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Découvrez la découverte scientifique du continent australien

20 septembre 2003, 20:00

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L?exposition actuellement consacrée à Nicolas Baudin fait la soudure entre les explorations maritimes des xviiie et xixe siècles qu?ont contrariées et séparées la Révolution française et les guerres napoléoniennes. Les xvie et xviie siècles virent les Portugais, les Espagnols et les Hollandais explorer les océans Atlantique et Indien. Des recherches ultérieures ont permis de mieux distinguer l?apport scientifique de leurs découvertes du Nouveau Monde et des Indes occidentales et orientales des génocides militaires occasionnés entre autres par la fièvre de l?or et le goût de l?argent facile.

Au xviiie siècle, de nouvelles générations d?explorateurs font leur apparition. Moins militaires et plus scientifiques. Moins conquérants et davantage anthropologues, ce qui n?empêche pas un certain nombre d?entre eux, en particulier le célèbre James Cook, de payer de leur vie leur dévouement à ce besoin perpétuel d?aller voir si de l?autre côté de l?horizon l?herbe est plus verte qu?ici et le monde plus humain et plus fraternel.

Du côté français, les Bougainville, les Lapérouse, les d?Entrecasteaux tentent de donner la réplique aux James Cook et consorts. Baudin, Flinders, Péron, Alexandre Lesueur, Nicolas Petit, Freycinet, Duperrey annoncent, au début du xixe siècle, les Dumont d?Urville, les Darwin, les Livingstone, les Clark Ross, les Peary, les Matthew Henson, les Amundsen et les autres explorateurs de ce siècle et du suivant, en attendant que prenne forme la présente conquête spatiale embryonnaire.

C?est vers cette conquête spatiale, capable de nous faire rêver, qu?il faut justement se tourner pour tenter de comprendre la fièvre qui animait jadis les esprits à l?annonce du départ de nouvelles expéditions scientifiques. Bien sûr, les sceptiques ne manquaient pas, tout comme aujourd?hui il nous arrive de hausser les épaules en apprenant qu?une nouvelle sonde spatiale photographie la face cachée de telle ou telle planète ou satellite naturel. Pris par nos occupations quotidiennes et professionnelles, nous ne pouvons pas toujours prendre le temps voulu pour apprécier comme il le faut les connaissances nouvelles nous permettant de reconstituer tel ou tel pan de l?histoire de notre humanité.

Ces jours-ci donc, l?Alliance française nous offre l?occasion de nous imprégner des préparatifs et des résultats de l?expédition de Nicolas Baudin en Australie. L?exposition intitulée À la découverte des terres australes est l??uvre du Muséum d?Australie occidentale et plus particulièrement de Mme Diana Jones, conservateur de la section des crustacés de cet institut. Qui l?eut crue assez versée en la matière pour nous offrir une exposition aussi intéressante ? Elle a bénéficié de l?aide du Muséum d?histoire naturelle de Paris et de celui du Havre. Ce dernier institut scientifique compte au xixe siècle parmi ses conservateurs un certain François Péron qui s?illustra en révélant au monde les hauts faits de l?expédition Baudin. Ne quittons pas Le Havre sans une pensée pour l?un de ses fils les plus illustres, Bernardin de Saint-Pierre, possible descendant d?Eustache de Saint-Pierre, l?un des Bourgeois de Calais.

Mille tourments

L?exposition fait bien sûr la part belle aux dessins et autres gravures de Charles Alexandre Lesueur et de Nicolas Petit.

Elle parvient aisément à nous faire comprendre que cette expédition a une portée scientifique considérable. Il suffit de savoir que François Péron parvient à ramener en France, le 25 mars 1804, près de six mois après la mort de Nicolas Baudin à Port-Louis, 72 spécimens vivants de la faune indigène d?Australie, de Maurice et du cap de Bonne Espérance, 200 000 spécimens botaniques, 3 872 espèces différentes d?animaux dont 2 342 inconnues, 1 500 espèces de plantes dont 640 inconnues, soit dix fois plus que l?ensemble des trois expéditions de James Cook.

Grâce à Baudin et aux hommes qui lui demeurent fidèles jusqu?au bout, en dépit de son caractère difficile, le monde savant de leur époque découvre des animaux vivants aussi étranges que l?émeu, le dingo, la tortue au long cou, le kangourou, le cygne noir, la mangouste, le gnou et d?autres espèces d?animaux plus connus mais découverts dans des régions inconnues, tels le lion, la panthère, l?autruche, les perroquets, les cerfs, les singes, les tortues, les zèbres, les hyènes. Il a aussi droit à 600 nouvelles espèces de grains, 796 nouvelles espèces de minéraux, 206 objets aborigènes, etc.

