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Cybercité et autres bêtises
Je ne suis qu’un membre de la population admirable, qui paie ses impôts sans en questionner la finalité et le bon usage. J’ai lu le rapport sur le site du gouvernement sur le Business Parks of Mauritius Ltd (BPML). Et je dois dire qu’il m’éclaire sur l’incompétence de ceux qui nous gouvernent tous partis confondus. Si ma mémoire est juste, ces terres furent héritées du deal Illovo. Si la valeur foncière est certaine (Rs 10 m-arpent selon l’évaluateur de l’État), il n’en reste pas moins que ce fut un cadeau.
Commençons par la cybercité. Il me semble que le concept nous a été donné par l’État indien. J’ai compris que ce “masterplan” innovateur n’est qu’un morcellement en vue d’accueillir des activités d’informatique, résidentielles, hôtelières et commerciales. Il semblerait aussi que les concepteurs indiens, tout comme les récipiendaires, n’aient pas jugé utile de l’intégrer à l’environnement mauricien, de l’adapter au marché davantage européen, et aux habitudes locales. Ils étaient si convaincus de la justesse de leur bon sens que toute étude de faisabilité était jugée futile. Les experts étrangers savent toujours mieux.
Et pour donner le “momentum” nécessaire, le gouvernement indien, dans un jour de grande générosité nous prêtait Rs600 millions et construisait le premier immeuble intelligent baptisé “cybercity”. Et aujourd’hui, nous remboursons. Le Mauricien moyen que je suis, m’amène à penser que dans tout morcellement, le promoteur investit d’abord dans l’infrastructure (routes, électricité, etc.) et après vend les lots avec une marge. Or, dans ce cas précis, les terres ont été distribuées à d’autres départements de l’État et louées à des promoteurs privés pour construire leur propre bâtiment. Je me pose donc la question : d’où peuvent bien venir les revenus de BPML, si d’un côté elle doit rembourser et que de l’autre côté, elle ne perçoit que de faibles loyers ? D’autant plus que le rapport insiste que la location des terres est sous-évaluée. Par curiosité et pour comparer, l’État fait-il des profits sur les terres de l’Etat louées aux hôteliers ?
L’Inde se retrouve plutôt bien, ayant un client sûr, garanti par l’État mauricien et avec en plus, un gros contrat de Rs 1 500 millions pour ses contracteurs, architectes et ingénieurs. Petit “loan” de Rs 600 millions remboursable en dollars et obligation d’acheter TOUS les matériaux de construction en Inde. Qui n’aimerait pas être généreux dans ces conditions ? Et pourtant ce même rapport mentionne: “…hail the Indian Government for its participation in this project. Had the Indian Government not been there this venture would have been doomed to sure havoc and wreck much earlier.” Dieu merci nous sommes sauvés !
Voyons d’abord la conception de ce cybervillage. Nous apprenons que ce projet résidentiel était initialement prévu pour les expatriés de la cybercité. Mais avec les Jeux des îles, les logements étaient prêts avant les activités économiques. Réfléchissons sur le bien-fondé de ce choix. Il est évident qu’en Inde, les expatriés souhaitent se retrouver sur leur lieu de travail dans des habitations égales aux normes et aux habitudes de leur pays. Est-ce vrai pour les expatriés vivant à Maurice ? Ils sont surtout sur la côte. Deuxième question : auraient-ils eu le droit d’acheter une propriété? Jusqu’à présent la législation mauricienne ne le permet que dans des cas spécifiques. A moins que BPML et la Mauritius Housing Company pensaient louer. Encore une fois.
J’ai fait le compte en me basant sur les chiffres publiés dans la presse. Un appartement de 1 000 pieds carrés à Rs1300 le pied carré devrait revenir à Rs 1,3 million. Le bureau des statistiques* nous donne le prix moyen de Rs 1 207 par pied carré pour 2001. Si le standard attendu était World Class, il semblerait que le “Inhouse Quantity Surveyor” se serait trompé avec son évaluation de Rs 700/pied carré. Terrain compris cet appartement est revenu à Rs 1,8 million. Pourquoi le vendre à Rs 2,5 millions ? Qu’est-ce qui explique la différence ? Le coût du terrain ? Certainement pas car le même rapport dit que la valeur foncière était sous-évaluée. Fait encore plus étonnant, pour comparaison le projet privé Ebeneview, en construction en ce moment, est moins cher. Et ce avec un coût de construction de 2006 et un prix de terrain à la valeur du marché dans le même quartier.
Tout cela nous amène à nous poser des questions sur le rôle de l’Etat. Combien de fois n’avons-nous pas entendu que les gouvernements veulent être des facilitateurs ? Alors pourquoi donc se mettent-ils à faire ce que le secteur privé est censé faire ? Veulent-ils des exemples pour en être convaincus ? Development Works Corporation, State Trading Corporation, Central Water Authority, BPML... Voilà un cas où l’Etat se met à faire des morcellements sur des terrains gratis et arrive à perdre de l’argent.
Que se passerait-il dans le privé devant une telle situation ? BPML serait soit mise en liquidation, soit rachetée par une autre société. Ici l’Etat renfloue, avec l’argent du peuple admirable ! Quand aurons-nous un gouvernement qui se retirerait de toute activité commerciale ?
En tout cas le rapport recommande “…injection of fresh blood in BPML-CPIL.” Que Dieu préserve le peuple admirable. La mare moque la boue. Ils sont tous pareils.
<I>Un profane qui demande un éclairage
*Source : http://www.gov.mu/portal/goc/cso/mif/const.pdf</I>
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