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Couturier : un métier sur mesure

14 janvier 2007, 20:00

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Babillages de femmes entrecoupés de ronronnements de machines à coudre. Habillage d?une cliente sous les yeux experts du maître des lieux. La robe de soirée est scrutée sous toutes les coutures. Nous sommes dans l?atelier de Percy Bisson, 44 ans, dont 13 dans la confection des vêtements.

Courbées sur leurs machines, de longs pans de tissu bleu posés sur leurs genoux, Madvi, Sunita, Saloni, Gladys et Rosemay travaillent. Les filles se concertent. Evidemment, plusieurs avis valent mieux qu?un. Percy s?est même octroyé les services d?un styliste, Nadeem Beegun, pour rendre ses lettres de noblesse au métier de couturier.

?Bien sûr qu?on doit envisager la couture autrement si on veut réussir et perdurer. Nous sommes ainsi une équipe de 9 filles avec Nadeem et moi comme partenaires. On ne peut plus se permettre de n?avoir qu?une ou deux commandes chaque semaine comme jadis la petite couturière du quartier?, explique Percy.

Le prêt-à-porter est passé par là. Nadeem et Percy ont su rebondir. Il faut dire que pour eux ce métier est une seconde nature. Le premier a suivi une pente naturelle, conditionné par son enfance au milieu des froufrous de sa mère, couturière. Ce qui fut un passe-temps pour Percy a fini par prendre le dessus sur son métier d?alors, monteur. ?Le déclic a été une chemise confectionnée en une nuit pour une fête de fin d?année. J?ai reçu tellement de compliments que j?ai fini par décider de me consacrer exclusivement à ce métier. J?ai aussi été toujours fasciné par les défilés de mode et les sublimes robes des Miss World et Miss Universe?, confie Percy.

Nadeem, très précoce, fabrique sa première robe à l?âge de 12 ans. ?Ma s?ur de six ans était mon mannequin attitré. En cachette de ma maman, j?avais cousu une robe et quand elle a vu ma s?ur l?enfiler, elle a été littéralement ébahie. Dès lors, elle a compris ma voie.?

Au fil du temps il a fallu se diversifier. Percy et Nadeem ont alors sollicité les banques et autres sociétés privées pour leur proposer de confectionner leurs uniformes. ?Il faut bien combler certaines périodes creuses. Et faire des uniformes chics et classiques pour les employés, c?est une publicité ambulante pour toutes ces sociétés?, souligne Nadeem.

Se démarquer des magasins de prêt-à-porter

Ils se sont aussi spécialisés dans les accessoires. Des aumônières en velours rehaussées d?une fleur aux foulards, tout se fait dans un subtil mélange de tons orientaux et occidentaux. Mais la robe de soirée demeure le petit bijou qu?ils désirent sculpter. Les clients leur apportent quelquefois un modèle issu d?un magazine européen que nos spécialistes reproduisent agrémenté d?une petite touche personnelle.

?Regardez sur ce magazine, le buste est orné de paillettes et nous avons proposé à la cliente de la peinture sur tissu?, explique Percy. ?La femme mauricienne a la chance de pouvoir s?offrir un couturier. Ce qui n?est pas le cas en Europe. Qui peut s?offrir une robe de Christian Dior ou d?Yves Saint-Laurent ??

De plus en plus coquette et très à la page, la Mauricienne connaît très bien les tendances et veut s?habiller en fonction. ?Bien sûr que nous sommes obligés de nous calquer sur ces modèles venus d?ailleurs puisque telle est la demande mais il y a aussi beaucoup de nos propres créations?, rappelle Nadeem Beegun. Sans compter que l?essence même d?une robe confectionnée par un couturier est qu?elle épouse les formes de la gent féminine. Atout non négligeable pour celles qui font du 40 pour le buste et un 36 au niveau des hanches ou vice versa. ?Il faut se démarquer de ce que les magasins de prêt-à-porter offrent. Et nous arrivons à nous adapter à tous les types de taille de la femme mauricienne?, poursuit Nadeem.

Toujours soucieux de satisfaire une clientèle très au fait des dernières nouveautés, nos spécialistes de la couture se dotent de nouvelles machines. ?Les femmes nous demandent des ourlets et des rabats invisibles qu?elles ont vus sur des vêtements venus d?ailleurs. Nous sommes forcés de faire en fonction?, explique Percy Bisson.

D?autres couturiers ont préféré ouvrir une boutique afin d?écouler les produits finis. A l?instar de Sanjay Maistry, 15 ans de métier à son actif. La mode, dira-t-on, a toujours coulé dans ses veines. Parti en Angleterre pour des études de marketing, ce fils de couturière revient au pays avec un diplôme de mode. ?Pour être rentable aujourd?hui, il est essentiel d?avoir une certaine logistique. 12 personnes travaillent ainsi pour moi. Et je vends des tenues décontractées dans mon magasin In Vogue. Il est aussi impérieux de faire des uniformes de sociétés pour rentrer dans ses frais.?

Mais ce qui le passionne davantage dans le métier, c?est le contact avec la clientèle. ?C?est comme aller chez son coiffeur.? Et pouvoir lui offrir l?exemplaire unique de la robe de ses rêves. ?Quelle femme n?a pas craint d?arriver à une soirée et d?en voir une autre qui porte la même robe qu?elle ??

Sanjay reçoit six à sept clientes quotidiennement. Il excelle en l?art de les conseiller sur les nouveaux trends. Il procède, entre autres, au moulage. Une façon de confectionner le vêtement sans coupe géométrique. Pas de règle ni d?équerre. Le tissu est moulé sur le mannequin avec moult épingles ne laissant aucune place à un quelconque faux pli. ?En ce moment ce qui prédomine, c?est une fusion de tissus orientaux avec une coupe hautement européenne. Ce mariage est une véritable réussite.?

Ce qui l?emballe dans ce métier, c?est que ce travail requiert un renouveau constant. Surtout après avoir passé une certaine période à répéter les mêmes gestes. ?J?étais dans une boîte où je faisais des braguettes à longueur de journée.? Et de fil en aiguille, Sanjay Maistry a pu se mettre à son compte. ?C?est un métier très créatif pour ceux qui sont passionnés. J?invite les jeunes diplômés de l?Industrial and Vocational Training Board à se lancer dans la grande aventure.? A bon entendeur?

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