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Confidences d?une femme des arbres

12 août 2008, 00:00

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C?est le grand paradoxe africain. Pour le continent noir, les ressources naturelles ne se traduisent que trop rarement en richesses pour les peuples qui les possèdent. Et c?est justement une des raisons pour lesquelles Vinah Ganoo (photo) s?est lancé le défi d?aider les populations locales à s?extirper de la misère tout en valorisant leur environnement naturel. Comment a-t-elle résussi à exécuter un tel numéro d?équilibriste ?

Vinah a grandi à Curepipe. C?est à 24 ans, lors d?un voyage en Afrique ? en Tanzanie et au Mozambique plus particulièrement ? qu?elle découvre l?immense valeur des plantes ou leur «énormité», tant littérale que figurative. Son père, alors forestier pour le compte des Services des bois et forêts est chargé d?évaluer le potentiel de l?eucalyptus pour l?industrie de la construction à Maurice. Elle est bouleversée par l?impact de certaines pratiques agricoles traditionnelles, tels la culture sur brûlis et le déboisement pour des pâturages, sur les communautés locales. De retour à Maurice, elle essaie de «trouver un moyen pour transformer les ressources en richesses». La création de Flora Marketing en 1994 est l?aboutissement de cette quête.

Cette entreprise horticole vend des plantes africaines et brésiliennes ? qu?elles soient ornementales, aquatiques ou forestières ? dans le monde entier; dans des pays aussi divers, et divergents, que les Etats Unis et le Pakistan. Sont acheteurs, grossistes, revendeurs, particuliers, jardins botaniques et chercheurs, entre autres.

?Depuis 1994, je tente de démontrer comment on peut accroître la production de plantes, créer des emplois dans des communautés défavorisées et promouvoir un développement socioéconomique. En 14 ans le projet a grandi pour couvrir plus de 400 villages. L?entreprise illustre comment de petits fermiers peuvent produire des plantes, des conseils techniques, un marché garanti pour leurs produits et comment ils peuvent cultiver des semences et obtenir des crédits pendant que leurs cultures mûrissent?, explique cette femme qui se décrit comme ?entrepreneuse en botanique?.

Grâce à son intuition, son modus operandi est d?une parfaite simplicité. Qu?elle soit en Tanzanie, au Kenya ou à Madagascar, dès qu?elle voit une plante, Vinah sait exactement à quel marché celle-ci sera destinée. Avant de prélever une plante elle demande bien sûr la permission au chef du village. «Il doit m?accepter», précise-t-elle. Aucun arbre n?est jamais coupé.

Dès lors, elle enrôle les villageois dans la culture de ladite plante. En plus de leur donner un salaire, cette démarche contribue à la sensibilisation et à la responsabilisation des populations.

Son amour et, surtout, son respect pour tout ce qui contient de la chlorophylle c?est justement à son père qu?elle le doit. «On a grandi entouré de forêts, dans des pépinières.»

Dès son plus jeune âge le monde naturel est hissé au rang de cause célèbre dans sa famille. Bien avant que cela ne devienne un phénomène de mode. «Mon père défendait l?importance des plantes», se souvient-elle avec une lueur de nostalgie dans les yeux. Mais les choses n?ont pas toujours été aussi évidentes, surtout qu?à Maurice les idées originales sont souvent tournées en dérision. Vinah se remémore l?époque où on là traitait de «femme des arbres».

Selon elle, les abus environnementaux sont en grande partie responsables des maux qui rongent le continent noir. « Tout ce qu?on donne à la Nature, elle nous le rend », souligne Vinah Ganoo, sa voix tremblante de passion. Inversement, tout ce qui est infligé à la Nature, nous est rendu aussi. Pauvreté, famine et guerre seraient donc les rejetons de la persécution, souvent inconsciente, de Dame Nature.

Maurice ne déroge pas à cette irresponsabilité écologique. Elle estime que le projet de «Maurice : Ile Durable» est «bien joli» mais qu?un énorme travail attend le pays s?il espère mériter ce titre. Vinah Ganoo compte bientôt ouvrir une pépinière dans la région des Plaines-Wilhems. «Je veux contribuer à l?embellissement du pays» Elle sait que pour cela les m?urs devront changer. La mentalité utilitariste qui prévaut actuellement devra notamment laisser la place à une sensibilité environnementale accrue. Avec Vinah Ganoo de son côté, il y?a peut-être une chance que celle-ci fleurisse.

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