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Courage

10 août 2004, 20:00

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Une fois n’est pas coutume, l’opposition et le gouvernement sont sur la même longueur d’onde : l’économie va mal. Depuis le temps que le secteur privé tire la sonnette d’alarme, il a fini par se faire entendre.

Le langage de vérité adopté par le Premier ministre, Paul Bérenger, samedi, à l’issue de sa rencontre avec le secteur privé, en a surpris plus d’un. Il nous avait certes habitué à la vérité des chiffres. Mais c’était surtout pour justifier des mesures impopulaires et noircir en passant l’héritage travailliste.

Lorsqu’il était aux Finances, Paul Bérenger, n’a jamais caché

l’importance du fardeau de la dette ou du déficit public. Mais il s’est toujours évertué à démontrer que malgré ces indicateurs défavorables, l’économie maintient sa croissance dans un environnement mondial en stagnation.

Aujourd’hui, le Premier ministre évoque une situation qui a “dramatiquement empiré”. C’est vrai.

Entre la dernière rencontre entre le gouvernement et le Joint Economic Council il y a deux mois, et celle de samedi dernier, il y a eu les propositions Fischler et la victoire du Brésil, de l’Australie et de la Thaïlande face à l’Union européenne sur le régime sucrier.

Juste avant, 900 travailleurs chez Floréal Knitwear, le symbole de l’industrie textile du pays, ont été licenciés, tandis qu’Arvind Overseas menace de partir à son tour.

Il y a eu aussi la contre-performance enregistrée en juin par le tourisme qui confirme la tendance à la baisse au cours du premier semestre avec 1 % de touristes de moins que l’année dernière.

A cela s’ajoute surtout la révision à la baisse des prévisions de croissance par la Mauritius Commercial Bank qu’a confirmée le bureau central des statistiques (CSO). Hors sucre, la croissance sera inférieure à celle de l’année dernière.

Cette accumulation de mauvaises nouvelles ne pouvait sans doute pas être balayée d’un revers de la main. Elles ne pouvaient être attribuées à une “perception” où imputables à certains “éditorialistes”.

Paul Bérenger ne pouvait sans doute pas non plus demander une révision du mode de calcul du CSO. Les faits énoncés plus haut traduisent dans le concret l’effondrement de notre modèle de développement économique basé sur les marchés protégés et les préférences.

Depuis le temps qu’on en parle… Il fallait sans doute que des pans de la base économique craquent et se lézardent sous nos yeux pour vraiment saisir la portée de ce qui se trame depuis longtemps à Bruxelles et à Genève.

On pourra sans doute s’abriter derrière le fait que ce sont des facteurs externes, hors de notre contrôle, comme la flambée du cours du pétrole qui menacent de nous affecter davantage.

Il demeure que nos décideurs du gouvernement comme du privé ont fait trop peu, trop tard. Les échéances électorales ont trop souvent eu le dessus sur d’importantes réformes.

Et même lorsqu’on se décide à faire ce qu’il faut dans l’intérêt du bien commun, la constance a manqué. Or des exemples, à Maurice comme dans d’autres pays, démontrent que des gouvernements ont pu demeurer au pouvoir malgré la conduite d’une politique économique, a priori, impopulaire.

Paul Bérenger invite le pays à faire preuve de courage et d’imagination. Il en faut pour régler vraiment le problème de l’accès aérien. L’octroi de “Fifth Freedom Rights” ne devrait pas permettre de remplir les 3 200 chambres additionnelles annoncées.

Il en faut aussi pour libéraliser vraiment le secteur des télécommunications et permettre le décollage des Tic au-delà de la cybertour.

Du courage est également nécessaire pour frustrer tous ceux qui détiennent ou croient détenir un certain pouvoir – ministre, élu ou fonctionnaire – et régler une fois pour toute la question de l’octroi des permis pour accélérer l’investissement privé et créer des emplois.

On verra aussi si le gouvernement aura le cran de revoir les lois du travail et les “remuneration orders” désuets pour introduire plus de flexibilité dans le marché du travail. Nous avons le temps avant les prochaines élections. Courage.

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