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Départ précipité d’un Ramgoolam souffrant

21 juillet 2006, 00:00

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La nouvelle tombe comme un couperet, à la mi-juillet 1981. Chacha Ramgoolam est souffrant. Son état de santé inspire les plus vives inquiétudes. On parle même de départ précipité, pour Londres. De vagues missions officielles essayent de camoufler, tant bien que mal, les rendez-vous pris avec les sommités médicales anglaises.

Depuis plusieurs semaines déjà, le Premier ministre souffre d’un mal qu’il soupçonne être sérieux. Il ressent des maux de gorge incessants et constate une grosseur suspecte au cou. Il sollicite divers conseils médicaux. Ses confrères ne peuvent que confirmer ses inquiétudes. Ils soulignent également la rareté de cette maladie et de sa gravité. Des examens approfondis s’imposent à Londres. S’ils vont dans le sens des appréhensions locales, l’éminent patient devra subir une opération chirurgicale pouvant se révéler délicate.

Une équipe médicale, dirigée par le Pr Clark, ami de longue date du Dr Seewoosagur Ramgoolam, l’attend à l’University College de Londres.

La nouvelle surprend forcément même son inner circle car le Premier ministre, comme à l’accoutumée, ne laisse rien transpirer de ses inquiétudes concernant son état de santé. Il vaque à toutes ses occupations habituelles et respecte ses occupations habituelles et chacun de ses engagements comme si de rien n’était. La veille même de son départ, il préside la réunion hebdomadaire du cabinet, ses ministres ne se doutant guère du combat intérieur que mène à l’insu de tous, leur primus inter pares. L’express, qui informe la nation des problèmes de santé de son père, indique seulement que, pendant cette réunion, “son humeur évolue selon les dossiers présentés et selon qu’il est satisfait ou non de la performance de tel ou tel ministre”. Et qui l’a été, seul sait la signification exacte de cette précision médiatique, obtenue à coup sûr at the horse’s mouth, n’en déplaise au respect dû aux secrets d’Etat et à l’Official Secrets Act.

Régime de la douche écossaise est alors de rigueur. Sans prévenir, l’humeur du Premier ministre, généralement joyeuse et finement teintée d’humour sarcastique, peut, à tout moment, céder place à un brusque renfrognement, sinon à des remarques lapidaires ou, pire encore, aux propos les plus désobligeants. Il est alors de bon conseil de se tenir coi pour ne pas aggraver son cas ni gratte lé dos malhère.

Le dossier Education, par exemple, l’irrite quelque peu. Il n’apprécie guère la grève des collèges privés, se plaignant, déjà, d’être traités comme quantité négligeable. Les élections sont derrière la porte. Ce n’est guère le moment de perdre les avantages clientélistes de l’éducation secondaire, dite gratuite. Les directeurs des collèges privés font partie du vivier électoraliste labourite, que diable ! Le secrétaire général du PTr devrait savoir cela. A se demander si, 25 ans après, le bis repetita déplaît toujours. Et c’est le coup de grâce pour Jagatsingh qui planche, chaque matin, de bon coeur sur ce dossier. Il a le coeur gros et n’a plus le coeur à rire béatement. SSR nomme un High Powered Committee pour régler le dossier Education et nomme à sa tête nul autre ministre que Sir Satcam Boolell.

Il faut même que le fidèle Ringadoo, un des rares à être dans le secret des dieux, lui souhaite a good health, en fin de séance, pour que les ministres comprennent ce qui se passe.

Revoilà lancée la course à la succession de SSR à la tête du PTr et du gouvernement. L’express croit savoir qu’entre Ringadoo et Boolell la question ne se pose plus : celui-ci accepte que celui-là fasse fonction de Premier ministre tant qu’il lui plaira et s’engage à le servir fidèlement. Ou l’inverse. Il n’en va pas de même pour les autres prétendants dont l’ambition les empêche même de voir l’évidence : le déclin et le recul du PTr, même dans les régions rurales. Même Triolet n’est plus un bastion rouge, murmurent certains au 7, square Guy-Rozemont, qui manifestement oublie déjà la raclée infligée par Dev Virahsawmy à Nundlall, en septembre 1970.

Des ennuis de santé ont raison des ambitions politiques de Kher Jagatsingh. Il se prétend dénué de toute ambition politique, sinon de pouvoir servir son île Maurice le plus longtemps possible (voir l’antépénultième page de l’express du 14 juillet 2006). Tout l’électorat travailliste ne partage pas aussi béatement la ramgoolâtrie prévalant au sein du PTr. Les échelons inférieurs se lassent plus facilement d’une domination ancestrale, sinon aristocratique ou encore castéiste. Deux frères animent cette contestation sournoise, obligeant SSR, en dépit de son état de santé précaire, à reprendre son bâton de pèlerin et à sillonner les coins et recoins de sa circonscription No 5 de Pamplemousses-Triolet. A Anse la Raie, comme ailleurs, il y a beaucoup d’invités mais peu de personnes présentes aux réunions ramgoolamiennes.

Les plus téméraires laissent même entendre que l’heure de la retraite a sonné pour l’enfant de Belle Rive, pour Kewal, le fils de Mohith Ramgoolam et de Basmati Ramchurn. Le coeur gros, il prend l’avion pour Londres où la Faculté l’attend. Y a-t-il un médecin à bord pour un parti politique en net déclin ? Demain à qui le tour ?

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