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Controverse sur les salaires des nominés politiques

22 mars 2008, 00:00

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Rajah Ramdaursingh a signé, en début d?année, son contrat de président du conseil d?administration de la deuxième banque du pays, le State Bank of Mauritius (SBM). De son côté, Rundheersing Bheenick faisait une sortie dans les colonnes de l?édition du 14 mars de l?express. Il s?est plaint du «salaire attaché au poste de gouverneur [qui est, selon lui,] ridicule par rapport aux fonctions qu?on attend de lui». Dans le même souffle, il a déclaré : «Je ne suis pas du tout satisfait de mon salaire car cela ne reflète pas les fonctions que j?occupe. Vous n?avez qu?à voir le salaire des officiels des banques qu?on supervise. Et on est censé donner une impulsion à ces banques.» Cette déclaration ne vise pas que Rajah Ramdaursingh. Cependant, il semblerait que ce cas nourrisse une petite polémique au sein du Parti travailliste (PTr). Une source du parti avance n?avoir entendu aucun débat à ce sujet mais reconnaît que «les nominations avec des conditions très favorables alimentent souvent des conversations informelles dans le parti».

La question des nominés politiques est souvent controversée. Où placer les fidèles ? Comment les récompenser ? Comment utiliser les compétences ? cette question ne s?est pas toujours posée, semble-t-il ? C?est avant tout le système de rémunération et son montant qui intéresse nombre de citoyens. Car, en entrant sur la scène politique, donc publique, ces nominés venant parfois du secteur privé, ne peuvent plus prétendre aux mêmes salaires. Les pouvoirs publics n?ont pas la même force de capitalisation pour rémunérer davantage leurs présidents ou directeurs d?organismes parapublics ou compagnies, cotées ou non en Bourse, dont l?État est actionnaire.

Combien touchez-vous ? C?est la question qui se pose. Toutefois, malgré les mécanismes de transparence, et surtout parce qu?il s?agit de deniers publics, la gêne que suscite cette question appelle des faux-fuyants, plus ou moins justificateurs.

Ainsi, dans le cas de Rajah Ramdaursingh, nous n?avons pu obtenir d?informations précises sur sa rémunération. Elle devra figurer dans le prochain bilan financier de la compagnie. Toutefois, le dernier rapport annuel de la SBM, troisième plus grosse capitalisation à la Bourse, fait état des émoluments de l?ancien président, Muni Krishna Reddy. En qualité de non-executive director/chairman, Muni Krishna Reddy percevait un salaire annuel de £ 335 833 nets d?impôts et Rs 6 497 211. Si l?on ne tient compte que du salaire en livres sterling (Rs 20 149 980 avec £1 = Rs60), le package mensuel de l?ex-chairman de la SBM aurait été de Rs 1 679 165 par mois. Il semble, toutefois, que les salaires de l?actuel président de la banque ne sont pas du même ordre.

Le gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersingh Bheenick n?a toujours pas signé son contrat. C?est pourquoi il disait recevoir «religieusement» un chèque de Rs 10 tous les mois. Le litige sur le montant de sa rémunération explique le fait qu?il ne perçoive pas encore les Rs 200,000 (plus avantages) qui devraient lui revenir. Jeudi dernier, lors de sa conférence de presse, le gouverneur de la BoM déclarait que «compte tenu des fonctions qui lui incombent [ce salaire] relève plus d?un token salary».

Le régulateur peut-il donc toucher moins qu?un opérateur ? En vérité, force est de reconnaître que les postes institutionnels et les fonctions liées à l?État sont bien moins rétribués que les postes à responsabilité du privé. Cette démonstration est faite par observateur du secteur privé : «Un régulateur ne peut nécessairement gagner plus qu?un opérateur privé. Par exemple, Robert Desvaux ou Karl Mootoosamy de la Mauritius Tourism Promotion Authority ont des salaires bien inférieurs aux opérateurs du secteur touristique.» Vu comme cela, la justification est convaincante. Toutefois, le salaire de Rajah Ramdaursingh à la tête de la deuxième banque du pays se justifie-t-il si l?on tient compte qu?il s?agit d?une nomination politique. En prenant la présidence d?une institution dont l?État est, sans nul doute, l?actionnaire le plus influent, la rémunération ne pourrait être en ligne avec celle qu?il percevait dans le secteur privé ?

Il va sans dire que les compétences éprouvées, tant de Rundheersingh Bheenick que de Rajah Ramdaursingh, justifient leur nomination à des postes aussi prestigieux. De plus, leurs expériences, souvent acquises à l?étranger, et les salaires qu?ils touchaient dans le privé peuvent justifier leurs salaires actuels.

Les écarts de salaires que perçoivent les nominés politiques lorsqu?ils sont placés dans des organismes parapublics ou institutions privées dont l?État est actionnaire sont relativement importants. Les rémunérations de ceux nommés à de hautes fonctions chez Air Mauritius, Mauritius Telecom, la SBM, la Central Water Authority ou la Banque de Maurice pour ne citer que ceux-là, sont nettement supérieures à celles des nominés à la tête de centres culturels ou autres corps moins «prestigieux».

Pour revenir au cas Bheenick-Ramdaursingh, il ne faut pas perdre de vue que tous deux étaient dans la course pour le siège de gouverneur. Finalement, Rajah Ramdaursingh est nommé à la présidence du board de la SBM avec un salaire supérieur à celui du gouverneur Rundheersing Bheenick. La grogne de l?actuel gouverneur au sujet de ses émoluments viendrait du fait qu?il connaissait les conditions d?emploi proposées à Rajah Ramdaursingh lorsque celui-ci avait été approché pour le poste de gouverneur.

Quoi qu?il en soit, ce cas a suscité une petite polémique au sein du PTr. Du côté du parti, on rappelle que «les conditions d?emploi de Rajah Ramdursingh relèvent du board de la SBM qui est une compagnie cotée en Bourse dont l?État est actionnaire».

Dans le même sens, nous avons appris, de la SBM, que le mécanisme de transparence a été scrupuleusement respecté concernant les termes du contrat de Rajah Ramdaursingh. Bien que débattu et approuvé par le Remuneration Committee, une question reste en suspens. Comment et par qui ont été rédigés les termes de ce contrat ?

<B>Ceux touchant + Rs 150 000 de l?État</B>

Les diplomates en poste à l?étranger constituent très certainement la plus grande partie du corps institutionnel percevant des salaires de plus de Rs 150 000. Cet état de fait est justifié par les frais encourus par les chancelleries mauriciennes à l?étranger, dont les frais de représentation et le coût de la vie. Toutefois, on peut s?interroger sur la justesse de telles rémunérations quand on sait que ces postes convoités reviennent àdes nominés politiques, qui ne sont pas toujours diplomates de carrière. Le cas d?Indira Sidaya, ambassadrice de Maurice à l?Unesco à Paris, peut être montré du doigt. Traditionnellement, c?est l?ambassadeur mauricien en poste à Paris qui représente le pays à l?Unesco.

De fait, rien que dans la capitale française, la diplomatie mauricienne coûte deux fois plus chère : location de locaux, rémunération d?une assistante, sans compter les avantages, allocations et autre frais encourus par l?État. Pour autant, les personnes qui touchent plus de Rs 150 000/mois ne sont pas que des diplomates. Certains directeurs d?organismes parapublics perçoivent des salaires supérieurs à cette somme.

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