Publicité

?Créer un plan national pour gérer les crises dans le tourisme?

15 septembre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● A l?issue de votre thèse axée sur Maurice et la gestion de crise dans l?industrie du tourisme, pensez-vous que le pays y attache une grande importance ?

Jusqu?à présent, le gouvernement et les partenaires du tourisme ont focalisé leur attention sur l?aspect positif de l?industrie touristique. Dans le contexte de ma thèse effectuée à l?université de Washington, aux Etats-Unis, j?ai essayé de montrer l?autre face de la roupie : ce que la destination est prête à faire pour affronter des crises tels la chute de la monnaie locale, l?explosion récente à Grand-Baie, le Sars ou encore l?attentat de Bali.

● Maurice est-elle donc prête à affronter une crise ?

Non. Il manque un plan national pour gérer des crises. Il faut avoir une banque de données de gens et d?institutions à laquelle on fera appel pour assistance. Est-ce que la Mauritius Tourism Promotion Agency (MTPA) a un contingency plan pour réagir promptement par rapport à son plan de promotion de la destination en situation de crise ? Un budget séparé a-t-il été alloué spécifiquement dans le cadre d?une crise ? La réponse est non.

L?explosion de Grand-Baie en est un exemple. Quelques heures après le drame, les autorités avaient déjà pris position. Le ministère du Tourisme avait émis un communiqué expliquant que l?explosion était due au gaz sans même qu?une enquête n?ait été initiée.

Résultat : il y a eu une déformation d?explication. Les médias ont été accusés d?avoir communiqué des informations qui dramatisaient la situation. Mais je ne leur donne pas tort.

● Selon vous, quelle aurait dû être la réaction des autorités?

Dans toute situation de crise, il faut une certaine cohésion. Les autorités auraient dû expliquer clairement la situation lors d?une conférence de presse. Ces explications devraient venir d?un unique porte-parole désigné au préalable. Cette mesure aurait dissipé toutes sortes de spéculations.

Dans le contexte de ce comité de gestion de crise, j?ai choisi dans ma thèse le responsable de la MTPA comme porte-parole de toutes les communications locales et internationales.

● Pensez-vous que ces rumeurs ont une incidence sur la destination Maurice ?

Certainement. Nous le saurons dans les mois ou les années à venir. Maurice est perçue comme une destination sûre. Je pense que cette perception a été quelque peu ébranlée au niveau international. La promotion et le marketing routiniers servent à construire une destination. Par contre, le marketing en situation de crise sert à préserver les valeurs de la destination.

● Dans la pratique, comment est constitué le comité de crise ?

Il est composé du ministère du Tourisme, de la MTPA, des professionnels de l?aérien et des médias. Son but : passer en revue la situation dans l?industrie du tourisme. Une fois constitué, le comité doit se rencontrer régulièrement et non uniquement lorsqu?il y a des problèmes. A son agenda devrait figurer une analyse de la situation pour la destination Maurice ainsi que des événements dans le monde en rapport avec le pays.

● Que pensez-vous de la politique de promotion de la MTPA ?

La MTPA a mis tous ses ?ufs dans le même panier. Je me souviens qu?après les événements du 11 septembre, elle a commencé à parler de tourisme régional. Mais il ne faudrait pas attendre que nos marchés traditionnels soient en difficulté pour penser au tourisme régional, qui a un grand potentiel.

Cette stratégie aurait dû être mise en avant depuis bien longtemps. L?île Maurice a focalisé son attention sur les hôtels et non sur la destination dans son ensemble. Il est grand temps de créer un label national pour notre industrie du tourisme. Pour vendre notre destination, il faut inclure le secteur informel, la population en général, tout ce qui contribue à booster le secteur. Si une destination n?est pas en bonne santé quels que soient les hôtels que nous construisons, cela ne fonctionnera pas.

Je dois aussi dire que nous avons longtemps perdu notre temps avec le celebrity marketing. Cela n?est possible que lorsqu?une destination a bien consolidé ses assises. Aujourd?hui, nous constatons un essoufflement sur nos principaux marchés. Il faudrait peut-être se demander si nous avons été assez présents sur ces marchés ? Je pense que non.

Propos recueillis par Ashvin RAJARAI

Publicité