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Contre vents et marées?
Un homme déçu. Au bord du désenchantement. Mais qui s?accroche à l?idée qu?il est encore possible de faire des affaires à Maurice selon les mêmes règles qu?en Grande-Bretagne où il a passé la majeure partie de sa vie. C?est ainsi que nous apparaît Rajen Jussun, directeur exécutif de English Estates, société de développement foncier qu?il a fondée au départ avec un associé anglais mais dont il a racheté les parts. «ll était venu pour être en affaires avec moi. Mais je me suis aperçu qu?il me faisait des enfants dans le dos et c?était inacceptable. Il n?avait pas investi beaucoup. J?ai racheté ses parts», dit-il dans un français dépourvu d?accent anglais.
En écoutant la narration de sa vie et surtout la partie ayant trait à son retour à Maurice, on a le sentiment qu?il n?a pas arrêté de se faire avoir. «Depuis que je suis à Maurice, je n?ai rencontré que des problèmes. J?ai fait confiance à des personnes et j?ai eu des problèmes avec elles et avec une institution. J?ai subi des pertes. On m?a volé. Je suis peut-être un mauvais juge de caractère comme vous le dites mais c?est uniquement à Maurice. Je n?ai jamais eu de problème de business en Grande-Bretagne. Ce n?est pas l?Ile Maurice que je connaissais quand j?étais gosse.»
Rajen Jussun est né il y a 55 ans à la rue Bourbon à Port-Louis. Son père, Lutchmee Ramchurn, est gardien au Jardin de Pamplemousses. Sa mère est femme au foyer et élève leurs cinq enfants. Même si la vie est difficile, ce n?est pas la misère noire. «Nous n?avions pas beaucoup d?argent mais nous mangions à notre faim et nous avions des vêtements.» Lorsque le père de Rajen se retire, il est responsable de l?entretien et de la maintenance du jardin de l?Hôtel du Gouvernement. Rajen insiste, quand ses parents se marient civilement et que lui est en âge de raison, pour garder le nom de famille de son grand-père maternel. «Jussun est un nom rare», explique-t-il.
Rajen fait ses études secondaires, filière classique, au Collège Bhujoharry. Lorsqu?il obtient son Higher School Certificate, il rêve de poursuivre des études supérieures en Grande-Bretagne mais n?a pas les moyens de réaliser ce rêve. Le Collège Bhujoharry le recrute en tant qu?enseignant d?économie et d?anglais pour les classes de Form III et IV. Son désir de se rendre en Grande-Bretagne ne le quitte pas. A l?époque, le passeport pour entrer dans ce pays est d?aller faire des études d?infirmier. Rajen quitte le pays en 1975, fait trois ans d?études et travaille pendant six ans comme infirmier qualifié dans un département de psychiatrie. Ayant un esprit revendicatif, le syndicat des infirmiers l?élit comme secrétaire.
Il gagne bien sa vie, à tel point qu?il est à même de poursuivre des études supérieures. Il abandonne son idée de se spécialiser en économie car il n?aime pas les statistiques. Il opte pour le droit qu?il étudie à l?université de Central Lancashire, près de Manchester. Il obtient son LLB et travaille dans un cabinet d?avocats à Preston. Il est aussi le premier Asiatique à être nommé assesseur pour les cas de discriminations raciales et sexuelles au tribunal de Manchester. Il agit aussi comme conseil légal pour les syndicats d?infirmiers de plusieurs branches régionales.
C?est ainsi que Rajen gagne sa vie. Il ne prend jamais la nationalité britannique, bien qu?il ait épousé une Anglaise, Barbara, qui lui a donné deux enfants, Natasha, 26 ans, qui est avoué et Sanjay, 19 ans, qui fait des études de musique.
