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Cuttaree critique la position britannique

30 septembre 2004, 20:00

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Maurice n’est pas satisfaite de l’attitude la Grande-Bretagne sur la question des Chagos. Lors de son intervention à la tribune des Nations unies mardi à New York, Jayen Cuttaree, ministre des Affaires étrangères, du Commerce international et de la Coopération régionale, a déploré les actions unilatérales récemment prises par le gouvernement de Tony Blair concernant l’archipel.

Cet archipel, dit-il, a été illégalement détaché du territoire mauricien avant que Maurice ne prenne son indépendance de la Grande-Bretagne. La décision du gouvernement britannique est en violation de la Déclaration 1514 des Nations unies et les Résolutions 2066, 2232 et 2357 de l’Assemblée générale de cette même organisation. “Maurice a toujours favorisé l’approche bilatérale dans sa détermination à exercer à nouveau sa souveraineté sur l’archipel des Chagos mais malheureusement cette approche n’a donné aucun résultat jusqu’ici”, dit Jayen Cuttaree.

Certaines décisions “regrettables” et “unilatérales” ont été récemment prises par la Grande-Bretagne et cela n’a pas aidé à faire avancer les choses.

Néanmoins, précise le ministre des Affaires étrangères, Maurice continuera à prôner le dialogue pour trouver une solution à ce problème concernant l’archipel des Chagos : toutes les avenues seront explorées pour qu’elle puisse exercer ses droits de souveraineté sur l’archipel.

“Dimension tragique”

Ce problème a aussi “une dimension humaine tragique”, ajoute le ministre, dans la mesure où tous les habitants de cet archipel ont dû évacuer leur terre natale, qui avait été occupée par plusieurs générations de Chagossiens avant l’accession de Maurice à l’Indépendance.

Il précise aussi que Maurice attend la reprise du dialogue avec le gouvernement français sur la question de Tromelin.

Partageant ses réflexions sur l’avenir des Nations unies Jayen Cuttaree évoque “un sentiment général” que la structure existante du Conseil de sécurité doit être révisée pour réfléter les nouvelles réalités. “Nous sommes convaincus, dit-il, que chaque Etat membre des Nations unies doit montrer une plus grande détermination à parvenir à un accord sur la réforme du Conseil de sécurité.” Cette réforme doit selon lui se baser sur une plus grande représentativité et transparence ainsi qu’une distribution géographique équitable avec l’inclusion des pays en développement comme membres permanents. Maurice, sur ce point, a réitéré son point de vue que l’Inde mérite amplement ce statut.

Jayen Cuttaree espère que le Comité de haute instance sur les menaces, défis et changements instituée par le secrétaire général des Nations unies fera des recommandations concrètes et pratiques pouvant permettre à cette organisation d’être plus crédible et d’être davantage à l’écoute des attentes des populations à travers le monde.

Il estime que les résultats positifs de la réunion du Conseil général de l’Organisation mondiale du commerce (Omc), qui s’est tenue en juillet sont porteurs d’espoir et devraient remettre les négociations sur le commerce sur les rails. Les accords approuvés par les états membres de l’OMC vont grandement augmenter les chances de réussite des négociations du Doha Development Round.

Les autres points forts de l’intervention de Jayen Cuttaree sont la tenue à Maurice de la conférence internationale des petits états insulaires en développement au début de l’année prochaine et les efforts déployés par Maurice pour promouvoir la coopération et l’intégration régionale.

TÉMOIGNAGES

Des Chagos à Maurice : une traversée agitée

■ Leur histoire, c’est celle d’une blessure profonde… Leur combat, celui d’un peuple qui a perdu le droit de vivre sur sa terre natale. Un témoin de l’arrivée des Chagossiens à Maurice, André Bungaroo, évoque leurs conditions de vie sur le “Norbert” tandis que Robert Talbot, le dernier administrateur de l’archipel, explique que la vie aux Chagos était loin d’être idyllique.

André Bungaroo évoque cette semaine fatidique, début 1965. Clerc chez le courtier maritime Roger Bouquet, il apprend qu’un bateau a accosté près de la Rivière Tanier, avec “des gens qui viennent des Chagos mais qui ne veulent pas débarquer”. En allant vérifier si c’est vrai, il aperçoit le “Norbert”. “Une ou deux personnes étaient descendues mais les autres ne voulaient pas suivre car elles ne savaient pas où aller. Il n’y avait personne pour les accueillir, même pas un officier de police et elles n’avaient ni eau, ni nourriture.”

Les scouts dont il fait partie installent une bâche pour que les Chagossiens aient un endroit où passer la nuit. Ils ramènent du pain et du thé. Cela se répète jusqu’à ce qu’un journal alerte l’opinion publique. Deux jours après, des habitants de Roche-Bois viennent au secours des Chagossiens. “Ils les ont persuadés de descendre du bateau et les ont amenés avec eux.”

Il n’y avait personne pour aider ou diriger les Chagossiens à leur arrivée. C’est ce qui a le plus marqué André Bungaroo. “Mon métier était de dédouaner les animaux. Il y avait toujours quelqu’un qui les attendait. Alors que les Chagossiens étaient seuls au monde.” Il n’a jamais revu ces personnes à qui il avait porté les premiers secours.

Robert Talbot raconte : “Je connais les Chagos mieux que personne, aussi bien sous la mer que sur la terre.” Et pour cause, cet homme robuste a donné 23 années de sa vie, dont sept en tant qu’administrateur, à l’archipel. Lui, refuse de voir dans les Chagos le paradis que la légende a bien voulu dépeindre. “La vie était bonne certes, mais ce n’était pas comme si on pouvait jeter une ligne à l’eau et en retirer des poissons. Les lagons étaient tellement riches que les poissons ne s’intéressaient pas aux appâts. Il m’arrivait d’aller pêcher en dehors avec mon petit hors-bord et revenir bredouille. Des familles pouvaient ne pas manger de poisson pendant un mois.”

Contrairement à ce qui est souvent dit, la majorité des “îlois” n’étaient pas vraiment autochtones. Toutes les personnes habitant les Chagos devaient renouveler leur contrat tous les deux ans. Il explique que l’exode vers Maurice a débuté avant l’expulsion par les Britanniques. “Un grand nombre de Chagossiens qui venaient à Maurice ne voulaient pas retourner dans l’archipel, à tel point que nous commencions à manquer de travailleurs. J’étais même obligé d’aller recruter de la main-d’œuvre aux Seychelles.”

Un des aspects qui rendaient la vie aux Chagos agréable, c’est que le travail était “à la tâche”. Une fois son travail terminé, l’ouvrier était libre pour le reste de la journée. “A 6 heures, je rassemblais les travailleurs pour distribuer les tâches. Un bon ‘éplucheur’ de cocos pouvait éplucher 650 noix avant 8 heures.” Les ouvriers avaient droit à dix livres et demie de riz par semaine, une livre et demie de lentilles, un quart de livre de sel et un litre d’huile de coco mais ils devaient acheter les autres produits ; sucre, oignons, café, vin et thé. Les maisons et soins médicaux étaient gratuits.

Pour Robert Talbot, cette société îloise était vouée à l’échec car les opérations n’étaient plus viables. “Cela ne rapportait plus. On perdait nos ouvriers petit à petit. Au maximum, 1 000 personnes habitaient les îles”. Il attribue la nostalgie des Chagossiens pour l’archipel à une maxime connue : “l’herbe est toujours plus verte ailleurs.”

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