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Communication

11 octobre 2006, 00:00

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<B>Eric NG PING CHEUN</B>

Au moment où l’économie devient un sujet passionnant avec les réformes engagées par le ministère des Finances et la Banque de Maurice (BoM), le pessimisme s’accroît parmi les analystes économiques et financiers, passant de 50 % en juillet à 67 % ce mois-ci. De leur point de vue, les perspectives de notre économie restent sombres d’ici à octobre 2007. On ne saurait expliquer cela simplement par un problème de communication.

Communiquer vient du mot latin “communicare” qui signifie “être en relation avec”. On ne peut pas reprocher au gouvernement à la fois de communiquer mal et de cacher la vérité. Dans l’arène publique, les grands communicateurs sont rarement ceux qui expriment la vérité, mais ils sont souvent des démagogues qui excellent à discourir sur ce que le peuple veut entendre. Même dans le privé, un communicateur aura plus de chances d’être écouté et apprécié par son patron si ce dernier reçoit le message qu’il désire.

La communication n’est pas la technique de bien parler ou écrire. La communication est plutôt constituée par l’ensemble des attributs du produit qu’on veut vendre. Un produit, c’est un panier de caractéristiques. Pour faire accepter les produits du budget 2006-2007 – qu’il convient de maintenir – certaines caractéristiques méritent d’être revues, voire enlevées.

Le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, l’a compris, ayant mis sur pied un comité pour voir comment on peut modifier certains aspects de la “National Residential Property Tax” sans toutefois l’abolir. C’est là une action par rapport à des conséquences qui seraient surtout politiques, vu que cette taxe est une question mineure au regard de l’économie.

Selon un analyste, le véritable élément perturbateur du budget est l’obligation faite aux banques de fournir à la Mauritius Revenue Authority les “particulars” des déposants qui perçoivent plus de Rs 5 000 d’intérêts sur une année. Ce qui inquiète les gens n’est pas le produit en tant que tel (la taxe sur les intérêts), mais l’éventualité d’une inquisition fiscale. Faute de légiférer une sorte d’amnistie fiscale, il faudra tout simplement abolir cette obligation des banques, et le produit sera alors vendable.

En attendant, les gros déposants préfèrent mettre leur argent en devises plutôt qu’en roupies, d’où une pression insoutenable en faveur de la dépréciation de la monnaie locale. Augmenter le taux d’intérêt n’est qu’un palliatif pour rendre la roupie plus attrayante : elle ne sera stabilisée que par un retour de confiance dans l’économie mauricienne. Mais cette confiance, loin d’être avivée par la décrue du chômage, est minée par l’inflation.

Comme pour prendre acte de l’accélération de l’inflation – une forte hausse de 1,7 point de pourcentage au troisième trimestre – la BoM fait monter les taux d’intérêt courts en acceptant un taux de rendement de 10 % sur les bons du Trésor à 91 jours. Le hic : c’est l’Etat qui prend en charge le repaiement des intérêts au risque de voir alourdir son endettement.

Certains analystes n’hésitent pas à dire qu’au-delà des facteurs économiques, la spéculation contre la roupie est davantage entretenue par le manque de communication de la BoM.

Or la communication déterminera d’autant plus la stabilisation de la roupie dans le nouveau cadre de politique monétaire que celui-ci sera calqué sur le modèle de la Banque centrale européenne fondé sur deux piliers : l’analyse économique et l’analyse monétaire.

Comme vient de le souligner le “Financial Times”, “it is the job of a transparent central bank to explain how current data and future forecasts are used to reach interest rate decisions. Jean-Claude Trichet, the ECB president, is very proud of his communication skills. He has provided strong signals in the run-up to recent rate decisions, and this has helped smooth the market reaction”.

On ne peut pas en dire autant de la BoM jusqu’à présent. S’il tient à éviter toute réaction excessive contre la roupie, le gouverneur de la BoM aura à imiter Jean-Claude Trichet en donnant une conférence de presse chaque mois pour faire connaître son évaluation de la situation économique et monétaire. De plus, le “Second Deputy Governor” devra être quelqu’un qui a non seulement une expertise en politique monétaire, mais aussi une aptitude en communication.

La BoM ne devrait pas se contenter de communiquer avec le marché seulement en faisant régulièrement des “Repurchase Transactions”. Il y a une limite à ces opérations car la BoM aura à montrer une profitabilité dans son compte de résultats. Mais d’abord, pour introduire le “Repo Rate” comme son nouveau taux directeur, la BoM devrait choisir un taux neutre qui soit ni trop souple ni trop rigide : 10 %, c’est à-dire à mi-chemin entre le taux interbancaire, qui est autour de 7 %, et le taux Lombard, qui est de 13 %.

Le prix Nobel d’économie, Friedrich Hayek, définit le marché comme un instrument de communication qui fait émerger les informations pertinentes à travers les prix. Le taux de change est aussi un prix. Si le Dr Ramgoolam veut un équilibre entre éviter une dépréciation abusive de la roupie et respecter les forces du marché, il faudra que l’économie réelle s’améliore pour se dispenser d’un activisme monétaire.

Tout étudiant en licence de sciences économiques connaît la difficulté à intégrer l’analyse monétaire avec l’analyse économique. Pour ce qui est du monétaire, il convient de faire quelque chose, mais il ne faut jamais trop en faire. En ce qui concerne l’économique, ne rien faire n’est pas une option, et faire marche arrière est la pire des options.

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