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Défaillance humaine

10 septembre 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Par Eric NG PING CHEUN</B>

Dans une interview de presse où l?on lui demanda si «Maurice est malade de la corruption», le président de «Transparency Mauritius» répondit de but en blanc : «Oui. Je pense que oui.» Une déclaration qui met en relief le contexte où sont formulées des allégations de corruption dans des institutions contrôlées par l?Etat, et où notre «Attorney General» se trouve au centre de polémiques d?ordre judiciaire. Cela interpelle forcément ceux convaincus que l?Etat de droit est la condition essentielle au bon fonctionnement de l?économie de marché.

Par rapport à leur impact économique, les affaires de corruption préoccupent diversement nos économistes, cambistes, agents boursiers, gestionnaires de portefeuille et autres spécialistes financiers interrogés dans le présent baromètre. Certains y trouvent une raison suffisante pour que leur humeur change en pessimisme. D?autres redeviennent optimistes sur l?économie mauricienne, car ils n?y voient pas un grand effet négatif sur elle. En fin de compte, deux analystes sur trois demeurent optimistes comme la fois dernière.

Il ne s?agit pas ici de relativiser la corruption. Qu?il y ait constamment des actes de corruption à Maurice ne fait aucun doute. Mais le pays est-il si malade de la corruption au risque de passer pour une république bananière du continent africain ? Le fait qu?il soit très difficile de le prouver n?en constitue pas une démonstration par défaut. Si tant est qu?il existe une relation étroite entre corruption et pauvreté, Maurice peut prétendre avoir réalisé des progrès, étant un «high middle income country» selon la Banque mondiale. Le revenu par tête d?habitant, qui est une donnée réelle bien au-delà de la perception, atteindra les 7 600 dollars en 2008, selon les prévisions de «MCB Focus».

Assurément, la corruption a un impact sur l?économie. Etant une taxe invisible sur le consommateur, la corruption alimente l?inflation. Elle fait perdre des revenus à l?Etat et contraint ainsi la banque centrale à monter le taux d?intérêt au détriment des entreprises. Elle est un obstacle aux investisseurs étrangers, comme aux bailleurs de fonds. Avec moins de corruption, Maurice aurait pu être dans la ligue des économies du sud-est asiatique.

La corruption ne relève pas d?une défaillance de l?économie de marché, mais procède d?une défaillance humaine. Celle-ci n?est pas seulement le fait des opérateurs, mais aussi des autorités. Tout n?est pas blanc dans le secteur privé et tout n?est pas noir dans le secteur public. Il faut précisément se méfier des secteurs où prime l?opacité. En revanche, quand une transaction louche tombe dans le domaine public, c?est une preuve de transparence.

Maurice est un Etat de droit, ayant les institutions nécessaires pour combattre la corruption. Mais il faut des hommes intègres qui font marcher les institutions. Les arrestations intervenues dans l?affaire Boskalis témoignent que nos institutions fonctionnent, même si ce n?est pas à la vitesse que nous aurions souhaité. C?est un très bon signal envoyé au monde économique.

Le gouvernement doit se montrer sans pitié dans les affaires de corruption. Il gagnera aussi à effacer toute impression d?interférence politique dans des enquêtes de corruption. Le moindre doute sur l?impartialité du service judiciaire anéantira tous les bénéfices des incitations et promotions vantant Maurice comme un centre d?investissement.

Appliquer la règle de droit dans la gouvernance d?un pays, c?est s?assurer que les régulateurs agissent sans défaillance. Dans le cas contraire, un «regulatory failure» mène à un «market failure» et favorise le «crony capitalism». Notre si petit pays jouit d?une pleine activité législative, mais trop de lois tuent le droit, n?étant pas conformes à des règles de juste conduite.

Une de ces règles est la concurrence, celle qui est dynamique, et non statique. Invité à dire si la hausse du «Cash Reserve Ratio» (CRR) à 6 % allait affecter les opérations de sa banque, un «Chief Executive» avait répondu que «nous opérions déjà avec un CRR de plus de 6 %». Plus tard, dans une belle solidarité, toutes les banques décidèrent de relever le taux d?intérêt à l?emprunt par un quantum similaire sans toucher au taux à l?épargne. C?est là un comportement de cartel même si l?association bancaire n?est pas strictement un cartel.

Le gouvernement nous promet que les choses vont changer avec la future commission de la concurrence. Mais on connaît les conditions dans lesquelles fut établi le projet de loi sur la concurrence, celui-ci mobilisant divers groupes de pression. Comment faut-il qualifier de tels agissements ? Citons Samuel Brittan, éditorialiste au «Financial Times» : «The so-called stakeholders who insist on being consulted before legislation is drafted are increasingly companies whose interests might be affected. One result is the ?corruption of knowledge?.»

Ce qui corrompt, ce n?est pas seulement l?argent, mais aussi le terrorisme de l?esprit. L?île Maurice est malade des lobbies de tout poil et des lamentations continuelles desopérateurs qui ne finissent pourtant pas de s?enrichir. Sans la corruption de l?esprit, le pays aurait pu devenir un autre Singapour.

Il faut des esprits indépendants à la tête des régulateurs pour résister aux pressions des chercheurs de rentes actifs dans tous les secteurs. L?activité entrepreneuriale a cédé la place au clientélisme économique devenu l?interface du pouvoir politique. On ne respecte pas l?indépendance qu?on réclame de nos institutions, telle la Banque de Maurice.

Ainsi, il est difficile de croire que la guerre de tranchées entre le président et les autres membres du Comité de politique monétaire se résume à un simple conflit de personnalité. Si le second vice-gouverneur veut bien se comporter comme un banquier central plutôt que comme un nominé politique, il n?y a aucune raison pour que le gouverneur n?obtienne pas la majorité à la prochaine réunion du comité. Faute de quoi, l?institution tombera en défaillance.

<I>(www.pluriconseil.com)</I>

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