Il repense sans cesse à Maurice et veut y revenir pour ouvrir son propre business. Il croit connaître le pays car il y retourne presque tous les ans. Il envisage d?ouvrir une société de développement foncier. Un ami anglais se montre intéressé à entrer en partenariat avec lui. Rajen revient au pays à la fin de 2002. Lui et son partenaire achètent un bâtiment à Regency Square sur la rue Vandermeersch à Rose-Hill qu?ils meublent et nomment «English Estates». Leur objectif est d?acheter des terrains et d?y faire construire des appartements ou maisons au design uniforme et qui fonctionnent selon un concept moderne.
«Mon concept est celui d?estate management qui est anglais et même européen. A Maurice, les gens achètent un terrain puis construisent leur maison. Point barre. En Grande-Bretagne ou en France, on achète un terrain et on construit 50 à 60 appartements semblables dans leur design et leurs normes qui correspondent à un mode de vie précis. Ce complexe vient avec un syndic, un système de gardiennage, une salle des fêtes car les résidents ont quelque chose à célébrer quand ce n?est pas Noël ou le Nouvel An, un gymnase, une salle de jeux pour enfants, un parking avec des facilités de lavage de voitures. Ces facilités sont intégrées au complexe. Bref, c?est une résidence où j?aurais moi-même vécu volontiers.»
<I>«Depuis que je suis à Maurice, je n?ai rencontré que des problèmes. J?ai subi des pertes. On m?a volé. Je suis peut-être un mauvais juge de caractère. Je n?ai jamais eu de problème de business en Grande-Bretagne.»</I>
Rajen monte son premier projet à Quatre-Bornes et c?est là qu?il rencontre des problèmes avec des particuliers et une institution. Avant d?avoir terminé son projet, il préfère le vendre. «J?ai fait trop confiance aux gens et j?ai subi des pertes.» Il finit par se délester des «poids lourds» et ne compte plus que sur deux bras droits, un general manager et un coordonnateur de projets qui s?occupent de ses affaires lorsqu?il fait la navette entre la Grande-Bretagne et Maurice. Rajen développe un autre projet nommé Le Bocage et qui est la construction de luxueuses maisons individuelles avec piscine sur un flanc de montagne à Moka. Une maison coûte Rs 8,5 millions. Il cherche actuellement des acheteurs auprès de Mauriciens fortunés ou d?étrangers.
Rajen n?a pas été chanceux du côté des courses hippiques non plus, malgré le fait qu?il ait acheté deux chevaux dont un a remporté la Coupe de la Duchesse l?an dernier. S?il est entré dans le monde hippique, c?est pour avoir une vie sociale. «A Maurice, les courses sont très spéciales. Après une journée, on va prendre un pot et socialiser. Et puis, j?ai parrainé des journées en 2006 et 2007 car cela fait de la publicité pour English Estates.» Il a fait le tour de plusieurs écuries et c?est l?écurie Philippe Henry qui a trouvé grâce à ses yeux. Mais malheureusement ce dernier a été s?installer en Afrique du Sud. Depuis, Rajen Jussun s?est joint à l?écurie Raj Ramdin. «Depuis que je m?intéresse aux courses, je fais l?objet de spéculations et de rumeurs de toutes sortes. J?ai découvert qu?il y a, à Maurice, une culture de palabres que je ne connaissais pas. Je ne comprends pas pourquoi on essaie de me salir ou de me coller une étiquette politique sur le dos parce que j?ai un ami de tel ou tel bord politique ? Je n?ai volé personne. Quelqu?un censé être bien intentionné m?a dit de fermer mon business et de le rouvrir sous un autre nom. Pourquoi ferais-je cela ? Je n?ai rien à cacher, rien à me reprocher.»
Rajen dit qu?il a failli plier bagages. «J?avais pensé tout vendre et repartir en Grande-Bretagne. Jusqu?à ce que je réalise que dans un panier de pommes, les fruits ne sont pas tous pourris. J?ai rencontré quelques personnes qui veulent m?aider sans rien demander en retour. Ce qui est rare. Je vais me donner une dernière chance?»
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