naître ! Malgré le choc de sa maladie, Jahnabi se démène pour mener sa grossesse à terme. En 1997, elle donne naissance à un fils. Mais au bout de quelques minutes, le nouveau-né décède. La jeune mère doit alors renoncer à la maternité.

Après quelques temps, Sankaj succombe au sida. Surmontant sa peine, la jeune femme retourne chez ses parents, reprend ses études et s?oriente vers les sciences politiques. Ses proches, au courant de sa séropositivité, la soutiennent. Décidée à briser le tabou autour du sida, elle rejoint le INP +.

Avec Daisy David, Jahnabi Goswami veut aller plus loin, se sentant investie d?une mission : aider les autres malades à se faire entendre. « On ne doit pas rester seul. Personne n?est à l?abri du sida. Combien de personnes dans le monde en souffrent sans le savoir ? Combien de victimes y a-t-il tous les jours ? Il est difficile de vivre avec le virus, mais il faut que l?on en parle. On ne peut pas se terrer. »

Pourtant Jahnabi Goswami, qui suit son traitement antirétroviral tous les jours, est confrontée à divers effets secondaires : « Le plus dur, ce sont les affections de la peau qui en résultent. La trithérapie est un traitement lourd, mais il faut y faire face. Je veux continuer à me battre pour tous les autres, pour les responsabiliser. Je ne veux pas me dire que je vais bientôt mourir ».

Même si elle sait qu?elle a la mort aux trousses, elle ne perd pas espoir. Son regard s?illumine. Un jour, peut-être bientôt, une solution-miracle verra la jour. Et le sida ne sera plus qu?un mauvais souvenir. Un vieux fantôme qui aura été chassé pour de bon !

334 cas

De janvier à septembre 2004, l?Aids Unit du ministère de la Santé a recensé 334 cas de séropositivité dont 290 contaminations pour les hommes, 36 pour les femmes à Maurice et 8 pour les étrangers. Onze enfants sont également atteints du VIH. Depuis le premier cas, recensé en 1987, on dénombre 1 032 contaminations dont 107 pour les étrangers et 925 pour des Mauriciens, soit 695 hommes et 230 femmes.

De plus, 115 décès ont été répertoriés depuis 1987. On compte plus 40 millions de personnes infectées par le virus dans le monde.

■ Dépistage et soins

Créé depuis l?an 2000, le National Day Care Centre, aussi connu sous le nom du Centre France Bouloux à Cassis, propose un counselling avant le dépistage du VIH, des prises de sang examinées au centre de virologie à Candos et des soins anti-rétroviraux si les patients sont séropositifs.

Le Dr Deven Poonoosamy y travaille tous les jours de 9 heures à 16 heures. « Nous donnons aussi des conseils et des traitement anti-rétroviraux aux femmes enceintes séropositives », affirme-t-il. Ce traitement peut réduire les risques de transmission au VIH de 30 à 2 % de la mère à l?enfant. Les soins sont gratuits dans les centres de santé de l?île.

■ Les CD4

Le virus VIH va envahir certaines cellules de l?organisme, appelées les lymphocytes CD4, qui sont des cellules du système immunitaire. Chaque année, le taux de CD4 chute peu à peu pour une personne séropositive. Pour vivre, un individu a besoin d?un nombre de 1 000 CD4. Au bout de huit à dix ans, quand le patient entre dans la phase du sida, il risque d?avoir un taux de moins de 200 CD4. À ce moment, il lui faut prendre des médicaments pour lutter contre les infections opportunistes telles que les diarrhées, ou encore la pneumocystose.

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