Publicité
Désir ?
Le désir est le moteur du monde. Sans désir rien ne se fait, rien ne se rêve. C?est lui qui nourrit la volonté de changement. Toute la Nature, à travers ses saisons, son renouveau permanent, est Désir. Le mythe de la Création illustre bien cette force cosmique de mouvement en perpétuelle expansion. L?univers même n?est qu?infini désir ? destruction et construction? On a retrouvé dans les pyramides d?Égypte des graines, vieilles de milliers d?années. On les a semées : elles ont germé. La vie imite la patience des roches surgies du chaos. Elle veut vivre à tout prix. Là est la racine de la « volonté de puissance », que Nietzsche appliquait à l?homme : devenir ce que tu es.
Il circule dans l?univers une irrésistible tendance à la manifestation, sous de multiples formes : naître, croître, aller plus loin, plus haut, et sans cesse recommencer? Les guerres ont détruit des villes, les incendies ravagé des forêts, les tempêtes englouti des navires, noyé des marins? Qu?importe, on recommence, on reconstruit? Sur le site de la ville de Troie, les fouilles ont révélé huit cités précédentes ; la cathédrale de Chartres, (pour n?en citer qu?une) a été détruite, incendiée sept fois? Des cités s?écroulent, des hommes meurent? Et tout repart. De Berlin en cendres est née une splendide capitale? Ainsi va le monde : tout naît, tout disparaît, tout se rénove. L?homme cultive cette passion de recommencer. La puissance du vivant se répand, pullule, se gaspille : pour un spermatozoïde fécondé dans l?ovaire (le plus rapide?) des milliers ont fait irruption pour rien. Pour le plaisir.
C?est que le désir est aveugle. Les hommes, dans leur longue histoire, n?ont pas cessé, parallèlement, de développer leurs moyens de destruction et leurs moyens de réparation. Ce ne fut partout et toujours que « Guerre et Paix » mélangées? Tantôt la vie est tenue pour rien ; tantôt on réalise des prouesses pour sauver une vie en perdition. Telle est notre nature contradictoire. Le désir est hors de toute morale. Saint-Augustin avait classé cet élan irrépressible de l?humain vers autre chose en trois domaines principaux : l?orgueil, qui est le désir de dominer ; la curiosité ou désir de savoir ; la volupté, le désir sensuel.
L?orgueil est incarné par Satan, « l?Adversaire », le concurrent de Dieu. Pour les cathares, Satan était le véritable créateur du monde, « l?Esprit tombant dans la matière », réalisant l?inéluctable binôme Dieu-Satan, le Bien et le Mal, en qui s?identifie toute opposition, l?éternelle lutte pour la maîtrise du monde? Tous les fils de Caïn lancent le même défi. Constructeurs de Babel.
La Science (appliquée à l?industrie) est la réalisation la plus complexe et la plus pertinente de ce défi. Et elle est encore très loin d?être parvenue à ses fins? L?ultime barrière sera toujours le butoir de la Mort. Ce qui nous ramène aux chercheurs de la pierre philosophale, le Grand ? ?uvre : l?immortalité?
La science est l?application patiente et obstinée de ce « désir de savoir ». Cela commença au jardin d?Eden. Satan, sous la forme classique du serpent, promet à Eve la Connaissance. Cette révolte primitive entraîne l?humanité sur une voie nouvelle : la domination du monde. Mais ce désir de savoir, par sa dynamique même, est l?éternel insatisfait. L?homme a d?abord voulu explorer, conquérir et transformer sa planète. C?est chose faite, bien que tous les mystères de la vie n?y soient point résolus ? le Mystère suprême restant inviolable.
Alors, il a voulu disséquer l?infiniment petit : biologie, médecine, chimie, physique nucléaire, microbiologie, etc. Il commence à présent l?exploration du cerveau, tâche déroutante, malgré qu?avec la fission de l?atome, il ait pu faire progresser la biologie moléculaire. Recherche difficile, longue, quasi infinie? Il s?est, en même temps, attelé à connaître l?infiniment grand, le Cosmos. Chacun sait le parcours qu?il a réalisé. La dernière récompense est la découverte, le 25 avril 2007, par une équipe d?astronomes franco-suisse, de deux « exoplanètes », à « seulement 20 années-lumière de chez nous », et qui réuniraient des conditions de vie comparables aux nôtres?
Enfin, disions-nous, le désir sensuel, la « concupiscence », dont nous éprouvons bienfaits et méfaits? Mais quand ce désir-là s?éteint, c?est que la mort frappe à la porte : elle vient enlever ceux qui « ne désirent plus rien ». Pour le philosophe Spinoza, le désir est « l?effort par lequel l?homme tend à persévérer dans son être ». Au milieu du XVIIe siècle, Spinoza donna à la pensée une impulsion moderne qui le remet, ces temps-ci, sur notre route. Pour lui, corps et esprit sont une seule et même chose. Dans « Le Banquet », de Platon, après de longues discussions, on parvient à la conclusion que l?Amour pur tend vers le Vrai, le Bon, le Beau. Amour-désir et Amour-sentiment constitue l?amour complet. « L?homme, dit Bachelard, est une création du désir, et non du besoin. »
Publicité
Publicité
Les plus récents