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Contrôler l?Etat
Alors que le monde entier est entré dans l?économie libérale, nous avançons pour notre part à reculons. Le gouvernement nous sert les recettes des économies socialistes qui ont fait faillite partout. Voici revenu le temps du contrôle des prix. D?abord le lait en poudre, ensuite les aliments en conserves, l?huile, la viande surgelée, le fromage etc. Ce n?est pas fini. L?Etat se mettra même à en importer.
Sur le plan purement politique, le Parti travailliste n?a qu?un intérêt à court terme en réintroduisant le contrôle des prix. Certes, la mesure concernant le lait en poudre provoquera des baisses çà et là, dans l?immédiat. Mais, à l?avenir, les prix ne peuvent qu?augmenter en raison du taux de change, du fret et du coût à l?origine. Ce ne sera pas le commerçant qui informera alors le public de ces hausses. Elles seront annoncées par le Conseil des ministres.
Si le consommateur finit par rendre le parti au pouvoir responsable des augmentations, il n?aura pas tort. Le gouvernement est en train d?accréditer l?idée que les prix ne sont pas déterminés par le marché mais qu?ils peuvent être administrés.
Dans un premier temps, le ministre Rajesh Jeetah va créer l?illusion que sa formule magique a marché. Il y a bien quelques importateurs de lait en poudre qui faisaient du ?profiteering? et qui vont rajuster leurs prix. Mais tout futur changement ne peut qu?aller dans le sens de la hausse. Rajesh Jeetah devra déchanter aussitôt l?arrivée des nouvelles cargaisons.
Pour certains consommateurs, les effets pervers du contrôle des prix sont déjà perceptibles. Certaines marques commencent à disparaître des rayons. L?on craint pour décembre une déstabilisation complète du marché du lait en poudre. L?offre ne suivra pas la demande car les importateurs préféreront vendre, par exemple, des pétards sur lesquels ils réalisent des bénéfices plus importants?
Le pire est à venir. Les petits opérateurs ne pourront pas survivre avec la marge autorisée de 14 %. Ils seront contraints à se recycler laissant la place aux seules grosses compagnies. La situation de monopole est vite atteinte dans ces circonstances. Cela coûtera plus cher au consommateur en fin de compte.
De plus, si la marge maximale de 14 % n?incite pas les importateurs à procéder eux-mêmes à l?ensachage du lait, ils opteront pour le lait déjà emballé d?origine. A nouveau, c?est le consommateur qui en fera les frais.
L?expérience a démontré, tant à l?étranger qu?à Maurice, que le consommateur ne sort jamais gagnant quand l?Etat contrôle les prix ou se substitue aux importateurs. Dans les années 70, les prix des milliers de produits étaient contrôlés. Il y avait des pénuries fréquentes, plusieurs produits étaient disponibles seulement au marché noir et la corruption des inspecteurs des prix était à son comble.
La solution : libéraliser et restreindre l?interventionnisme de l?Etat. Dans les années 80, le libéral Lutchmeenarraidoo l?appliqua. Il démantela le système étatique hérité du travaillisme de Ringadoo. Il opta pour la suppression des entreprises commerciales d?Etat et la libéralisation des marchés. La libéralisation du prix du lait est intervenue à partir de 1994 sous le non moins libéral Rama Sithanen. Quant à Rajesh Jeetah, si son âme sociale l?empêche d?avoir la lucidité qui est requise pour le poste de ministre du Commerce, il n?a qu?à demander un transfert pour la Sécurité sociale.
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