Publicité

Cunningham :Pourquoi il part

9 août 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Je suis très triste. Nous perdons une personne extrêmement compétente, qui a un bilan et qui avait encore tellement de choses à accomplir à la douane », se désole Danielle Wong, la directrice de la Mauritius Export Association. La démission de Bert Cunningham, directeur des douanes, suscite une vive indignation et beaucoup d?incompréhension.

Si Cunningham a été « démissionné » cette semaine, c?est en grande partie à cause de sa manière de dire les choses comme il les pense. Sans concessions. Peu de temps après son arrivée à Maurice en 2002, n?affirme-t-il pas que : « la majorité des douaniers sont corrompus » ? Cette entrée en matière tonitruante lui vaut d?être durablement détesté par une bonne partie de ses collaborateurs. On va d?ailleurs commencer à la même époque le travail de sape.

Celui-ci est d?abord mené par ses subordonnés qui convoitent le poste de directeur des douanes. En coulisse, ils dénoncent les méthodes trop strictes de Cunningham, ou encore son incapacité présumée à gérer ce service.

Les mesquineries sont légion. Le syndicat des douanes tient des propos ouvertement xénophobes à son égard. Tandis que des douaniers cherchent activement la petite bête. Ils croient la trouver.

En dénonçant Cunningham anonymement à l?Independent Commission against Corruption (ICAC) pour n?avoir pas déclaré l?achat d?une maquette de bateau. L?ICAC ne retient aucune charge contre lui.

Qu?importe. Les détracteurs du Canadien redoublent d?efforts pour trouver d?éventuels squelettes dans son placard. C?est ainsi qu?ils le dénoncent de nouveau à l?ICAC pour n?avoir pas payé l?intégralité des droits de douane sur un téléviseur importé en 2007. Pour s?entendre dire vendredi, par la direction de la Mauritius Revenue Authority (MRA), dont dépend l?administration des douanes, qu?aucune irrégularité n?a été constatée dans ce dossier.

Les proches de Cunningham affirment volontiers qu?il est « dégoûté » et « découragé » par ces dénonciations calomnieuses. Mais le directeur des douanes tient bon. Aussi coriaces et mesquins qu?ils soient, ce ne sont finalement pas ses pires ennemis à la douane qui ont eu la peau de Cunningham. En effet, si ce dernier a soumis sa démission vendredi, c?est d?abord à cause de son incapacité à travailler avec la direction et le conseil d?administration de la MRA.

« On devait trouver une issue au problème »</B>

Rama Sithanen, le ministre des Finances, dont dépend la MRA ne peut que constater les dégâts. « Je regrette ce qui s?est passé. Mais on devait trouver une issue au problème », se contente-t-il de déclarer. Le ministre des Finances passe pour être l?un de ceux qui apprécient grandement les compétences de Cunningham. Mais ce dernier s?est vite retrouvé devant un épineux dilemme. Arbitrer le match entre Cunningham et son supérieur hiérarchique : Sudhamo Lal, le directeur général de la MRA.

Surtout qu?à la MRA, on affirme que les relations entre les deux hommes sont devenues extrêmement tendues au fil des mois. « Dans certains cas, l?attitude de Cunningham relève de l?insubordination », pense un proche du dossier. En effet, Lal soutenu par son conseil d?administration, a commencé à désapprouver l?approche jugée un peu « autocratique » de Cunningham. Et son incapacité à fournir des preuves tangibles sur des dossiers de corruption alléguée de membres de la MRA qu?il souhaitait voir instruire pour des poursuites éventuelles.

Du côté du ministère des Finances, on révèle que certaines demandes d?explication entre Cunningham et sa direction ont fini par devenir très houleuses. « On est arrivé à un point où il faut trancher. Soit retenir Cunningham et se retrouver avec une éventuelle proposition de démission de Lal sur les bras ou sacrifier Cunningham », entend-on dans le giron de la MRA.

<B>Apaiser les tensions</B>

Rama Sithanen, quant à lui, évite tout commentaire à ce sujet. Mais il apparaît que le ministre des Finances a penché en faveur du directeur de la MRA. Non sans avoir préalablement ténté d?apaiser les passions. En envoyant deux de ses proches, notamment le secrétaire financier, Ali Mansoor, essayer d?amener Cunningham à se montrer plus conciliant avec sa direction. Sans résultat.

Des voix cyniques à la MRA expliquent que le ministre s?est livré à une évaluation mathématique de la situation. Arguant que Sithanen a préféré retenir celui qui assure à l?Etat des rentrées fiscales se chiffrant à des dizaines de milliards de roupies. Plutôt que de choisir celui qui n?a rapporté « que » Rs 2,6 milliards de droits de douane pour l?année fiscale 2007-2008.

La nature ne tolère pas le vide. Les administrations aussi sensibles et stratégiques que les douanes non plus. La parenthèse Cunningham à peine refermée, l?on est déjà à la recherche de son remplaçant. Au ministère des Finances, on confirme que les subordonnés de Cunningham auraient tort de se réjouir d?une éventuelle promotion. En effet, le gouvernement compte remplacer le démissionnaire par un autre étranger, ou un Mauricien installé à l?étranger. « Nous avons quelques pistes », lâche Sithanen.

<B>Paul Bérenger :

« La vie de Cunningham est en danger »</B>

Selon le leader de l?opposition, l?équipe de Bert Cunningham aurait enquêté sur « des scandales financiers de millions de roupies impliquant des ministres ».

Celle-ci aurait aussi constitué des dossiers compromettant sur une quarantaine de douaniers.

Et ce seraient les raisons pour lesquelles Cunningham aurait été évincé. « C?est clair que Cunningham se mure dans le silence avant de quitter le pays car sa vie est en danger. » En tant que leader de l?opposition, Bérenger dit avoir discuté de la question Cunningham avec le Premier ministre et que celui-ci lui aurait dit qu?il en parlerait à Rama Sithanen. « Malheureusement, cela n?a rien donné », déplore Bérenger.

Par ailleurs, « l?ICAC a été utilisée comme un outil politique pour menacer et persécuter Cunningham », soutient-il.

Publicité