Publicité

Condamnation à mort de Léopold Myrtille

22 avril 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Voici des réminiscences qui empêcheront quelques-uns d?entre nous et non des moindres de dormir, cette nuit, du sommeil des justes. Il s?agit de la condamnation à mort de Léopold Myrtille. Il n?est certes pas le seul à l?avoir été en cette seconde moitié du XXe siècle mais il est le seul à avoir été pendu haut et court, avec le dénommé Eshan Nayeck dit Alexandre, depuis que l?île Maurice est devenue indépendante.

Avril 1982, Léopold Myrtille, dit Popol, est condamné à mort. S.S. le juge Yves Espitalier-Noël prononce la sentence après que le jury le reconnaît, à une majorité de sept voix contre deux, coupable de l?assassinat de Julienne Sarah. L?acte d?accusation précise que ce crime a lieu le 2 décembre 1979, à Petite Montagne, Clémencia.

Résumant les débats, le juge-président Yves Espitalier-Noël rappelle que Léopold Myrtille répond à une accusation d?assassinat. Il invite par conséquent les membres du jury à être prudents dans leurs délibérations. L?accusé est présumé innocent. Il appartient à la poursuite d?établir, au-delà de tout doute, les preuves de sa culpabilité et d?infirmer son alibi, comme il appartient aux jurés de décider ou non de la culpabilité du prévenu. L?accusé devra être acquitté si les jurés ne sont pas majoritairement satisfaits des preuves de culpabilité produites par la poursuite publique. Dans leurs délibérations les jurés ne doivent tenir compte que des témoignages produits en cour.

Le juge-président rappelle que le verdict des jurés ne doit concerner que l?accusé Popol Myrtille. Le témoignage d?un témoin-clé peut être retenu comme il peut être rejeté, sous prétexte qu?il accable indûment l?accusé pour sauver la peau du complice qu?il peut être. L?acceptation ou le rejet de ce témoignage capital est à la discrétion du jury.

L?accusation d?assassinat comporte en généralité la brutalité de l?acte d?agression, l?intention de tuer et la préméditation. Pour établir la culpabilité de Léopold Myrtille, la poursuite doit donc établir au-delà de tout doute que Julienne Sarah est la victime d?une sauvage agression et que son assassin a prémédité sa mort.

Le juge Espitalier-Noël se réfère au témoignage de S.B. Il allègue avoir vu le cadavre de Julienne Sarah sur la colline de Clémencia. De son témoignage dépend l?identité du cadavre calciné découvert par la police à Petite-Montagne, Clémencia. Julienne Sarah disparaît après avoir quitté son domicile, le dimanche 2 décembre 1979, pour aller voir sa s?ur. Elle n?arrive pas à destination ni ne rentre chez elle ce soir-là comme les jours suivants. Le médecin légiste confirme que le cadavre calciné découvert à Petite-Montagne est bien celui d?une femme.

Popol Myrtille affirme n?être pas allé à Petite-Montagne le dimanche 2 décembre. Il se souvient en revanche s?y être rendu la veille pour chercher du bois à feu. Or un témoin indépendant affirme l?avoir vu à Petite-Montagne, le dimanche 2 décembre, à l?endroit où est retrouvé quelques jours plus tard un cadavre calciné qui se révèle être celui de Julienne Sarah. L?avocat de Léopold Myrtille s?efforce de relever des contradictions flagrantes dans les dépositions des témoins de la poursuite.

Le juge Espitalier-Noël insiste sur le témoignage de S.B.. Il connaît Myrtille et compte même parmi ses bons amis. Il n?a aucune raison de l?inculper à tort. Il affirme en Cour que l?accusé lui a fait part de son intention de tuer Julienne Sarah sous prétexte qu?elle lui a fait trop de tort. Il affirme que Myrtille l?a contraint à l?aider à déplacer le cadavre de Julienne Sarah.

Le juge Espitalier-Noël évoque ensuite plusieurs témoignages dont ceux de deux chauffeurs de taxi et d?un certain D. S?ils doivent être retenus, l?alibi fourni par Myrtille ne tient plus.

Le ?summing-up? du juge Espitalier-Noël dure 90 minutes. La délibération du jury se prolonge au-delà de deux heures. Le greffier Mohamedkhan demande ensuite au président du jury de donner lecture de son verdict. Celui-ci reconnaît la culpabilité de Myrtille à sept voix contre deux. Ce dernier proclame une dernière fois son innocence avant que S.S le juge Yves Espitalier-Noël ne le condamne à la peine capitale.

L?express rappelle que depuis L.C. Charlot, exécuté le 17 février 1959, et Claude Gowin, pendu le 22 février 1961, il n?y a eu aucune exécution à Maurice. Léopold Myrtille sera pendu à la mi-octobre 1985 et Alexandre (Eshan Nayeck) en octobre 1987. La peine de mort sera abolie, à la demande expresse de Sir Maurice Rault qui en fait une des conditions sine qua non de son acception du poste d?Attorney General, en 1995, que lui propose le Premier ministre d?alors, Sir Anerood Jugnauth, à la requête de Sir Gaëtan Duval.

Publicité