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Cyclisme : sécurité en danger !
Le décès tragique du petit Ashley Matoka la semaine dernière sur les routes du Nord a plongé le cyclisme mauricien dans le désarroi. Après le recueillement et le deuil, place au débat. Et les questions sont forcément nombreuses : le cyclisme est-il un sport dangereux ? Les clubs encadrent-ils comme il faut leurs coureurs à l?entraînement ? Pourquoi Maurice n?est-elle toujours pas dotée d?une piste cyclable ?
Au-delà de ces nombreuses questions, subsiste, bien évidemment, un fait : la mort du petit Matoka peut, dans le court terme, porter un grave préjudice au cyclisme. ?Il est évident que cette tragédie aura une influence directe sur l?évolution du cyclisme pour jeunes. Les parents seront désormais réticents à laisser leurs enfants pratiquer cette discipline. Et si nous ne prenons pas les décisions qui s?imposent tout de suite, le cyclisme en subira les conséquences?, prévient d?emblée Catherine Victoire, dirigeante de l?ERPL qui a fait des jeunes sa priorité absolue.
Elle n?a pas tort. De plus en plus de parents ont en effet du mal à laisser leurs gamins pratiquer une discipline réputée dangereuse. Elle l?est d?autant plus que la flotte automobile n?a cessé de s?agrandir ces dernières années. La disparition du petit Ashley Matoka viendra certainement accentuer la réticence des parents. ?À chaque fois que James Colin va rouler, je ne suis pas tranquille. Je m?arrange toujours pour qu?il ne soit pas seul sur la route. Ça me fait frémir de voir des gamins s?entraîner seuls sur certaines routes?, reconnaît Colin Mayer, lui même pourtant coureur cycliste. Quand on a appris le décès du petit Ashley, ma femme et moi nous nous sommes posés un certain nombre de questions. Une d?entre elles était de savoir si on pouvait laisser James Colin continuer le vélo.?
Ne pas permettre à un enfant de pratiquer du cyclisme n?est pourtant pas la bonne solution à en croire Catherine Victoire : ?Je sais que les parents ont peur, mais ils vont terriblement frustrer leur gamin en prenant une décision aussi extrême. Si l?enfant aime ça, il faut au contraire l?encourager, l?encadrer. Ce serait le punir que de le priver de ce bonheur. Entre l?enfant et sa bicyclette, la complicité est plus forte qu?on ne le pense.?
<B>?Minimiser les risques?</B>
Peut-on faire du cyclisme un sport cent pour cent safe ? ?Non, pas tout à fait. Le cyclisme reste un sport de route et il est utopique de penser que la seule construction d?une piste cyclable réglera le problème. Mais on peut certainement minimiser les risques?, répond Patrick Piat, président de la fédération cycliste.
?Même si la route demeure un passage obligé pour un jeune coureur, l?idéal serait quand même de minimiser cette option. Les minimes peuvent très bien parfaire l?essentiel de leur entraînement sur un circuit fermé?, stipule pour sa part Catherine Victoire.
Colin Mayer abonde dans le même sens : ?Demander à un gamin de treize ans de s?entraîner sur les autoroutes, c?est proprement scandaleux. C?est comme- çi on demandait à un nageur de s?entraîner en dehors du lagon. Les petits sont fougueux. Sur la route, ils n?ont pas le même jugement que les coureurs élite.?
Davantage encore qu?un vélodrome, la construction d?une piste cyclable apparaît, aujourd?hui, comme une nécessité.
Dans l?absolu, l?idéal serait que l?Etat mette à la disposition du cyclisme un terrain de quinze arpents et que la fédération finance l?asphaltage du circuit, à travers des sponsors, des prêts bancaires et l?aide de l?Union cycliste international. ?C?est faisaible mais il faut forcément y mette du sien et ne pas dépendre exclusivement de l?Etat. Le complexe de Petit-Camp en est l?exemple concret. J?invite le cyclisme à suivre notre voie?, lance Akthar Toorawa, secrétaire général de la Mauritius Tennis Federation.
Le Centre national de tennis, à Petit-Camp, a en effet été construit sur un terrain de dix arpents cédé par l?Etat. Le projet a coûté dix millions à la MTF. Le secteur privé a contribué au financement du projet à hauteur de Rs 5 millions. La Fédération internationale de tennis a alloué près de Rs 1 million à la MTF qui a par ailleurs consenti à un emprunt bancaire à long terme pour compléter son montage financier.
<B>Pédagogie</B>
Les clubs doivent par ailleurs prendre leurs responsabilités même s?il est vrai que, dans le cas du petit Matoka, on ne peut pas reprocher grand-chose au Vélo Club de Pamplemousses, réputé pour sa structure rigide d?encadrement.
?Au Vélo Club des Jeunes, rien n?est laissé au hasard. Il y a toujours un parent qui accompagne les minimes en voiture à l?entraînement, explique Roberto Juhel, papa d?un petit coureur. On essayera de renforcer davantage la sécurité des gamins en mettant une voiture devant, une derrière et, si besoin est, une sur le côté.?
?Tous les clubs ne disposent malheureusement pas des mêmes ressources humaines. Au VCJ, les parents s?impliquent totalement, ce qui est tout à leur honneur?, insiste toutefois Eddy David, vice-président de la fédération cycliste, Et d?ajouter : ?Ne pas encadrer des gamins sur la route, c?est les envoyer directement à l?abattoir.?
Eddy David est d?avis que la disparition graduelle des écoles de cyclisme n?a pas été sans conséquences. ?Il faut aider l?enfant à développer ses réflexes, à anticiper les dangers de la route. Les écoles de cyclisme jouent un rôle fondamental à ce niveau. C?est pour cette raison qu?il faut songer à les rendre obligatoires?, insiste-t-il.
La responsabilité des clubs ne doit pas, par ailleurs, se limiter à l?encadrement et doit s?étendre à la pédagogie. ?C?est le moment où jamais d?inculquer à nos jeunes coureurs des valeurs essentielles, à commencer par la discipline et le respect du code de la route?, soutient en effet Catherine Victoire.
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