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ContaMinaTion
<B>Par Nicholas RAINER</B>
Deux cas d?école. Autant de coups de massue pour le projet «Maurice : île durable». Si la question environnementale est la préoccupation majeure du 21e siècle, on est franchement mal partis.
La pénétration du concept de développement durable dans les mentalités se fait bien trop lentement. L?exiguïté du territoire implique la nécessité d?accélérer la prise de conscience en matière d?environnement. Faute de quoi, le projet «Maurice : île durable» et avec lui l?espoir d?un avenir meilleur, risque de mourir dans l??uf.
Il y a deux semaines, Osmose faisait état de l?insalubrité qui règne à Baie du Tombeau. Cette situation démontre clairement l?incapacité criante des autorités à assurer le plus fondamental des services, en l?occurrence le ramassage des ordures.
Elle nous oblige aussi à confronter une évidence encore plus douloureuse : l?absence manifeste de sens civique au sein de la population et des entreprises situées à cet endroit. Pour ce qui est des premiers, cette carence peut s?expliquer par la précarité sociale de la localité. L?irresponsabilité des industriels est quant à elle moins facile à justifier. Il faut séparer le bon grain de l?ivraie, dit-on. Or il se trouve que le bon grain se fait de plus en plus rare?
Ce qui nous amène directement au deuxième cas d?école : la pollution de deux nappes aquifères par une usine de la Compagnie Mauricienne de Textile (CMT) à Verdun. Rapportée par «l?express» mercredi dernier, cette triste histoire met en exergue la perverse primauté de l?impératif économique sur les considérations environnementales les plus élémentaires, notamment la protection des réserves d?eau potable du pays. Maurice se targue de posséder des nappes phréatiques d?une qualité exceptionnelle. Nos enfants et petits enfants ne pourront pas en faire autant.
Par ailleurs, Le PDG de la CMT, François Woo, a déploré récemment que les déboires de son entreprise à La Tour Koenig allaient lui coûter un milliard de roupies. Si seulement le coût de la dégradation, parfois irréversible, des ressources environnementales pouvait être estimé en des termes bassement monétaires. A combien se propose-t-il de chiffrer la contamination de deux des douze puits à Telfair ?
S?agit-il là d?incompétence ou de froid calcul économique ? Comment une entreprise peut-elle se permettre de construire une usine qui rejette des milliers de litres d?eaux usées quotidiennement sans mettre en place les infrastructures de traitement requis ? Ce manquement peut-il s?expliquer par le fait que les amendes encourues par les pollueurs sont dérisoires?
Hôtels, pensionnats et importateurs de pneus sont contraints de payer une «environment protection fee». Les gros pollueurs industriels encourent eux, des amendes ne dépassant Rs 500 000. Ces amendes mériteraient d?être décuplées immédiatement !
La lenteur choquante des autorités à confronter l?entreprise pour ses exactions écologiques est qui plus est répréhensible. Une enquête devrait être ouverte pour désigner les coupables. Gageons que ces derniers feront montre de repentance pour leur manque de vigilance et de célérité. D?aucuns trouveront cet état des choses normal. D?autres trouveront cela révoltant. Moi, j?ai déjà choisi mon camp?
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