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Déclin ?
L?idée de progrès a toujours été mieux acceptée que l?idée de déclin. C?est que la première célèbre les prouesses de la technique en soulignant le savoir et la puissance des hommes. La seconde rappelle, à la lecture de l?Histoire que, comme notait Paul Valéry, « les civilisations sont mortelles. » Pourtant, que cela plaise ou non, tous les grands empires du passé se sont peu à peu effrités, avant de disparaître dans les brumes de l?Histoire. Celui des Mayas du Mexique et du Honduras, l?empire égyptien, les hautes civilisations des Grecs et des Romains, pour ne citer que les plus prestigieux, tous ont sombré, pour des causes diverses. En Europe, le Moyen Âge des cathédrales a cédé devant la Renaissance, le raffinement se substituant à la vigueur?
Tout se passe comme si le temps usait la foi et la volonté de grandeur. Dans un livre resté capital, bien que datant de l?après-guerre 14-18, Oswald Spengler essaye d?analyser les causes du « Déclin de l?Occident » dans une philosophie cyclique de l?Histoire. Les sociétés, pense-t-il, sont des organismes soumis à la courbe fatale des êtres vivants : elles naissent, parviennent à maturité, puis meurent. Quand, comment ? Toute « civilisation » naissant d?une « culture », la décadence de la culture précède la maladie de la civilisation. Négligence des devoirs du citoyen au profit de ses droits, refus des responsabilités, égoïsme d?intérêts, tricherie et malhonnêteté, anarchie dans les arts, exigences sociales du « toujours plus », etc. tous ces signes annoncent le déclin d?une humanité qui, progressivement, tourne le dos à la morale élémentaire.
C?est le philosophe Karl Jaspers qui enchaîne, au cours d?une Rencontre internationale à Genève : « Les descriptions de l?homme moderne du dernier demi-siècle ont de quoi faire peur : l?homme rompt les ponts avec le passé. Vivant dans le momentané, il s?abandonne à la situation et au hasard? On a l?impression d?apercevoir dans l?homme le chaos : on voit l?instinct se déchaîner sans entrave? La psychologie moderne, découvrant ce bas-fond, en saisit le caractère infernal. En prétendant l?épuiser par la connaissance, elle cherche sans le vouloir une sorte de justification.
Souvent, une révolution procède à la politique de la « table rase » : en finir avec le passé, le réduire à néant. La culture chinoise, l?une des plus raffinée que le monde ait connue, a ainsi été quasi anéantie par la « révolution culturelle ». C?est la prétention de toutes les grandes révolutions : en URSS, en France, où cependant les dégâts furent moins totalitaires, s?attaquant surtout aux symboles de l?Église et de la Noblesse.
Hormis ces cas de l?histoire sanglante des hommes, où les extrémismes peuvent s?expliquer par la tyrannie et la misère, on constate dans toute société normale et relativement satisfaite de son sort, la même propension à la décadence des idées et des m?urs. Après l?apogée, se produit une sorte d?essoufflement, de désintérêt puis de lâcheté devant les obstacles qui jadis dynamisaient les volontés. Le laisser-faire, le laisser-aller triomphe sous nos yeux. Seuls le plaisir et la vie facile sont un « idéal » à atteindre. Et nous manquons singulièrement de « professeurs d?énergie »? Nos sociétés ont des élus, mais elles n?ont plus de chefs. Si, par exception, un chef surgit de la masse informe, il lui sera très difficile de rendre à la masse le goût de l?honneur, du dépassement, le rejet et la médiocrité et de la bassesse. D?ailleurs, aujourd?hui, chacun veut être « chef », prétend en avoir les capacités !
Un signe fort de ce déclin est le culte de l?originalité dans l?art. L?important n?est plus de produire du Beau, mais du Bizarre, du Surprenant. La peinture dite « moderne », la sculpture offrent des spécimens de cette culture en désarroi.
Ça coûte un prix fou, moyennant quoi ça déclenche les exclamations admiratives. Spengler notait à ce propos : « Ce qui se fabrique aujourd?hui en fait d?art est de l?impuissance et du mensonge. »
Les temps du déclin ? on l?a constaté dans la Rome antique du Bas-Empire ? c?est aussi le retour des prophètes, mages, de charlatans drogués de nouvelles religions, (et ça pullule de nos jours) tous prédicateurs de New Age et de fins du monde. Une certaine forme de barbarie amène toujours une religion quelconque.
Comme écrit Jean Cau dans « Le temps des esclaves » : « Si vous voulez être révolutionnaires, soyez nuls. Dans une classe, ce ne sont pas les bons élèves qui veulent que ça change. » Car une société, ce sont des hommes et des femmes. Rappelons cette devise des samouraïs : « On est tenu de respecter toutes ses promesses, même lorsqu?on les a faites à un chien. »
Qui, aujourd?hui (à part vous et moi) tient une promesse ?
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