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Crevons l?abcès

6 juin 2005, 00:00

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par Thierry CHATEAU

La campagne 2005 a pris une bien vilaine tournure depuis que certains candidats et leurs coreligionnaires professent la mauvaise parole. Ce qui n?était, au départ qu?un bouton acnéique, a enflé au fil des semaines pour devenir un furoncle qui menace de se transformer en tumeur. Maligne et cancéreuse.

Dans la torpeur des nuits de campagne, on entend donc de grands prêtres de la messe politique, officier à la croisée des chemins qui mènent à la haine et à la division. Ils vouent ?cinq familles? aux gémonies, damnent les ?cousins de Bérenger?, prônent le retour aux années 1967 et à ?l?indépendance politique?, avant l?avènement de ?l?indépendance économique?. D?autres vont même jusqu?à organiser des orgies virtuelles entre fanatiques d?un autre âge : ?Cadets, Scouts, Fire v/s Dodo Club?. On est en plein cauchemar?

Il s?agit donc de crever l?abcès à trois têtes. Crevons-le ce bubon monstrueux. Et puisque le scalpel du chirurgien ne saurait suffire, usons de la thérapie de choc, chimiothérapie ou psychothérapie.

Eh oui, c?est la triste vérité : quatre ou cinq familles mauriciennes, issues de la communauté minoritaire et réparties dans les conseils d?administration les plus influents, touchent au moins une roupie sur chaque tiroir caisse qui s?ouvre. Elles font un peu la pluie et le beau temps sur l?économie mauricienne. Leur règne fait de l?ombre aux autres familles qui ont de l?ambition et, surtout, laisse sur le bord de la route des milliers de Mauriciens qui regardent passer les limousines aux vitres teintées.

Les pourfendeurs patentés qui s?expriment dans les messes nocturnes ont saisi cette frustration. Affirmant s?exprimer au nom de la communauté majoritaire, ils ont un agenda : la conquête de l?indépendance économique, restée aux mains de cette minorité depuis des décennies. C?est donc le combat de la majorité contre la minorité, du bien contre le mal, d?une couleur contre une autre. Un combat extrêmement réducteur et foncièrement dangereux et, surtout, bêtement épidermique.

Après la conquête du pouvoir politique, acquis sans effusion de sang, à une époque où le continent africain était le théâtre de sanglantes guerres d?indépendance, il serait temps que Maurice sorte enfin de son colonialisme primaire. Peut-on baser un programme de redistribution des richesses uniquement sur des considérations ethniques, épidermiques ? Non, car cela risque de nous entraîner vers un retour en arrière, une spirale dans laquelle des pays comme la paisible Côte d?Ivoire se sont laissé entraîner.

Les politiciens qui ont fait de la redistribution des richesses leur priorité méritent tout le soutien du monde. Ceux qui ont fait de la focalisation ethnique leur cheval de bataille ne méritent qu?une chose : la poubelle. Le moment est venu de le leur faire savoir.

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