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Continuer l?histoire
A l?approche de l?événement d?hier, d?aucuns appréhendaient d?obscures conspirations et des discours à forts relents de la part des détracteurs du gouvernement. Mais tout n?aura été, autour de cette passation de pouvoir, qu?émotions. Le plongeon dans l?histoire du MMM, auquel journaux et radios ont invité les citoyens, aura mis ces derniers face à leur histoire commune, celle du pays, celle qui les unit, alors que nous craignions que prédomine ce qui nous divise. La population a eu l?occasion, si rare, d?apprécier toute la poésie que recèle le cheminement politique de ses aînés, la valeur de leurs réalisations. L?événement a donné, par-dessus tout, à tous les concitoyens une douce assurance, la certitude qu?en rien, l?appartenance n?est un obstacle.
L?adieu de Sir Anerood est venu hier intensifier cette émotion. Devant ses larmes, désarmantes, la population a mesuré pleinement la profondeur de son dévouement, la sincérité de son engagement au service du pays. Elle n?avait rien de ?self-praising?, cette intervention, contrairement à ce qu?annonçait l?opposition. Quel intérêt pouvait-il y trouver ? Sans public à convaincre, sans voix à gagner, sans comptes à régler (pas la moindre morale à l?intention de cette opposition absente), le Premier ministre sortant avait mieux à faire que de s?encenser. Libéré des détours du langage politique, il a cherché à nous rappeler l?essentiel, à resituer les priorités, nos responsabilités. Il a insisté sur l?unité nationale, l?attention continue au plus nécessiteux, et a évoqué non ?son oeuvre?, mais les raisons d?être fier de ce pays.
Cet événement nous laisse de grandes leçons, de grands modèles. L?émotion qu?il a suscitée a renforcé notre sens citoyen, qui se nourrit de l?admiration pour nos tribuns. Tant mieux. Car aujourd?hui que le livre d?histoire sera refermé, que la page écrite hier sera tournée, il faudra puiser dans cette force pour continuer à écrire dignement l?histoire. Aujourd?hui que les affaires reprendront, le citoyen découvrira que ses certitudes renforcées seront chaque jour mises à l?épreuve, que la persévérance récompensée hier ne signifie pas que le travail qu?il reste à abattre le sera au mieux.
La lutte reprendra bien assez tôt et de plus belle sur le plan politique d?abord. Elle risque fort de ne pas refléter tous les beaux principes d?équité que l?on croit aujourd?hui acquis avec l?accession de Paul Bérenger à la tête de l?Etat. Les sentiments de haine que les uns peuvent cultiver à l?égard des autres ne s?expriment souvent que lorsqu?ils sont provoqués. Non seulement le Parti travailliste risque d?exciter ceux qui ont des réserves sur cette nomination, mais une défaite de l?alliance à l?élection partielle de Rivière-du-Rempart sera facilement exploitée comme un refus du peuple de reconnaître la légitimité de Paul Bérenger à occuper le poste de Premier ministre. Et lorsqu?on sait que la circonscription est travailliste, qu?elle n?a été acquise au MSM que grâce à la présence même de son leader, que cette défaite somme toute est prévisible, on peut imaginer les rudes heures qui attendent le leader du MMM.
La lutte reprend sur le plan de la conduite des affaires. L?impression de renouveau, de relance que pourrait donner l?accession de Paul Bérenger au poste de Premier ministre? n?est bien qu?une impression. La conjoncture reste la même, les moyens et les idées aussi, les problèmes entiers. Ils ne seront pas miraculeusement réglés parce que Paul Bérenger est soudain seul maître à bord ; il l?était d?ailleurs déjà un peu. Les choses ne se passeront pas radicalement mieux à partir d?aujourd?hui. Au contraire? Il faut maintenant que Paul Bérenger démontre sa capacité à assumer seul, à être aussi ferme face aux lobbies que l?était Sir Anerood. Ce n?est pas gagné d?avance.
Une lutte enfin pour garder soudée l?équipe gouvernementale. Paul Bérenger ne jouit ni de l?ascendant, ni de l?admiration unanime que suscitait Sir Anerood Jugnauth au sein de son cabinet. Il n?est pas dit que l?autorité du nouveau Premier ministre sera aussi bien acceptée. Si certains assurent que Paul Bérenger a changé et a dompté son tempérament de dictateur, d?autres pensent qu?il s?est retenu de jouer au tyran pour ne pas compromettre ses chances d?être chef du gouvernement. Il sait mener ses hommes, mais ne sera-t-il pas tenté de mener aussi ceux du MSM, le leader du MSM n?ayant pas la personnalité de son père ? La posture du leader du Parti travailliste, qui spécule sans cesse sur la rupture de l?alliance MSM-MMM, laisse présager qu?il ne fera pas de cadeau à celle-ci.
Le MMM a gagné une lutte. Et il s?engage aujourd?hui dans une autre lutte. Beaucoup de Mauriciens ayant accueilli avec sérénité cette passation de pouvoir, le Premier ministre part avec du crédit. On sait le mal que Paul Bérenger peut faire dans son rôle de grand vizir qui veut être calife à la place du calife, même si l?aura dont il est recouvert aujourd?hui tend à le faire oublier. On ne connaît pas encore tout le bien qu?il peut faire dans le rôle de calife. Qu?il nous le montre dès aujourd?hui.
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