Toutes ces découvertes scientifiques sont rassemblées dans les trois volumes du rapport Péron-Freycinet et dans les atlas de Lesueur, Petit et Freycinet.

Ces spécimens sont accueillis avec d?autant plus d?enthousiasme que Péron n?a pas son pareil pour les étiqueter avec un soin exemplaire. Tout y est indiqué avec une précision chirurgicale : la date de la découverte, l?endroit, les circonstances qui l?entourent, bref tous les détails susceptibles de renforcer les nouvelles connaissances scientifiques.

Tout n?est pourtant pas rose pour Baudin et les siens. S?il peut choisir à son gré les deux navires de l?expédition, le Géographe et le Naturaliste, on va les surcharger de savants, de livres et d?appareils scientifiques. Baudin choisit ses navires en fonction de leur faible tirant d?eau. Cela leur permet une exploration moins risquée des eaux côtières. Mais ils perdent, surtout le Naturaliste, confié à Hamelin, en navigabilité ce qu?ils gagnent en sécurité sur les hauts fonds. À plusieurs reprises, Baudin fulmine parce que Hamelin compte plusieurs jours de retard. Mais le Naturaliste parvient souvent à se rapprocher davantage des côtes et cela permet aux savants qui se trouvent à son bord de faire des observations scientifiques plus précises et plus poussées.

Baudin rate complètement la première partie de son voyage. Il prend cinq mois pour rallier Maurice au lieu des trois habituels par la route Europe-Brésil-cap de Bonne Espérance. Il doit laisser à Port-Louis une cinquantaine de savants et non des moindres. Plusieurs d?entre eux se rendront utiles aux Mauriciens. Nous devons, de ce fait, associer les Milbert et autres Bory de Saint-Vincent à la gloire nouvelle pour nous de Nicolas Baudin. La désaffection de ces savants malades et exténués fera l?affaire de ceux qui accompagnent Baudin et Hamelin en Australie. Péron devient le principal zoologiste de l?expédition. Les canonniers Lesueur et Petit sont? bombardés dessinateurs officiels et sont invités à illustrer le livre du bord du capitaine Baudin.

Deux astronomes, deux géographes, trois botanistes, cinq zoologistes, deux minéralogistes, trois artistes et cinq jardiniers se couvrent ainsi de gloire au cours de l?expédition Baudin, mais non sans connaître mille tourments et autant d?angoisses. Grâce à eux, les noms de lieux de l?Australie comportent quelque 125 appellations aux résonances francophones.

Sur la carte du monde

Au-delà des siècles qui nous séparent, le message de François Péron ne perd rien de son acuité : « Les découvertes scientifiques sont le principal titre de gloire des peuples.

Elles établissent un généreux concours entre eux. Elles offrent une nouvelle carrière de rivalités entre les gouvernements, l?occasion de nouveaux triomphes. » Il faut rapprocher cette observation de Péron de celle de Bernardin de Saint-Pierre, que tout Mauricien digne de ce nom doit connaître par c?ur : « Le don d?une plante utile me paraît plus précieux que la découverte d?une mine d?or et un monument plus durable qu?une pyramide ». Réaliste, François Péron sait que le Royaume-Uni compte plusieurs longueurs d?avance, en ce début du xixe siècle, sur les autres nations, mais que la France, pourtant durement éprouvée par les convulsions révolutionnaires, fait mieux que résister. Il semble toutefois ignorer que pendant que la France savante le couvre d?honneurs et de gloire, Matthew Flinders demeure à Maurice « in the grip of the Eagle ».

L?expédition Baudin éclaire en tout cas d?un jour nouveau la vie et l??uvre de Napoléon ou plus exactement y apporte le même rayon de lumière qui n?en finit pas d?illuminer son expédition en Égypte. Lui, le nouveau César, le nouvel Alexandre le Grand, a su aborder l?Égypte et l?Australie avec le respect du savant le plus intègre et le plus humble devant les merveilles de la nature qui nous entoure. Mieux encore qu?en Égypte, nous ne pouvons que demeurer confondus devant l?intérêt purement et noblement scientifique qu?il porte à l?Australie et dans lequel n?entre pas la moindre once d?impérialisme militaire. Il s?est contenté de mettre l?île continent sur la carte du monde, de mieux préciser ses contours et d?offrir au monde ses richesses scientifiques.

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